Le fosterage (celtes, germains) : l’initiation par l’oncle maternel, un vestige de matriarcat

Les héros formés par leur oncle

Chez les celtes, l’éducation de l’enfant était complétée chez son oncle maternel. La littérature celtique donne de nombreux exemples de fosterage dans les gestes héroïques : Cuchulainn, Finn, Tuan Mac Cairill chez les Irlandais, Kulhwch et Peredur chez les Gallois. Chez les Gaulois, on retrouve un exemple de fosterage dans le Mabinogi de Pwyll, Prince de Divet : Pryderi, le fils de Pwyll, est confié dès l’âge de sept ans, selon la coutume, au seigneur Teyrnon.

Le fosterage consiste à envoyer les enfants de la sœur dès l’âge de sept ans chez le frère qui s’est malheureusement marié. Celui-ci doit nourrir et éduquer son neveu comme ses propres enfants. Pire, il doit les coucher sur son testament à égalité avec sa progéniture. L’initiation du jeune ne s’achève pas là. L’enfant doit s’initier aux métiers des armes auprès de femmes guerrières extrêmement mystérieuses, mi – sorcières, ni – amazones, établies généralement dans le nord de l’île de Bretagne, c’est-à-dire dans le pays des Pictes. En Irlande, le récit de l’Education de Cûchulainn, et celui des Enfances de Finn sont les plus significatifs à cet égard ; au pays de Galles, le récit de Peredur, archétype de la Quête du Graal, fourmille de détails archaïques concernant cette coutume.

Ainsi, William ”Braveheart” Wallace, chef de la résistance écossaise face à l’occupant anglais (XIIIe siècle), fut éduqué par son oncle maternel Argheim. Dans les familles royales Celtes, comme chez les Pictes, et jusqu’à la 1ère dynastie d’Écosse (maison Mac Alpin, IXe siècle), bien souvent, le trône ne se transmettait pas de père en fils, mais d’oncle maternel à neveux. Cette transmission est dite “avonculaire”. “On est sûr de la mère, mais pas du père”.

De même, dans la légende d’origine celtique de Tristan et Iseult, le roi Marc’h de Cornouaille (Armorique) élève le fils de sa sœur Bleunwenn (Blanche-Fleur) qui vient de mourir. Conformément à l’ancienne tradition matrilinéaire, le roi souhaite transmettre son trône à son neveu maternel. Mais des seigneurs s’y opposent, et exigent de lui une descendance directe, par sa semence, conformément à la nouvelle tradition patrilinéaire. Marc’h, sa sœur Bleunwenn, et son neveu maternel Tristan forment donc la famille matriarcale originelle.

Dans l’histoire de Robin des bois (œuvres littéraires et cinématographiques) Robin est accompagné de son neveu Will Scarlett. Cette éducation par l’oncle était courante au Moyen âge anglais (époque à laquelle l’histoire se déroule). Il s’agit là d’une survivance d’un usage matriarcal avunculaire, le fosterage, plus ancien qui s’est maintenu en Grande Bretagne malgré l’imposition du patriarcat.

Dans la saga Batman et Robin (Comics, serial et film à partir de 1949), le couple de super héros est en fait inspiré d’un des usages correspondant aux sociétés matriarcales avunculaires, à savoir l’éducation par l’oncle, le fosterage. Ce couple typique, Batman (l’oncle) et Robin (le neveu), fortement complice, est hérité de l’histoire de Robin des bois, dans laquelle Will Scarlett assiste son oncle.

Une éducation initiatique

Le fosterage des sociétés antiques (Europe du nord, Celtes) est un mode de formation des jeunes garçons, entre l’enfance et le statut d’adulte. Il consiste, dans sa forme la plus exemplaire, à confier l’éducation des garçons à un oncle maternel. Il s’agit de l’éducation initiatique, c’est-à-dire du passage de jeune garçon à celui d’adulte.

Une fois passée l’enfance auprès de sa mère, le garçon est confié à son oncle maternel vers l’âge de sept ans. Il change de maison, et obéit désormais à son oncle. Son industrie (pastorale ou autre) profite à la maisonnée de son oncle. En contrepartie, celui-ci le nourrit, l’héberge, et assure sa formation, notamment cynégétique et militaire. Il s’agit donc d’une adoption quasi-plénière, bien que temporaire. Cette probation dure jusqu’à l’inclusion de l’adolescent dans la société des adultes, souvent sanctionnée par des rites initiatiques socialisés. Si le fosterage est le plus souvent pratiqué entre l’enfant mâle et le frère de sa mère, il existe d’autres exemples où d’autres adultes peuvent être inclus, ou des filles.

Fosterage (matriarcat – Kaamelott) : Gauvain et son oncle maternel Arthur – " Je cligne de l’oeil !"

Le lien ainsi créé est durable, comme on peut le voir dans les récits des héros celtes (mabinogion), et se retrouve dans la langue médiévale avec des expressions spécifiques comme "beau neveu". Cette expression peut être rapprochée de "beau-fils" ou "belle-fille", en ce qu’elle traduit une alliance clanique particulière.

Une institution universelle

Le fosterage est un usage très fréquemment rencontré dans les cultures matrilinéaires, où l’héritage se fait par les femmes. Si l’héritage de la propriété maternelle est direct, parfois celui du nom ou des titres, la transmission de l’héritage culturel des mâles en matière de chasse ou de guerre nécessite l’intervention d’un autre mâle. L’oncle maternel est donc le plus capable de transmettre cette culture initiatique, tout en restant proche de la filiation matrilinéaire. Le fosterage est encore pratiqué en Afrique (Côte d’Ivoire notamment), où on constate en milieu urbain occidentalisé des dérives préjudiciables, parfois exportées (les "bonnes" ivoiriennes). En Haïti, ces enfants ont une dénomination particulière, les "restavec".

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