Définition du Matriarcat : une société sans père ni mari, mais pas sans oncles – la famille naturelle

Le matriarcat (droit maternel) est un modèle familial où l’autorité parentale légale est exclusivement maternelle : le père biologique n’a aucun droits sur l’enfant.

La famille matriarcale

Ce schéma présente l'organisation de la famille matriarcale« l’ordre fondé sur la maternité »

D’après Paul Lafargue (cf Étude sur les origines de la famille), le matriarcat est l’absence juridique du père, incluant :

  • La matrilinéarité : toute transmission se fait par le sang maternel.
  • La matrilocalité : la vie sociale s’organise autour de la mère.
  • L’avonculat : la paternité sociale (éducation) de l’enfant est assurée par son oncle maternel.

Les 3 piliers juridiques du matriarcat

Le système clanique matriarcal est régit par 3 lois :

  • le Totem (le droit) : co-propriété et jouissance du patrimoine (matrimoine) indivisible du clan.
  • le Mund (le devoir) : devoir de protection, aide et assistance inconditionnelles à tous les membres du clan; en particulier aux femmes et aux enfants. Exemple : le devoir de vengeance (vendetta).
  • le Tabou (l’interdit) : tous les membres du clan sont considérés comme de même sang. Toute pratique, évocation ou démonstration amoureuse ou sexuelle sont strictement interdites entre membres d’un même clan.

La famille naturelle

Dans la Rome patricienne, les juristes disaient de la maternité qu’elle était un fait naturel, « natura verum » alors que la paternité relevait simplement d’une question de droit civil. En droit français, l’enfant naturel est celui conçu hors mariage ; hors selon ce même droit, c’est le mariage qui définit la paternité (présomption) : « les noces désignent le père ». La filiation naturelle est alors celle de la mère. Autrefois, seul le mariage légitimait la paternité : l’enfant naturel n’était qu’un bâtard rejeté par la société, car sans père légal reconnu. Donc en vertu de ce même droit français, la famille naturelle est bien sans mariage et sans père, c’est-à-dire matriarcale.

La société primordiale

C’est le premier système familial qu’a connu l’humanité. Son origine fut l’ignorance du lien entre la sexualité et la reproduction, donnant à la femme le statut d’unique procréatrice (parthénogenèse). Ce système s’est maintenu bien après la découverte de la paternité. C’est le cas notamment du peuple Moso du Yunnan (Chine). Si la paternité peut être connue, elle n’est cependant pas reconnue.

Le père est un étranger à la famille

Les sociétés matriarcales se structurent en familles élargies collectivistes (clans), matrilinéaires, sans mariage, ni paternité génétique reconnue.

  • L’enfant appartient au clan de sa mère dont est exclu le géniteur.
  • Les enfants sont élevés par les hommes de leur clan (oncles maternels) et non pas par leur géniteur.

Liberté sexuelle et concubinage

Il n’y a pas de couple, ni de fidélité, ni de jalousie, ni de possessivité, ni de violence sexiste, ni de prostitution, ni aucune marchandisation du sexe. Quand bien même il existe certaines formes de mariage, il s’agit plutôt de concubinage, d’unions temporaires à durée déterminée :

  • l’oncle maternel reste le premier référent auprès de l’enfant,
  • le père n’a aucun droits,
  • et les mœurs sexuelles restent plutôt permissives et laxistes.

Exemple : Matriarcat Iroquois (USA) : les mères garantes de la première démocratie américaine

Matriarcal ou matrilinéaire ?

De nombreuses sociétés se prétendent matrilinéaires, uniquement parce qu’elles transmettent le nom de famille par la mère. Mais que signifie réellement cette notion ? Que transmet-t-on au juste ? Le pouvoir réel, c’est la propriété : qui possède décide. Qui est propriétaire ? Qui détient l’autorité parentale ? Le père (patriarcat) ou la mère (matriarcat) ? Le matrilignage signifie que la transmission des biens et des droits passe par la mère et non par le père. Une société réellement matrilinéaire ne connaît donc aucune filiation de père en fils : il n’y a donc ni père reconnu, ni mariage, et donc aucune raison de contrôler la chasteté des femmes (répression sexuelle). Il n’y a donc pas de patriarcat (droit du père). Dans les sociétés réellement matrilinéaires, donc non patrilinéaires, les mères sont propriétaires de tout : enfants, maisons, terres… Les sociétés matrilinéaires sont bien matriarcales.

Matrilinéaire mais femmes dominées

Il arrive cependant que père soit reconnu pour des raisons purement religieuses, sans qu’il y ai la moindre transmission de propriété ou de droits de père en fils. Exemple : chez les guerriers Naïrs autochtones du Kérala (sud de l’Inde), les conquérants brahmanes aryens leur imposent le mariage (notamment entre brahmanes et femmes naïrs), parce que le père doit être reconnu, sous peine de lourdes sanctions pour les mères célibataires, et l’enfant bâtard qui est alors hors caste. L’enfant légitime est de toute manière de la caste de sa mère. Afin de contrôler leur chasteté, ces femmes sont sous la tutelle de leur frère ou de leur oncle maternel, qui gère leur propriété à leur place, et arrange leur mariage. Mais autrefois, les Naïrs pratiquaient la polyandrie, et les femmes étaient libres de choisir et de changer leurs maris.

