Culte de la virginité : l’hymen, un mythe patriarcal, garant de la reconnaissance de paternité

Vierge ou célibataire ?

Vierge trouve son origine du mot latin Virgo, qui signifie pur, neuf, intact. A l’origine ce mot ne faisait pas allusion à la spécificité anatomique qu’on lui attribue aujourd’hui, à grand tort d’ailleurs. La particularité anatomique qui différencie une personne de sexe féminin ayant eu des rapports sexuels ou non, et appelé hymen, n’a pas à l’origine, de lien avec cette spécificité physique. On était vierge quand on était pas attaché à quelqu’un, célibataire avec un statut dans la communauté; c’était le cas des Druidesses des sociétés celtes. Elles étaient libre de choisir librement leurs géniteurs et partenaires sans encourir les moindres reproches, humiliations et punitions de la part de la communauté.

Origine du culte de la virginité

La chasteté avant le mariage, et donc la virginité, est le seul garant de la reconnaissance de paternité, fondement de la société patriarcale. Le sexe hors mariage engendre des enfants sans père. Sans mariage, pas de paternité garantie, pas de filiation paternelle garantie. C’est pourquoi dans toute société patriarcale traditionnelle, le sexe sans mariage est interdit par une police des moeurs (exemple : la charia islamique).

Vidéo : vérification de la virginité des filles chez les gitans

Une exclusivité du Dieu-Père pour l’humanité

Source : blog de Barbara Strandman d’après un certain H.D.G., encyclopédiste du XVIIIe siècle

« Cette membrane est attachée à la seule espèce humaine, les femelles des animaux n’ont rien qui lui soit analogue. [...] On ne peut se refuser à l’idée que l’hymen a été accordé à la vierge humaine seule pour que son époux puisse être assuré de sa chasteté, & qu’il y trouva un gage de la bonne conduite future de son épouse. [...] Une fois corrompue, elle peut l’être avec plus de facilité à la faveur du mariage qui palliera les fautes. » Ainsi donc le mariage en ôtant la crainte de tomber enceinte faciliterait les relations illégitimes entraînant le doute sur l’identité paternelle.

Démystifié dès la Renaissance

Source : blog de Barbara Strandman

Voici longtemps déjà que l’hymen n’existe pas. En effet, Ambroise Paré (env. 1510 – 1590) et Andréas Laurentius (1558-1609) auraient, d’aprés la version anglophone de wikipédia, affirmé que l’hymen est « un mythe primitif, indigne d’une nation civilisée comme la France ».

Louis de Jaucourt, médecin, philosophe, écrivain, encyclopédiste (1704-1779)

230px-ChevalierLouisJaucourt.jpgLe chevalier de Jaucourt rend compte avec davantage de hardiesse des travaux en notant page 927 « Mais d’un autre côté, de très grands maîtres de l’art, aussi fameux qu’accrédités, Ambroise Paré, Nicolas Maffa, Dulaurent, Ulmus, Pineau, Bartholin, Mauriceau, Graaf, Palfyn, Dionis & plusieurs autres, soutiennent nettement et fermement, que la membrane de l’hymen n’est point une chose constante et naturelle au sexe, & qu’ils se sont assurés, par une multitude d’expériences, de recherches & de dissections, que cette membrane n’existe jamais ordinairement. Ils avouent seulement qu’ils ont vu quelquefois une membrane qui unissoit les protubérances charnues, nommées caroncules myrtiformes, mais ils sont convaincus que cette membrane étoit contre l’état naturel. »

Il s’étonne par la suite : « Cette contrariété d’opinion de maîtres de l’art dans un fait qui ne paroit dépendre que de l’inspection, répand la plus grande incertitude sur l’existence ordinaire de la membrane de l’hymen, & nous permet au moins de regarder les signes de virginité qu’on tire de cette membrane, non seulement comme incertains, mais comme imaginaires & frivoles ».

