Matriarcat Sarakolé, ou Soninké (Mali, Sénégal, Mauritanie) : les fondateurs matrilinéaires de l’empire du Ghana

Sarakolé, ou Soninké, ou Marka, originaires du Wagadou et du Ghana. Leurs ancêtres seraient de race blanche (berbère Zénaga), d’où leur nom de Sera Khoullé (homme blanc) devenu Sarakolé. A la suite de la destruction de l’empire du Ghana, les Sarakolé sont éparpillés le long de la frontière qui sépare le Mali de la Mauritanie, à cheval sur trois pays : le Mali, le Sénégal et la Mauritanie. Au Mali, les Sarakolé sont environ 450 000. Autant en Mauritanie. La dispersion de l’ethnie Sarakolé dans d’autres pays a été si grande qu’il est difficile d’identifier certaines colonies sarakolé isolées, assimilées par le groupe ethnique autochtone. Ils n’en conservent pas moins certaines coutumes de leur ethnie d’origine. Chez les Dogon, plusieurs tribus parlent encore sarakolé. Au Sénégal, de Matam à Kayès, il y a de nombreux Sarakolé. Les Bozo, grands spécialistes de la pêche du Niger, sont d’origine sarakolé.

A la suite de la dislocation de l’empire du Ghana par l’empire du Mali, une partie des habitants du royaume déchu émigra et vint s’installer dans les bras formant le delta inférieur du Niger aux environs du village de Dia (cercle de Macina). Certains restèrent pêcheurs et prirent le nom de Bozo. D’autres familles s’installèrent chez les Dogon (ce qui explique le lien des Dogon avec les Bozo). Les autres remontèrent vers le nord et constituèrent des groupes ethniques sarakolé, échelonnés entre Sokolo, Nioro et Bakel. Les Bozo sont musulmans, mais pratiquent des cultes magicoreligieux lors des grandes pêches pour se concilier les dieux des eaux. Ils sculptent des figures géométriques du génie de l’eau.

 Les descendants de l’empire du Ghana

Les Sarakolé actuels sont les descendants de l’empire du Ghana, premier grand empire africain. L’empire du Ghana aurait commencé à la fin du IIIe siècle pour atteindre son apogée aux Xe et me siècles. Il aurait donc précédé de cinq siècles l’empire de Charlemagne. Sa renommée s’étendait jusqu’en Asie. Le chroniqueur arabe El Bekri (xi" siècle) a pu décrire l’empire du Ghana juste avant sa destruction par les Almoravides. Dans la capitale Koumbi (actuellement on peut voir les ruines de Koumbi Saleh, situé à 350 km de Bamako, entre Nara et Timbédra. à la frontière mauritanienne), le roi, assisté de ses dignitaires et de ses interprètes, rendait la justice avec un grand cérémonial. La ville des marchands, bâtie en pierre, avait douze mosquées et était opposée à la ville du roi entourée des bois sacrés où l’on pratiquait les cultes animistes. La richesse du Ghana se fondait non seulement sur l’or et le sel, mais sur le monopole du commerce transsaharien (cuivre, tissus, esclaves, cauris, ivoire, etc.). Ce trafic développa chez les Sarakolé un artisanat très important. Les artisans vendaient à Koumbi, sur les marchés, leurs tissus et leur, poteries. La ville comptait alors plus de 30 000 habitants.

A son apogée vers l’an 1000, l’empire du Ghana était consitué d’une fédération de plusieurs royaumes qui se développèrent après sa chute. Les plus importants étaient le royaume de Diara, le royaume Sosso et le royaume du Galam. Ce furent, en 1076, les berbères du Sud, les Almoravides, qui attaquèrent les premiers les Sarakolé, avec l’aide des Toucouleur du Tekrour, et les convertirent à l’islam. La prospérité du Ghana continua sous les successeurs noirs musulmans. Puis. prise d’abord par les Sosso en 1203, Koumbi fut détruite vers 1240 par le héros légendaire Soundiata Keïta, souverain Malinké du vaste empire du Mali, qui allait succéder au Ghana comme puissance du Soudan occidental. Soundjata déporta tous les artisans de Koumbi dans la capitale du nouvel empire du Mali : Niani.

Un peuple d’agriculteurs

Les Sarakolé sont essentiellement agriculteurs. Leurs troupeaux sont confiés aux bergers Peul. Très bons commerçants, comme les Dioula, ils voyagent beaucoup à travers tout l’ouest africain, vendant la noix de cola ou trafiquant l’or. En France, parmi les travailleurs immigrés, 80 % sont des Soninké de la haute vallée du fleuve Sénégal où les mandats envoyés chaque mois font vivre des familles entières.

