Matriarcat en Afrique : le continent des reines guerrières

Un souvenir récent presque oublié

Si les sociétés négro-africaines renferment encore des vestiges du matriarcat, ceux-ci sont très peu visibles, et ne se repèrent guère que sous formes de traces à moitié effacées. Il est probable que “l’inclination” sentimentale pour la lignée maternelle, les rapports affectifs entre l’oncle maternel et l’enfant de sa sœur… soient quelques unes de ces traces, mais la conscience collective a perdu le souvenir de leur origine. Seule demeure la présence massive du système patriarcal.

Le culte du placenta, une réminiscence du matriarcat universel

Chez de nombreuses peuplades d’Afrique, comme dans de nombreuses sociétés matrilinéaires à travers le monde (Navajo d’Arizona, Moso du Yunnan..), le placenta ne doit pas être jeté à la naissance de l’enfant. Faisant l’objet d’un rituel, il est enterré dans la maison, près du lieu où la mère a mis au monde son enfant, pour signifier son enracinement à la terre qui l’a fait naître. Il est restitué à celle-ci afin de la féconder davantage, et de donner plus de vie à ceux et celles qui l’habitent. On le considère comme étant frère jumeau, ou frère cosmique, du nouveau-né. Si l’enfant tombe malade, ses parents l’assiéront sur l’endroit où a été enterré son placenta, afin qu’il reprenne contact avec son jumeau cosmique. Le placenta est souvent enterré avec le cordon ombilical et certaines plantes. C’est en général une femme déjà atteinte de ménopause qui restitue le placenta a la terre.

Comme nous le rappelle Kémi Séba, prédicateur pan-africaniste, les racines africaines sont matriarcales (voir la vidéo).

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Africa, déesse berbère et romaine de l’Afrique 
Le continent africain tient son nom d’une déesse berbère qui a ensuite été adoptée par l’Empire Romain.
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akan-la-reine-akwa-boni-qui-succc3a9da-c3a0-pokou-c3a9tendit-ses-conquc3aates-surMatriarcat Akan (la Côte-de-l’Or : Ghana, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin)

