Matriarcat Huron (Canada) : société avunculaire collectiviste et libertine

Les Hurons-Wendat en langue wendate sont une Première Nation de langue iroquoienne, originaire du sud de l’Ontario, au Canada. Le nom « Huron » leur a été donné par les premiers arrivants français à cause de la coiffure des hommes, semblable à celle des Mohawks, qui rappelait la hure du sanglier.

Les cousins des iroquois

Les Hurons forment des familles nucléaires monogames. L’unité socio-économique fondamentale est cependant la famille matrilinéaire élargie, composée de quelques familles dont les femmes sont descendantes d’une même mère ou grand-mère, qui dirige les affaires quotidiennes. La famille élargie habite les maisons longues, d’une largeur de 7 m environ et dont la longueur varie selon la taille de la famille. Des études archéologiques font état de maisons atteignant jusqu’à 90 m de longueur. Chaque Huron appartient à l’un de huit clans matrilinéaires. Les membres d’un clan se considèrent cousins et ne peuvent se marier entre eux. Deux conseils gèrent les affaires du village, l’un s’occupe des affaires civiles et l’autre, des affaires militaires. Tous les hommes de plus de 30 ans en sont membres. En principe, toutes les décisions sont prises par consensus, mais, en réalité, les véritables décideurs sont les hommes âgés et les chefs élus des grandes familles en raison de leur statut dans la communauté et de leurs pouvoirs oratoires. Chez les Wyandot de l’Amérique du Nord, le grand conseil de la nation se composait de 44 femmes et de 4 hommes, lesquels n’étaient en réalité que les agents exécutifs de la volonté féminine.

Liberté sexuelle et avunculat

Les Hurons-Wendats avaient adopté la filiation matrilinéaire : l’enfant fait partie du clan de sa mère et non de son père. L’oncle maternel instruit l’enfant. Il existait une grande liberté sexuelle : en effet, les femmes pouvaient, dit-on, changer de compagnon ou de mari comme elles le voulaient. Chaque Huron appartient à l’un des huit clans matrilinéaires, les membres d’un même clan ne pouvant se marier entre eux.

Les menstrues sacrées

La femme dominait chez les Hurons Wendats. L’affiliation à l’un des huit clans se fait par la mère. C’est aussi la femme qui choisissait son compagnon, et non l’inverse. Elle désignait l’homme qui lui plaisait, et ce dernier venait vivre dans son clan pendant une période d’essai, et devait la couvrir de cadeaux. Si l’homme convenait, alors il intégrait le clan de sa compagne. La femme, figure centrale de la société, n’avait en outre pas à se purifier, contrairement à l’homme, qui devait le faire régulièrement (hutte de sudation), puisque les menstruations étaient considérées comme une purification naturelle.

Une société collectiviste

Chez les Hurons, la propriété du sol était essentiellement collective. Gabriel Sagard, missionnaire catholique français, en a décrit les bases. Les Hurons, « ayant autant de terre comme il leur [était] nécessaire », pouvaient en attribuer une part à chaque famille et disposer encore d’un large surplus possédé en commun. Tout Huron était libre de défricher la terre et de l’ensemencer. Il en avait la possession aussi longtemps qu’il continuait de la cultiver et de s’en servir. Une fois abandonnée, elle revenait à la propriété commune et tout un chacun pouvait la reprendre pour lui-même. Bien que les Hurons aient apparemment détenu des terres à titre individuel, la portée de cette possession personnelle paraît avoir été toute relative : l’emplacement central des récipients à grain, dans les « maisons longues » qui abritaient les multiples familles d’un même groupe de parenté, suggère que les occupants d’une maison donnée mettaient toute la production en commun.

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La Grand-Mère cosmique, gérante du monde

Dans une société à filiation traditionnellement matrilinéaire comme celle des Hurons-Wendats, c’est une vénérable grand-mère, une certaine Aataentsic, qui préside à l’ordonnancement du monde. Pour des raisons variables, on raconte qu’elle aurait chuté de son grand domaine céleste où elle vivait une vie paisible, et se serait retrouvée dans les eaux qui recouvraient jadis la terre et auraient pu l’engloutir. Heureusement, de grands oiseaux blancs avaient secouru la dame. Sur le conseil de tous, un des animaux éparpilla sur la carapace de Grande Tortue quelques mottes remontées du fond des eaux. Ainsi fut formée l’île qui devint la terre habitable où Aataentsic put s’installer.

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