Pour la médecine, l’hymen n’existe pas

« Hymen, également connu comme « membrane de chasteté », est une guirlande/couronne de muqueuse d’environ un cm derrière l’orifice du vagin. Le nom « membrane de chasteté» a été proposé á une époque oú l’on croyait qu’il se déchirait durant les rapports et qu’une membrane intacte était de ce fait une preuve que la femme en question n’avait pas eu de rapport sexuel, ce qui signifiait qu’elle avait toujours sa virginité. Malgré le terme « membrane de chasteté » l’hymen n’est pas une membrane et le pli ne couvre normalement pas toute l’ouverture du vagin. Le fait que « la membrane de chasteté » n’est pas une membrane mais une série de plis des muqueuses est un fait reconnu depuis longtemps par les connaissances médicales. Ces dernier temps la médecine a montré á plusieurs reprises que l’examen de « la membrane de chasteté », ainsi que l’ouverture du vagin, ne permettent pas d’établir si elle a eu un rapport sexuel avec pénétration ou non. » – Barbara Strandman

Aucune différence entre une fillette et une mère

« Dans leur étude, les chercheuses et gynécologues Monica Christiansson et Carola Eriksson ont soumis cette question au public suédois et ont obtenu une grande attention, entre autres via les débats avec les personnes d’origine étrangère. A l’occasion d’un séminaire en janvier 2007 Eriksson a montré que l’ouverture du vagin d’une fillette de 3 ans et l’ouverture du vagin d’une femme ayant eu des enfants se ressemblent, ce qui signifie qu’un gynécologue n’a pas la possiblité de déterminer si la femme a eu ou non une pénétration sexuelle. » – Barbara Strandman

Vidéo : le bal de la pureté virginale chez les protestants (USA)

Aucune preuve scientifique

« En France Marie Pierre Martinet, du Planning familial, dans l’article d’Erich Inciyan Psychodrame national autour d’un mariage annulé á Lille, nous indique : « La virginité ne peut pas se prouver médicalement. On évalue à environ 20% le pourcentage de femmes qui ne perdent pas leur hymen ou ne saignent pas lors du premier rapport sexuel, pour des raisons physiologiques.» » - Barbara Strandman

Vidéo : le mythe de l’hymen, un mythe bien implanté

Ce qu’est réellement l’hymen

On parle parfois de l’hymen comme le nom d’une membrane, c’est-à-dire une sorte de couvercle, qui couvrirait l’entrée du vagin et qui se déchirerait lors des rapports sexuels. Il est important de savoir que l’hymen n’existe pas dans la réalité. Ce qui existe en fait, c’est un pli de la membrane autour des bords de l’entrée du vagin, que l’on appelle la couronne vaginale. La couronne vaginale a un aspect qui diffère selon les femmes et elle n’a pas de fonction particulière.

La réalité du dépucelage

L’hymen n’existe pas en tant que telle. Il n’y a pas de vierge au sens littéral du terme ( hymen ). On peut parler de virginité quand la jeune fille n’a pas eu de pénétration par un sexe d’homme. La douleur ressentie lors d’un premier rapport est celle du vagin qui se distend , et peut saigner un peu. Les filles qui pratiquent la masturbation avec pénétration d’objet ne ressentent aucune douleur au premier rapport sexuel. On parle souvent de la masturbation chez les petits garçons , presque jamais de celle des petites filles. Or, quand elles se masturbent, elles ne découvrent leur clitoris qu’après avoir exploré leur vagin avec leurs doigts. Toutes les petites filles qui font du cheval ont les muscles du vagin très souples et ne souffriront pas lors de leur 1er rapport sexuel. D’ailleurs, une femme qui n’a pas de rapports pendant une longue période, peut ressentir les mêmes douleurs qu’à son premier, les muscles du vagin étant inactifs…

Vidéo : commerce des vierges, et prostitution des non-vierges au Cambodge

L’abstinence des jeunes filles avant le mariage demeure un principe sacro-saint dans le royaume khmer. D’où parfois un recours à la chirurgie.