Une société matrilinéaire et avunculaire

On observe trois groupes sociaux chez les Sarakolé : les Horé, ou Hora (gens libres), les Nyamakala (gens de castes) et les Komo (anciens esclaves). Chaque classe a son diamou (nom patronymique). L’ancienne filiation matrilinéaire se retrouve encore chez les Sarakolé. Ce ne sont pas les fils qui héritent des pères mais les neveux, fils de la soeur du père. Les enfants étaient nommés d’après l’oncle maternel (frère de la mère).

Un islam qui cohabite avec des superstitions animistes

Ardents musulmans, les Sarakolé ont créé un peu partout à travers l’Afrique des communautés islamiques. Le mot Soninké est souvent synonyme de marabout. Tous les délits et crimes sont jugés suivant le droit musulman. C’est parmi les Modini, c’est à dire les marabouts, qu’on choisit le juge (AI Khadi) qu’il ne faut pas confondre avec l’Almamy (iman) qui dirige les prières de la mosquée.
Mais en dépit de leur croyance islamique, ils restent superstitieux et craignent les sorciers (soukhounio) et les diananou (djinns). Ils considèrent certains jours de la semaine comme bons ou mauvais pour tel ou tel type d’activité. Ils célèbrent trois fêtes (sallé) principales : celle du Soukhasso, qui a lieu à la fin du mois de Ramadan, celle de Banansallé, fête du mouton (Tabaski) qui a lieu deux mois et dix jours après la Soukhasso, et un mois et dix jours plus tard, a lieu la Haranem sallé, qui correspond au premier jour de l’année musulmane. La circoncision a lieu pendant la saison froide, après la rentrée des récoltes, ce qui correspond aux premiers froids.

Les femmes, représentantes du chant national

Les Guesseré sont les griots Sarakolé. Leur origine remonte au temps de l’empire du Ghana. Ils constituent l’une des castes les plus anciennes du Mali. Ce sont des chanteurs très appréciés. Ce sont les griottes qui sont les cantatrices officielles de l’ethnie sarakolé.

Un décor de caractère sexuel au thème primordial de la fécondité

On trouve encore sur les maisons bourgeoises de Oualata (en Mauritanie), des décors muraux exécutés avec les doigts par les femmes Sarakolé. Oualata fut créée au XIIIe siècle par les savants et les lettrés fugitifs du Ghana, alors grand centre caravanier, carrefour de rencontre de savants, de lettrés et de commerçants. Aujourd’hui les trois quarts de la ville sont en ruine. Les Oualatin sarakolé sont polygames. Leurs femmes cloîtrées apprécient les bijoux, les nattes et ont un sens très poussé de la décoration des maisons et de leur embellissement. C’est ce milieu fermé qui a permis de garder des traditions artisanales très intéressantes, particulièrement celle des décors muraux réalisés par de, potières sarakolé.

Elles se servent de terre rouge (tin lahman), de terre jaune (tin lasfar), de terre blanche (tin ah) et de terre grise (temmenga) Elles lient ces argiles avec de la gomme. L’exécution des dessin, se fait directement avec les doigts. Les décorations sont refaites chaque automne après les pluies. Cet art mural est unique et ne ressemble à rien de connu au Sahara et en Afrique noire. De grandes arabesques, des croix, des chevrons. des spirales sont peints sur les murs intérieurs et extérieurs, le, murs des cours, des terrasses, l’intérieur des chambres, les portes. les piliers. D’après Gabus, tout converge vers un décor de caractère sexuel au thème primordial de la fécondité (phallus stylisé). La porte de la rue est la plus décorée (rouge brun sur fond blanc). Les motifs sont les mêmes mais chaque fois la composition est différente.

Des textiles prisés dans toute l’Afrique de l’ouest

Les hommes portent un boubou et, sur les épaules ou replié sur la tête, le (lissa (longue pièce d’étoffe bleu indigo munie de longues franges tressées). Ils mettent des tépou, sandales de cuir ordinaires et, pour les fêtes, des moukhou, babouches brodées. La femme porte d’abord le fendeli, petit pagne qui s’arrête aux genoux. Puis elle ajoute une blouse appelée camisoli (sans doute par déformation du mot camisole) et porte par dessus le grand boubou (doroké khori) en percale ou en bazin teint à l’indigo. Elle couvre sa tête avec un mouchoir (tikka) en satin noir ou en pai (voile blanc ou bleu). Elle ajoute parfois à cet ensemble le dissa, semblable à celui que portent les hommes. Elle se chausse avec des moukhouni (babouches) brodées.

