Civilisation amérindienne matriarcale Natchez : royauté sacrificielle utérine et société de castes

Les Natchez sont un peuple amérindien qui vivait sur la rive est du cours inférieur du Mississippi, près de l’actuelle ville de Natchez. C’était la tribu la plus nombreuse et la plus unie de la région, avec plus de 5 000 individus au milieu du XVIIe siècle. Les Natchez sont aujourd’hui considérés comme une race éteinte. Ils sont proches des Chitimachas, une tribu amérindienne vivant en Louisiane, principalement à St. Mary Parish. Ils sont actuellement environ 720.

Une puissante résistance aux colons français

Ils représentaient, au XVIIIe siècle, l’un des plus féroces adversaires des Français dans leur conquête de l’Amérique du Nord et ce qui constituait la Louisiane. Les attaques des Natchez en 1729 ont causé de nombreuses victimes françaises, mais la riposte en 1731 a été encore plus violente pour ces peuples, ce qu’évoque Delacroix dans ce tableau. Vers 1730, après plusieurs guerres avec les Français, les Natchez furent vaincus et dispersés. La plupart des survivants furent soit réduits à l’esclavage par les Français ou trouvèrent refuge parmi d’autres tribus, comme les Chickasaw, les Creeks et les Cherokees. Devenus chrétiens et agriculteurs, ils se groupèrent en 1859 en une sorte de confédération réunissant Cherokee, Choctaw, Creek, Chickasaw et Séminoles. Leur religion, leurs coutumes et leur mode de vie fondée sur la culture du maïs les rapprochaient des Creek, des Choctaw, ou d’autres peuples du golfe du Mexique. De nos jours, la plupart de leurs descendants se trouvent en Oklahoma, parmi les membres des nations Cherokee et Creek.

Les civilisations matriarcales du Mississipi

Les voyageurs européens qui atteindront les villes du Mississippi au XVIe et XVIIe siècles décriront une société matriarcale régie par un chef qui contrôle quatre classes sociales bien définies. Les élites se font enterrer, couchés sur des litières de bois, sous des édifices funéraires placés au sommet des tertres dans le centre des villes. Les corps paraissent avoir été décharnés, puis les ossements collectés et réinhumés. On place dans les mausolées des biens exotiques : vases de coquillage, perles de nacre et de coquillages, feuilles de cuivre travaillées au repoussé. Parfois on tue des serviteurs pour qu’ils accompagnent leur maître dans l’au-delà. Les Natchez honoraient leurs divinités dans des temples. Ils adoraient le Soleil et conservaient un feu perpétuel brûlant dans leurs temples. Les villages étaient quadrillés par un réseau de voies qui menaient à une place centrale comme chez les Mound Builders et les civilisations mississippiennes.

Le roi soleil

Les Natchez avaient un système de castes fort intéressant. Par malheur nous ne le connaissons qu’à travers les récits des voyageurs du XVIIIe siècle. La société Natchez, contrairement à beaucoup d’autres groupes amérindiens, était hiérarchisée en quatre groupes dirigés par un Grand Soleil que l’on peut assimiler à un roi. Celui-ci était souvent transporté sur une litière. Leur organisation tribale théocratique était centrée autour de ce Grand Soleil, monarque absolu de droit divin. Il avait droit de vie et de mort sur ses sujets ; à sa mort, toute sa cour était sacrifiée. Les esclaves étaient rapidement intégrés. Au début du XVIIIe siècle, les Français installés en Louisiane assistent aux funérailles de la Grande Reine au cours desquelles sont organisés des sacrifices humains, comme pour celles du Grand Soleil.

Une monarchie absolue de droit divin

Les manifestations extérieures de ce système de castes étaient plus étonnantes encore pour qui connaît la mentalité démocratique des Indiens de l’Amérique du Nord. Nous n’y trouvons plus trace, en effet, de cette dignité personnelle que Morgan admirait chez les Peaux-Rouges. La description que les chroniqueurs français nous font de l’étiquette de cour chez les Natchez rappelle l’atmosphère environnant un potentat oriental plutôt que la situation d’un chef indien. « La vénération que ces sauvages ont pour leur grand chef et pour sa famille va si loin que chaque fois qu’il parle, en bien ou en mal, ils le remercient par des génuflexions et par des grogne-ments qui marquent leur respect. » Cette attitude était d’origine religieuse puisque les Soleils étaient considérés comme des descendants de cet astre, leur divinité suprême, et comme capables par leur intercession de prévenir les maux. Le Grand Soleil s’élevait de toute sa hauteur au-dessus des autres membres de sa caste et était protégé par des prohibitions spéciales. Seule son épouse avait le droit de manger avec lui, et lorsqu’il abandonnait à ses frères les restes de ses repas, il repoussait les plats de leur côté avec les pieds. Les Puants (plèbe) n’étaient pour lui que poussière et à sa mort ses serviteurs étaient sacrifiés. Les degrés intermédiaires avaient aussi leur importance ; il y avait surtout un conseil de vieux guerriers qui servait à enrayer l’autorité du souverain.

Des castes matrilinéaires exogamiques fondantes

Cette organisation sociale très hiérarchisée était divisée en classes matrilinéaires et exogamiques. Les gens du commun, désignés du terme peu flatteur de Puants, étaient tenus à l’écart par les nobles; ceux-ci se divisaient en trois catégories: les Honorables, les Nobles et les Soleils, le chef appelé Grand Soleil occupant la place suprême. Les titres de noblesse n’étaient pas sans affecter la condition des descendants, mais leur importance allait en s’affaiblissant avec les générations. Les enfants d’un Soleil n’étaient que des Nobles, ses petits-enfants des Honorables et ses arrière-petits-enfants devenaient des gens du commun. Ce système était, en une certaine mesure, mitigé par des conceptions démocratiques puisqu’un Puant pouvait, grâce à son courage, être admis dans la catégorie la moins élevée de la noblesse et qu’un Honorable passait de la même manière dans la caste supérieure.

De curieuses règles matrimoniales

L’élément le plus curieux peut-être des coutumes des Natchez était la loi réglant les mariages. Alors que là où règnent des distinctions de classes rigides, nous trouvons presque toujours des règles exogamiques. Les Natchez non seulement autorisaient mais encore prescrivaient l’union des Soleils avec les gens du peuple, et cette loi s’appliquait aux deux sexes. Lorsqu’une femme Soleil épousait un Puant, le mari occupait alors la situation d’un domestique, ne pouvait pas manger en compagnie de son épouse et, en cas d’infidélité, était exécuté. Les Soleils comprenaient des enfants de mères Soleils et de pères Puants ; les Nobles étaient les enfants de mères Nobles et de Puants ou de mères Puantes et de Soleils ; les Honorables incluaient les enfants de mères Honorables et de Puants, ainsi que de mères Puantes et de Nobles ; enfin la vaste classe des gens du commun était constituée par des mariages entre plébéiens ou par les unions entre mères Puantes et Honorables.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 2 989 autres abonnés