Virginité et culte du sang

Un bon nombre de gens croient à l’existence de l’hymen et que c’est une preuve de la virginité de la fille (qu’elle n’a pas eu de rapports sexuels). Les gens qui croient que l’hymen existe croient aussi qu’il se déchire lorsque la fille a des rapports sexuels la première fois, et que ses organes génitaux saignent. La vérité est que 70 % des filles environ ne saignent pas lors de leurs premiers rapports sexuels. Il n’est pas non plus possible de voir au vagin d’une fille si elle est vierge ou non.

Vidéo : Alain Soral à propos du mariage islamique annulé pour non virginité

Le culte de la virginité, une coutume obscurantiste actuelle

Dans un certain nombre de cultures il est important que la fille soit vierge lorsqu’elle se marie et cela doit donc « se prouver » á travers un saignement durant le premier rapport sexuel. Cela produit de gros problémes pour les filles qui vivent dans ces cultures puisque la plupart d’entre elles ne saignent pas. Les raisons qui conduisent certaines femmes à saigner sont qu’elles ne sont pas suffisamment excitées, qu’elles sont nerveuses et tendues. Une autre alternative étant qu’elles ont une malformation des parois du vagin qui sontalors dans ce cas véritablement (partiellement) attachées ensemble. Environ 60 % des femmes (en Suède) ne saignent absolument pas lors de leur premier rapport et la majorité de celles qui saignentproduisent seulement un écoulement qui n’est pas de la couleur attendue (litteralement ‘déteint’). Cela aboutit tout simplement à faire courir nombre de jeunes filles musulmanes dans les hôpitaux pour se faire refaire l’hymen.

Vidéo : reconstruction chirurgicale de l’hymen chez les maghrébines

L’hymen, mythes et réalités – rappels anatomiques et réflexions éthiques

logoRÉFLEXIONS PAR MARC ZAFFRAN/MARTIN WINCKLER, Médecin et écrivain

Extraits de l’article du 1er juin 2014 sur Martin Winckler.com

Une superstition patriarcale

Dans le monde occidental, la recherche de sa présence à l’âge adulte (et, plus spécifiquement, au jour du mariage, en tant que « preuve » de la virginité antérieure de la femme) date du Moyen-Age, époque où le Christianisme prônait la chasteté absolue avant la nuit de noces. Aujourd’hui, c’est principalement dans les pays musulmans que sa persistance chez la femme est importante – l’Islam considérant les rapports sexuels hors mariage comme un péché.

L’hymen ne sert à rien

C’est la question la plus importante, car elle permet de comprendre en quoi tout ce qui s’attache (!) à l’hymen est fantasmatique. La réponse scientifique est : l’hymen n’a pas de fonction biologique connue.

Le mythe du sang virginal pour sauver l’honneur familial

Dans certaines cultures (de la Méditerranée, en particulier), après la nuit de noces, on tend le drap nuptial à la fenêtre pour montrer d’une part que le mariage est « consommé » et d’autre part que la mariée était vierge. Il est bien évident qu’il faut que ce drap soit rougi. Pour que les femmes, les maris (qui ne sont pas tous des brutes) et les familles ne perdent pas la face (l’honneur), les stratagèmes pour « rougir les draps » ne manquent pas. Mais ce type de coutume pérennise le mythe du « premier rapport qui fait saigner en rompant l’hymen ».

Des abus gynécologiques qui ne préservent pas la virginité

Exactement. Personne ne peut affirmer ou réfuter la « virginité » d’une femme en se fondant seulement sur l’examen visuel de son hymen… Rappelons aussi que, dans un pays comme la France, la fâcheuse tendance qu’ont les médecins (gynécologues le plus souvent, généralistes aussi parfois) à imposer aux jeunes femmes dès la puberté des examens gynécologiques manuels et des frottis de dépistage contribue, elle aussi, à rendre très relatives les notions de « virginité » et de « préservation de l’hymen ».