Lire Matriarcat Nair (Inde) : la caste guerrière du dieu-serpent fertile, compagnon de la déesse-mère

Étymologie du matriarcat

Par opposition au patriarcat (patrilinéaire, patrilocal, patrifocal), le matriarcat est avant tout un système de parenté, une conception de la famille (lire Famille & Parenté). C’est un terme usuel anthropologique qui permet désigner une certaine organisation de la famille. Composé du latin mater et du grec arkhè, il signifie littéralement « l’ordre des mères ».

Le terme matriarcat n’a donc jamais signifié « domination par les femmes ».

La différence avec la gynarchie

Du latin mater, la mère et non la femme, le matriarcat est donc « l’ordre fondé sur la maternité », un modèle de société fondé sur la filiation maternelle. C’est pourquoi il ne faut pas le confondre avec un autre concept, celui de la gynocratie (ou gynarchie). Du grec gunê, « femme » et cratos, le pouvoir, gynocratie qui signifie « pouvoir aux femmes », et qui par conséquent à plus à voir avec le pouvoir politique que l’organisation familiale. Une gynocratie ou gynécocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par des femmes. Souvent confondu avec le matriarcat, il ne s’agit que d’un modèle théorique qui n’a jamais été prouvé. Johann Jakob Bachofen, qui a le premier émis l’hypothèse d’une structure sociale gynocratique ne se réfère jamais au matriarcat. Il appelle le type de gynocratie dont il parle das Mutterrecht, le « Droit maternel ».

Le matriarcat n’existe pas ?

Si le matriarcat n’existe pas dans le sens de « domination des femmes », alors le patriarcat n’existe pas non plus dans le sens « domination des hommes ». En effet,

  • Quelle domination des hommes sur les femmes quand ceux-ci sont dominés par des femmes de pouvoir telles que Catherine de Médicis, la reine Victoria de l’empire britannique, ou la « dame de fer » Margaret Thatcher, des femmes dirigeantes de sociétés pourtant bien patriarcales ?
  • Quelle suprématie des hommes quand ceux-ci sont forcés de mourir au front lorsqu’ils sont appelés pour la guerre, pendant que leurs épouses restent bien au chaud au foyer ?
  • Quelle domination mâle quand les hommes sont interdits de sexualité hors mariage, ne peuvent aimer librement celles qui les aiment, et quand les enfants conçus hors mariage sont exclus, abandonnés, esclavagés ou tués, qu’ils soient filles ou garçons ?

Les termes matriarcat et patriarcat n’ont jamais désigné la domination d’un sexe sur l’autre, mais un ordre social fondé sur l’autorité et la filiation maternelles ou paternelles. Il s’agit là d’une supercherie du néo-féminisme de la « théorie du genre ».

Une conception du pouvoir

Les affaires internes à la famille sont plutôt gérées par les femmes, tandis que les affaires externes à la famille sont plutôt gérées par les hommes. La répartition du travail se fait au mérite. On parlera plutôt de système matri-centré ou matristique, car la mère n’est pas au-dessus mais au centre de la société. De manière générale, les femmes possèdent les enfants, les foyers, la terre, les commerces… Elle élisent et révoquent les chefs mâles, et ont un droit de veto sur toutes leurs décisions.

  • La femme détient le pouvoir mais ne l’exerce pas.
  • L’homme exerce le pouvoir mais ne le détient pas.
  • Le pouvoir de l’homme procède toujours du consentement de la femme.

Le pouvoir réel aux mains des mères

Article 44 de la constitution iroquoise :  » La descendance se fait par le lien maternel. Les femmes sont la source de la Nation, elles possèdent le pays et sa terre. Les hommes et les femmes sont d’un rang inférieur à celui des mères ».

Le vrai pouvoir n’est pas institutionnel (ex : droit de vote, présidence). Le pouvoir réel se trouve dans :

  • la propriété : qui possède ?
  • l’économie : qui donne et reçoit les richesses ?
  • la filiation : qui transmet aux générations futures ?

Le vrai pouvoir, c’est la propriété des moyens de production, qui comprend aussi la reproduction. Dans les sociétés matriarcales, les chefs qui ne sont que des délégués représentatifs, ont beau être en général des hommes, la propriété, l’économie et la filiation sont bel et bien aux mains des femmes : les mères possèdent la terre, les maisons, les récoltes, les commerces, les économies, et les enfants.

La seule association qui ait réussie

« Le clan totémique maternel, fut, et de loin, la forme d’association humaine la plus achevée– on pourrait même dire que c’est la seule association humaine qui ait réussie …Toutes les associations humaines subséquentes ne furent liées que par des relations lâches et diffuses comparées aux liens unissant le clan maternel primitif. Les organisations politiques, les théocraties religieuses, les états et nations ont tous unanimement tenté en vain d’accomplir une véritable solidarité sociale. Ce ne sont jamais que des structures artificielles ; l’humanité sociale n’a jamais réussi à remplacer adéquatement le lien primitif auquel elle doit son existence. Même les loyautés qui ont remplacé le lien primitif ont maintenant perdu beaucoup de vigueur ; les intérêts individualistes règnent en maître. La société humaine se trouve dans une position périlleuse ; elle n’est plus liée par les liens sentimentaux qui font la différence entre un groupe social et un agrégat d’individus. » - Robert Briffault, anthropologue (1876 – 1948)

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