« Ces petites filles que l’on marie ». Stéphanie Sinclair remporte le Visa d’or magazine à Perpignan

Source : toutelaculture.com, le 08 septembre 2012 Par Elodie Rustant 

« Ces petites filles que l’on marie ». Stéphanie Sinclair remporte le Visa d’or magazine à Perpignan

Liens: Site de Stéphanie Sinclair

La photographe américaine Stéphanie Sinclair (agence VII) remporte le prix Visa d’or Magazine au festival Visa pour l’Image de Perpignan 2012 pour son terrible reportage sur les mariages forcés de jeunes enfants à travers le monde.

Réalisé pour le National Geographic, ce reportage dresse un foudroyant état des lieux des mariages arrangés en Afghanistan, au Népal, en Éthiopie, en Inde ou au Yemen.

C’est en réalisant en 2003 un reportage sur les auto-immolations de femmes en Afghanistan (pour lequel elle remporta également un prix en 2004) que Stéphanie Sinclair découvrit cette pratique durablement installée dans certains endroits.

Pour de maigres dots, certaines familles marient leurs jeunes enfants à des hommes souvent du triple de leur âge. Dans ces endroits frappés par une misère accablante, ces petites filles représentent l’unique monnaie d’échange valable.

Les plus jeunes d’entre elles ont parfois 5 ans. De tels mariages impliquent évidement les tragédies s’ensuivant, viols, maternité à 12 ans, exil, etc.

De ce sujet forcément terrible, Stéphanie Sinclair a fait des clichés à l’effroyable beauté. Sa maitrise des couleurs et son œil acéré fixent les instants douloureux vécus par les fillettes : réveil en plein milieu de la nuit, préparatifs de la tenue de cérémonie, adieux aux parents… La splendeur des étoffes et des parures, des paysages et des visages enfantins ne peuvent faire oublier que l’on assiste au brutal déracinement d’un enfant.

Pourtant Stéphanie Sinclair pose un regard véritablement humain sur ces moments tragiques. Son regard est avant tout celui d’une femme sur d’autres femmes, probablement aussi celui d’une mère. Le misérabilisme ne l’intéresse pas. Son désir : remettre les fillettes au centre de l’attention, les envisager comme sujet à part entière, ce qu’elles ne sont justement jamais.

« Presque toujours, j’ai été saisie de cette envie de prendre avec moi la jeune victime, de la sortir de là, de la mettre à l’abri… Et comment choisir qui sauver, parmi les 60 millions de jeunes filles qui sont aujourd’hui prises au piège de ces mariages… » dira la journaliste.

Visuels : © Stéphanie Sinclair

  • La petite fille portant des lunettes de soleil en plastique va être mariée dans quelques heures. Pour elle, tout cela n’est encore qu’un jeu.
  • Terrible photo de famille. Les deux fillettes posent avec leurs maris devant un paysage du Yemen.
  • Fillette en tenue de cérémonie népalaise.

Les clichés de Stéphanie Sinclair sont exposés au couvent des Minimes à Perpignan toute la durée du festival Visa pour l’Image

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