(Note pour les médecins qui s’offusqueraient de ce qui précède : Et non, tous les médecins qui font des frottis à des adolescentes n’utilisent pas des « spéculums de vierge » ; et même s’ils les utilisent, un frottis chez l’adolescente est inutile et source d’angoisses injustifiées ; et un toucher vaginal, je ne vois pas comment ça pourrait « respecter la virginité »).

Une certitude de la paternité

Soit dit en passant, ce que les cultures les plus attachées à l’intégrité anatomique de l’hymen veulent préserver, consciemment ou non, ce n’est pas tant la « virginité » que la (relative) certitude de la paternité de l’enfant au cas où l’épouse se révélerait enceinte peu après ses noces. Cette incertitude par rapport à la paternité est l’une des principales sources de conflits (conscients ou non) entre hommes et femmes…

La confidentialité médicale émancipe le ventre des femmes

Notez que la confidentialité protège également les mineures : un médecin qui informerait une famille que leur fille utilise une contraception, est enceinte et/ou interrompt sa grossesse est passible de poursuites. Il n’a donc pas non plus à « attester de la virginité » d’une mineure à la demande d’un tiers, fût-ce sa propre mère, et encore moins à la demande d’une personne étrangère.

Pour la paix de l’honneur familial

Anecdote : il m’est arrivé qu’un jeune couple me demande un certificat de virginité parce que les parents et beaux-parents l’exigeaient… alors que le jeune couple en question avait une activité sexuelle (clandestine, bien entendu) depuis plusieurs mois. Ils n’allaient en tirer aucun profit financier ou administratif. Ils voulaient seulement avoir la paix.

Le parti du père (patriarcat) ou de la mère (matriarcat) ?

Certains médecins refusent de faire un certificat qui leur apparaît comme une « fraude » à l’égard du futur mari. Cette objection n’est pas valable  : leur patient, ce n’est pas le futur mari, c’est la femme.

Mettre en avant « la fraude à l’égard du mari », c’est prendre le parti des hommes,

  • tout comme le serait de refuser d’aider une femme à avorter sous prétexte que le père biologique n’est pas prévenu (droit du père),
  • ou, encore une fois, de révéler à un homme que l’enfant dont son épouse est enceinte n’est pas de lui (reconnaissance de paternité).

Prévenir les crimes d’honneur et l’esclavage des ventres

On peut à l’inverse considérer que demander un certificat de virginité est parfois la seule manière, pour une femme, à un moment donné de se mettre à l’abri de violences morales ou physiques potentielles – tout comme le fait de demander une contraception à l’insu d’un mari qui veut qu’elle soit enceinte. Dans un cas comme dans l’autre, la loyauté du praticien doit d’abord aller à la personne qui fait appel à lui et non aux tiers. Sinon, le médecin n’est plus un soignant, c’est un agent du pouvoir (familial, conjugal, patriarcal – NDLR) en place.

La femme maîtresse de son ventre

Si la chirurgie de « reconstruction » est demandée par un tiers, il n’y a aucune raison d’accepter. Pas plus qu’il n’y a de raison d’imposer, à la demande des parents :

  • une IVG à une adolescente qui veut garder sa grossesse (ça m’est arrivé),
  • ou d’imposer une contraception à une adolescente sous prétexte que sa mère croit ou craint « qu’elle couche » (ça m’est arrivé aussi).

Défendre la mère et son enfant, ou défendre le père ?

Quand on sait que l’enfant d’une femme n’est pas celui de son mari, est-ce « cautionner l’adultère » que de soigner la mère et l’enfant sans révéler le secret ? Non, bien sûr. Il serait contraire à l’éthique de refuser de les soigner, de toute manière. Alors, faire un certificat de virginité, est-ce une faute morale inacceptable ? Je vous laisse en juger, chacun(e) pour vous-même.

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