Les Akans etashanti considèrent le lien entre mère et enfant comme la clef de voûte de toutes les relations sociales. Ils le considèrent comme une parenté morale absolument obligatoire.
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adioukrou-queen-agni vignetteMatriarcat Agni, Adjoukrou et Fanti (Akans de Côte d’Ivoire et du Ghana) : Quand l’héritier choisi est le neveu maternel; une ethnie apparentée aux égyptiens antiques.
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vignette ashantiMatriarcat Ashanti (Ghana et Côte d’Ivoire) : les Ashanti forment société une matrilinéaire akan. La fédération ashanti se développe au XIIIe siècle. Au XIXe siècle, cette civilisation atteint son apogée. C’est une royauté avunculaire conseillée par la reine-mère.
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zande vignetteLes Azandés ou Zandés (Congo, Centrafrique, Soudan) C’est un peuple d’Afrique centrale. Leurs croyances tournent la plupart autour de la magie, des oracles et de la sorcellerie. Les travaux d’Evans-Pritchard publiés dans les années 1970 montrent que la société Azandé est matrilinéaire.
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ethnies-d-afrique bainouk vignetteMatriarcat Baïnouk (Guinée, Gambie et Sénégal). Les Baïnouks sont un peuple forestier d’Afrique de l’Ouest présent en Guinée-Bissau, en Casamance (sud du Sénégal) et en Gambie.
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Matriarcat Bakuba, Bashilélé et Pendé (bantous du Congo)
Le royaume matrilinéaire de Kongo, de l’ethnie des Bakuba, a à sa tête une dynastie dont l’ancêtre est une reine-mère fondatrice nommée Nzinga. Outre cela le roi gouverne avec la contribution des femmes de sa famille utérine, sa mère et sa sœur.
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Matriarcat Bantou (Afrique centrale)
Cet immense groupe ethnique est essentiellement matrilinéaire. Maîtrisant le fer et l’or, bâtissant des royaumes prospères et judicieusement administrés, les bantous constituent l’un des grands courants civilisateurs de l’Afrique.
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Matriarcat Bassari (Sénégal & Guinée) Ce peuple pacifique et conservateur doit chaque jour faire face à l’avancée du patriarcat catholique et islamique.
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vignette bemba zambie arts-tshokwe-le-centre-et-le-sud-de-langola-chez-les-ovimbundu-et-ngangela-telle-cette-trc3a8s-fine-statuette-de-maternitc3a9-rapportc3a9e-par-robert-verlyMatriarcat Bemba (Zambie, Congo) C’est une ethnie bantoue vivant en Afrique australe. Le passage du pouvoir chez les Bembas suit une lignée matrilinéaire, de l’oncle maternel au neveu.
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Matriarcat Berbère (Maghreb)
Beaucoup de témoignages font de la princesse Kahina une matriarche et résistante face aux invasions patriarcales islamiques. Il y a tout lieu de penser que le matriarcat du peuple berbère, dont l’histoire est méconnue, a survécu à l’occupation romaine.
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Matriarcat Bochiman (Afrique australe) : Cette “civilisation de l’arc” vieille de 20 000 ans est menacée par la modernisation et la sédentarisation forcées.
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Matriarcat Chewa (Malawi, Mozambique, Zambie)
L’importance du rôle de la femme Chewa dans la vie sociale a conduit les hommes à se regrouper pour former une forme de société secrète, afin de constituer un contre-pouvoir. L’organisation familiale matrilinéaire Chewa n’est aujourd’hui plus en vigueur.
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Matriarcat Congolais (Congo)
Anne-Marie Akwety-Unikin nous relate l’histoire de la position des femmes au sein des diverses tribus qui peuplent le Congo : fondatrices, piliers de la nation, gardiennes du feu et de la terre, polyandres, elles règnent en lignée maternelle avec leur frère. Une position désormais révolue dans le Congo moderne.
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Matriarcat Dahoméen (Bénin)
Bien que patriarcal, le royaume du Dahomey a conservé vivace des traditions de femmes guerrières. Son dernier souverain, le roi Béhanzin, étant entouré de femmes gardes-du-corps. Armées de sabres, lances et fusils, elles ont infligé de terribles pertes dans les rangs des soldats français venus en conquérants.
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Matriarcat Égyptien
La méconnaissance des us et coutumes matriarcales de l’Egypte résulte de la confusion qui a été faite par les archéologues et historiens. En réalité, les témoignages d’un matriarcat sont nombreux pour cette civilisation qui a toujours suscité la fascination.
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osiris-isis-horus place de la femme egypte antique vignetteStatut de la femme en Egypte antique
La place faite à la femme dans l’Égypte antique (pré-hellénistique) peut paraître surprenante de « modernité » si on la compare à celle qu’elle occupa dans une majorité de sociétés contemporaines et postérieures.
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Matriarcat Guanche (civilisation berbère des Îles Canaries)
Cette civilisation rappelle par de nombreux aspects la civilisation égyptienne. Elle délimite sur le flanc ouest la grande koiné matriarcale berbère de l’antiquité. Comme les autres peuples de même famille ethnique, les guanches furent matriarcaux.
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Matriarcat Haoussa (Niger – Nigéria)
Avant l’islam, les Houassa avaient pour animal totémique le serpent. C’est une reine-mère qui fut la fondatrice légendaire de ce ce peuple. Cette civilisation urbaine et commerçante a entretenu une symbiose particulière avec un autre peuple matriarcal, les Touareg.
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Matriarcat Héréro (bantous de Namibie)
Farouches résistants à la colonisation allemande, ils furent un temps exterminés, puis christianisés de force, et ont gardé de cette époque les robes coloniales afin de cacher leur nudité pécheresse.
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Matriarcat Himba (bantous de Namibie)
Les femmes Himba sont célèbres pour leur peau recouverte de terre rouge. Elles ont les seins nus, et transmettent la plupart des biens par voie matrilinéaire. Cependant, le pouvoir politique se transmet par lignée paternelle. ——————————————————————————————————–
Matriarcat Lébou (Cap-Vert)
Malgré l’islam, cette société a gardé certain legs matrilinéaires, ainsi qu’un sacerdoce animiste de femmes chamanes. La résistance est rude face à la religion des conquérants. Cependant, ce peuple conservera toujours la mémoire de ses mères fondatrices, et la place centrale des femmes dans l’économie et leur système tribal anarchiste.
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Matriarcat Loango (Civilisation bantoue du Congo)
