Matriarcat Minangkabau (Indonésie) : élite nationale et résistance de la Déesse face à l’islam

La plus grande société matrilinéaire du monde

Au cœur de la magnifique région montagneuse de Bukittinggi, dans la province occidentale de l’île de Sumatra, vit la société matriarcale la plus peuplée du monde (8 millions) : les Minangkabau. Musulmans, ils donnent pourtant le pouvoir familial aux femmes. Chez les Minangkabau, on attend avec bonheur la naissance d’une fille contrairement aux autres pays de cette partie du monde. La mère transmet à sa fille uniquement, son nom, ses biens, ses terres, ses biens immobiliers et mobiliers, ses titres, et bien sûr ses bijoux, qui sont la propriété exclusive des femmes. Les hommes, quant à eux, vivent chez leur mère, administrent la vie du village au quotidien… et rendent “visite” à leurs épouses. La matrifocalité dans la société Minangkabau signifie que les familles vivent dans des maisons longues matrilinéaires et que tous les biens ancestraux vont aux femmes. Les femmes sont les gardiennes de l’économie, elles gardent la clef de la pièce du riz.

Une force économique

Les Minangkabaus, peuple industrieux, ayant gardé une structure matrilinéaire, prennent une part croissante dans l´essor de Medan (Sumatra-Est) et de la province de Riau, mais aussi dans celui de la Malaisie, où ses membres participent à la mise en valeur du Negeri Sembilan depuis trois siècle tout en dominant le petit commerce de Kuala Lumpur. Ils sont un peuple fier bien connus en Indonésie pour leur flair littéraire, leur tendances démocratiques, leur sens des affaires.

La Mère-Terre résiste à l’islam

A Sumatra, Bundo Kanduang est la déesse de la Terre, la divinité première dont la vénération persiste malgré l’islam. Elle fut apparue simultanément avec le monde visible, et régnait avec son fils Duang Tangku, depuis Pagajurrung, la capitale traditionnelle des Minangkabau. On raconte que lorsque sa fille fut kidnappée pour être mariée de force, la déesse quitta le monde. Mais Bundo Kanduand réside toujours dans le cœur de ses fidèles. Les croyants recherchent les conseils de la déesse réincarnée, et lui rendent hommage. On appelle du nom de la déesse les femmes dirigeantes de cette région, où l’héritage passe par la lignée des mères.

Une société compatible avec l’islam ?

Les enfants portent le nom de clan (suku) de leur mère. L’homme qui en a la responsabilité n’est pas le père, mais l’oncle maternel (mamak). Pour le mariage, c’est la famille de la fille qui vient demander la main du garçon. En cas de divorce, la femme garde les enfants. La loi islamique rappelle aux Minangkabau que « la mère mérite trois fois plus de respect que le père ».

Les jeunes garçons et les maris divorcés dorment dans des mosquées. Les hommes quittent leur foyer lorsqu’ils sont mariés, mais une femme ne peut pas quitter sa maison. Une femme reste à la place où elle est née et défend l’adat, la loi traditionnelle. Les femmes sont considérées comme faibles et c’est la raison pour laquelle elles doivent bénéficier de droits. La responsabilité morale réside chez les femmes. Les hommes sont en effet fiers de leur indépendance. Les hommes font face aux questions politiques formelles, et agissent en tant que chefs de village. Le matrilignage et les ménages sont conçues comme le centre du pouvoir. Les légendes racontent l’histoire d’une reine, Bundo Kanduang, qui est une figure centrale dans le folklore, mais son historicité n’est pas claire.

Le conseil des oncles

Les adolescents sont encouragés à quitter leur ville natale pour apprendre des écoles ou des expériences hors de leur communauté natale de manière à y revenir adulte enrichi d’un savoir et d’une sagesse utile pour leur famille et la société et leur « nagari » (ville natale) où ils deviendront membre du « conseil des oncles »

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Analyse de Françoise Vandenberghe, diplômeés en histoire et géographie : Licence, Maîtrise, DEA à Paris IV la Sorbonne, DESS d’Ingénierie de la Formation/chef de projet multimédia à Jussieu.

Le mariage et la religion dogmatique sont malheureusement présents dans cette partie de l’Indonésie, mais les femmes ont réussi à conserver leurs droits. C’est le mari qui vient vivre dans la famille de sa femme, et cette notion est très importante, car dans le reste de l’Indonésie, toutes n’ont pas eu cette chance, et parties vivre dans les familles de leurs maris, elles en deviennent les esclaves méprisées.

Le mariage coûte la bagatelle de 4 années de salaire et est entièrement pris en charge par la famille de la mariée. Tous les membres de la famille sont mis à contribution pour que la mise en scène de la cérémonie du mariage soit parfaite, les trônes en or somptueux, les tentures cousues de fils d’or magnifiques (l’or étant le symbole du soleil).

Les femmes portent malheureusement le voile de la consanguinité, mais heureusement elles ne le sont pas et ne subissent pas un mariage forcé avec un cousin. Elles choisissent librement leurs conjoints, rencontrés sur les lieux de travail par exemple. Symboliquement, la future mariée vient saluer une à une toutes les femmes de la famille de la mère avant la cérémonie du mariage : la matrilinéarité prévaut toujours très fortement.

La cérémonie du mariage est d’ailleurs elle-même placée sous le coup des deux traditions : une cérémonie musulmane, et une cérémonie de l’adate, celle de la coutume matrilinéaire, durant laquelle il faut honorer les nombreux esprits (dragons et esprits des ancêtres). Ce sont les marchands arabes qui ont introduit l’Islam entre les XIIIe et XVè siècle, introduction relativement récente, ce qui explique que les traditions matrilinéaires [que les Occidentaux connaissaient aussi, mais il y a plus de 2000 ans (et surtout les romains on bien massacré ces traditions)] soient extrêmement bien conservées. Surtout l’introduction de l’Islam semble s’être faite relativement pacifiquement, ce qui est une première mondiale, et a permis aux femmes de maintenir l’intégralité de leurs droits traditionnels extrêmement puissants.

La terre et les maisons appartiennent donc toujours aux femmes. Elles sont extrêmement actives et se révèlent très habiles dans la gestion de leurs commerces. Ce sont elles qui apportent les richesses au foyer et donc les richesses de la communauté, voire de la Nation. Les femmes arabes aussi étaient d’excellentes femmes d’affaires avant Mahomet, comme partout dans le monde avant le patriarcat, et d’ailleurs la première femme de Mahomet, Khadîja était une très riche femme d’affaires dans le commerce caravanier qui lui a laissé sa chance. Sans doute pour la remercier, il a inventé le Coran où la femme doit être enfermée à la maison, battue et mariée de force à un cousin consanguin.

Pour en revenir aux Minan Kabao de l’Ile de Sumatra, ils ont donc maintenu leurs traditions matrilinéaires et leurs croyances religieuses ancestrales en dépit de la nouvelle religion dogmatique de l’Islam. C’est pourquoi cette société est prospère, tous les enfants y étant choyés sans discrimination, et poussés vers de très hautes études. Surtout les femmes continuent à exprimer leur génie économique hors pair et à rapporter des richesses à la maison pour le bien de tous. Les maris plus oisifs en profitent aussi et ne s’en portent pas plus mal.

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