Une bijouterie d’or raffinée

Les coiffures très compliquées des femmes sont faites par les femmes du forgeron. La femme sarakolé se pare de nombreux bijoux en or et cornaline. L’ourlet de ses oreilles est percé de nombreux trous, ornés de petits anneaux d’or, d’argent ou de cuivre, suivant les moyens dont elle dispose. Au lobe de chaque oreille pend un gros anneau d’or. Les femmes portent autour des hanches des rangées de perles (alternativement rouges et blanches), qui augmentent avec l’âge et les moyens du mari. Les femmes et les hommes des cercles de Nara et Nioro, au Mali, portent sur chacune de leurs tempes trois petites entailles verticales, tandis que les femmes y ajoutent trois cicatrices minuscules sur chacune des Joues, sur le front et même sur le menton. Les femmes sarakolé, comme les femmes toucouleur, se tatouent la lèvre inférieure en bleu foncé pour rehausser la beauté de leur visage.

Des castes d’artisans

Les activités artisanales sont réservées à la caste des Nyamakala subdivisée en Tago (forgeron) et Garanko (cordonnier). Les autres activités sont libres.

Tissage, teinturerie

On trouve des broderies tichbok, à Oualata, d’inspiration marocaine. La teinturerie est pratiquée par toutes les femmes. Chaque maison sarakolé est équipée pour teindre. La teinture est à base d’indigo avec lequel on obtient deux tons : le bleu ciel (bakha khoulé) et le bleu marine foncé (bakha biné). Les tissages sarakolé, tous très beaux, se trouvent à Podor, à Matam, à Bakel, à Touba, au Sénégal, à Nioro, au Mali, à Kaédi et à Néma en Mauritanie.

Vannerie, nattes

Natte de lit (khabta) en nervures de feuilles de palmier et lanières de cuir. Autre natte plus fine (sémé) d’influence maure. Corbeilles à habit.

Cuir

Le Garanko (cordonnier) est spécialiste aussi du tannage des peaux, Il fabrique des babouches brodées (moukhou), des bottes (tioron,ulié), des sandales (tépou), dessus de selle (khirkhé n’doroké), des brides (kharbin nkation), des étuis à amulettes (safayon), des oreillers en cuir, ronds ou rectangulaires (tallah). Leurs outils principaux sont : l’alène (bounné), la planche sur laquelle on tranche le cuir (walakha), le polissoir en bois (maxhâdé), le couteau (labo).

Métal

Le Tago (forgeron) travaille le fer, les métaux précieux et le bois. Il fabrique des haches (yidou), des houes (tougou), des couteaux (Iabou), des herminettes (séoutou), des bijoux, des portes en bois (bàfou), etc. Son outillage est limité à un marteau (foullâdou), à l’enclume (tâné), une pince longue (khampa), des tenailles (khampa nhourmo), la lime (khassadé), le soufflet de forge (tountou).

Les bijoux sont nombreux et ont chacun un nom :
- merseye : grand collier de perles rouges ou vertes dont l’extrémité est nouée plusieurs fois
- kangoubo : pendentif en forme de boule en or filigrané, suspendu à un cordon de cuir
- diôla : pendentif en or en forme de croix on d’étoile à quatre branches,
- godé : gros bracelet en argent torsadé porté au poignet;
- tankhalémou tangado : anneaux en argent massif portés aux pieds.

Bois

Ce sont les Tago (forgerons) qui travaillent aussi le bois. Les plats en bois sarakolé sont très beaux. Ils se nomment « les gens » (aroudgui). C’est une coupe soutenue par quatre pieds en forme de triangle qui symbolisent quatre jambes d’hommes. Le bord de la coupe est gravé de petits triangles losangés. Ils font aussi des porte-calebasses (acherad) à la hampe sculptée ou pyrogravée et dont les motifs, sont ensuite peints en jaune, vert ou rouge. Les calebasses (khollou) ont souvent un col de bois cousu et surmonté d’un couvercle. Elles servent non seulement de récipient mais aussi d’armoires pour les vêtements. Les instruments de musique des griots sont le dongué, grand tambour, et le dondongué, petit tambour qu’on porte sous le bras, la guitare (gamban). Les artisans sculptent des petits escabeaux de bois à trois ou quatre pieds (corondomo), des louches en bois (kharkhamou).

Poterie

La poterie est exécutée par les femmes des forgerons (taga yakharon). Les dessins sont faits à l’aide de leurs doigts. Elles fabriquent des canaris et des gargoulettes (gdour), des gargoulettes à deux becs (goumbou), des plats à couscous (bégué), des grands pots à eau (ballé). Dans la région de Oualata (Mauritanie), les dessins des poteries ressemblent à ceux des maisons.

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