Dans l’ancien royaume Loango d’Afrique centrale, la succession au trône était matrilinéaire. Les rois ne transmettaient pas le trône à leurs fils mais plutôt à leurs neveux, fils de leurs sœurs. D’après les explorateurs hollandais, cette civilisation bâtissait déjà des villes avant la colonisation occidentale.
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Matriarcat Mahorais (bantous de Mayotte, Comores)
Pendant longtemps, islam et matrilinéarité ont réussi à coexister. La femme possède seule la terre, et l’époux est un étranger dans ces vastes familles autarciques. Toute la juridiction coutumière est fondée sur la lignée utérine. Mais cet ordre naturel est aujourd’hui bien déstabilisé par l’islamisation de l’île.
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Matriarcat Makhuwa (bantous du Mozambique)
Chez les Makhuwa, le mari s’installe chez son épouse et n’est qu’un larbin aux ordres de sa belle-mère. S’il est stérile ou travaille mal, il est répudié !
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Matriarcat Malgache (Madagascar)
Le matriarcat est un pilier de l’identité ancestrale malgache. De nombreuses dynasties matrilinéaires et polyandres de reines-mères ont gouverné l’île jusqu’aux époques contemporaines.
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vignette-mandingueMatriarcat Mandingue (Sénégal, Mali, Guinée Bissau) : Balaba est leur reine-mère, fondatrice du royaume. Les Malinkés sont passés du totémisme matrilinéaire à l’islam. Aujourd’hui, 90% des femmes maliennes sont excisées.
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Matriarcat Ngazidja (bantous des Comores)
La société Comorienne est un mélange de traditions musulmanes et africaines matriarcales. Si la polygamie est autorisée et pratiquée, les femmes ne vivent pas toutes sous un même toit et chacune possède la maison qu’elle habite.
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Matriarcat Nubien (royaume de Koush, Soudan)
Les chroniques arabes décrivent les usages matriarcaux de ce royaume dirigé par les reines noires de Koush. Cette splendide civilisation bâtisseuse et matrilinéaire évoque par de nombreux aspects la civilisation égyptienne.
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Matriarcat Peul-Wodaabe (Niger)
Chez ce peuple du Niger, les femmes choisissent leur amant lors d’un concours de beauté masculin annuel. L’amour et la séduction sont des composantes fondamentales de leur culture. En outre, la matrilinéarité fait état d’un matriarcat encore vivace.
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Matriarcat Sabéen (Éthiopie et Yémen)
Les descriptions faites de la reine de Saba en font une femme d’une beauté exceptionnelle, qui séduit et préfère l’amour libre au mariage. Redécouvrez cette célèbre figure de l’Ancien Testament, dont les moeurs divergent fortement de celles du royaume de Salomon.
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Matriarcat Sénoufo (Côte-d’Ivoire)
Chez les Senufo de Côte-d’Ivoire, matrilinéaire et polygames, chacun des conjoints reste dans sa famille d’origine, qui est alors la véritable unité domestique de production. Le soir, les maris partent rejoindre leurs différentes épouses qui cuisinent pour eux.
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Matriarcat Sérère (Sénégal)
L’influence occidentale et islamique a détruit la filiation matrilinéaire Sérère, et détruiront bientôt la famille naturelle, alors que l’ancienne tradition montrait une société solidaire et égalitaire, basée sur le lien du sang maternel.
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Matriarcat Touareg (Sahara)
En dehors de la matrilinéarité qui caractérise le modèle familial de ce peuple, la dévotion remarquable qu’il consacre à sa mère fondatrice Tin Hinan atteste véritablement de la tradition matriarcale Touareg et plus largement Berbère.
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Matriarcat Tumai (Kenya)
Les femmes du village de Umoja représente une forme de néo-matriarcat réactionnaire, qui fait suite à une révolte contre le patriarcat local. Ce village sans hommes est dirigé par un conseil de démocratie participative, et vit du tourisme et de l’élevage.
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Matriarcat Wolof (Sénégal)
Les royaumes Wolof ont connu une rupture assez importante avec l’islamisation. Le droit paternel s’est imposé en même temps, mais l’organisation sociétale des Wolof a conservé quelques usages de l’ancienne tradition matrilinéaire.
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Matriarcat Yao (Malawi)
On compte environ 1,9 million de Yao dans les années 2000, répartis dans le sud du Malawi. Leur filiation est matrilinéaire et le mari va vivre dans le village de sa femme. Malgré leur conversion à l’islam, le fond animiste reste important.
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Matriarcat Yoruba-Nago (bantous du Bénin, Nigéria, Togo)
Ce peuple a gardé le souvenir de l’ancienne tradition matriarcale. Hommes et femmes commémorent par des cérémonies la disparition toute récente de cette ère révolue. La femme garde néanmoins un rôle déterminant dans la société encore aujourd’hui.
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Les empires matriarcaux du Ghana et du Mali (Afrique de l’ouest)
Des Empires millénaires, prospères et proche du peuple, matrilinéaires à toutes les échelles sociales.
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REINES ET HÉROÏNES

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Les femmes guerrières africaines
Cet article donne une liste non exhaustives des femmes guerrières qui ont marqué l’histoire de l’Afrique.
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Abla Pokou (royaume Ashanti du Ghana) : l’origine du peuple Baoulé à la confédération matrilinéaire Ashanti du Ghana. Une guerre de succession fratricide, la reine sacrifie son propre fils qui donne le peuple de l’enfant mort.
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Aminatou de Zaria reine guerrière (Niger)
Malgré l’islam, le statut des femmes est resté durablement élevé au Niger, au point que certaines femmes se sont démarquées par leurs compétences dans l’art de la guerre et de la politique. Libertine et anti-mariage, Aminatou fait partie de ces héroïnes nationales de l’Histoire du Niger.
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Arawelo ou la reine diabolique (Somalie) : la diabolisation du matriarcat en terre islamisée
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Mbande Zingha, reine de Matamba (Angola)
Cette reine a marqué l’histoire de l’Angola par sa résistance farouche à la colonisation portugaise. Elle était à la tête d’un royaume amazone prospère. Elle dut se convertir au catholicisme pour obtenir la paix avec la puissance conquérante.
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