La mannequin somalienne Waris Dirie toujours en guerre contre l’excision (chasteté = paternité)

Le mariage est le seul garant de la reconnaissance de paternité, pilier du patriarcat. Toute sexualité hors mariage est violemment réprimée, car source d’enfants sans père. La sexualité des femmes est donc étroitement surveillée. Ainsi, la circoncision supprime le plaisir des femmes, afin qu’elles ne soient pas tentées d’avoir des relations sexuelles extra-conjugales.

Excision : rencontre entre Waris Dirie et Najat Belkacem

Par Emilie PoyardLe 28/09/2012, sur Elle.fr

Excisée à l’âge de 3 ans

Excision rencontre entre Waris Dirie et Najat BelkacemSandales à la main, elle grimpe pieds nus les escaliers du Ministère des Droits des femmes. Waris Dirie, l’ancien top somalien, qui a été excisée à l’âge de trois ans et a écrit « Fleur du désert » est aujourd’hui l’invitée de Najat Vallaud-Belkacem. Waris Dirie ne passera qu’un jour en France. L’ancienne ambassadrice de l’ONU contre les mutilations féminines continue son combat contre l’excision partout dans le monde.

La ministre des Droits des femmes engage la conversation en demandant à Waris si elle envisage de retourner vivre, un jour, en Somalie. Elle explique qu’elle adorerait vivre au bord de l’océan mais que ce n’est pas possible. Voit-elle encore sa famille ? Sa mère est installée à Dubaï et le reste de la fratrie dispatchée aux quatre coins de la planète.

Elle a adopté 2 enfants de son frère qui allait les mutiler

Ce qui amène l’ancien mannequin à interroger en retour la ministre sur ses enfants. En entendant que Najat Vallaud-Belkacem a des jumeaux, elle lui rétorque qu’elle est « chanceuse » : « en une fois, vous en avez fait deux ! ». Eclats de rire autour de la table. Waris a, elle, quatre enfants : 14, 13, 16 et 3 ans. Les deux premiers sont les enfants de son frère, qu’elle a adoptés au moment où ils allaient les mutiler.

Une fondation débordée d’appels à l’aide

Parlons-en justement. Elle a tellement raconté son histoire, Waris, qu’elle préfère désormais parler des actions qu’elle mène avec sa fondation éponyme pour dénoncer le tabou qu’est toujours l’excision,  et dans de nombreux pays. En 2006, lors de sa création, 12 000 mails d’appels au secours ont été reçus dans l’année qui a suivi ! Aujourd’hui, pas moins de 120 000 messages de jeunes femmes sont enregistrés depuis la création. Le chiffre est effrayant. Souvent, les enfants ou adolescentes victimes d’excision ne parlent pas, surtout si elles savent que leur parole pourrait porter préjudice à leur famille.

Son combat permanent contre l’excision

Sorti en 2010, le récit de Waris a été adapté à l’écran par la réalisatrice Sherry Hormann.  Si Najat Vallaud-Belkacem a adoré « Fleur du désert », sa protagoniste, elle, avoue ne pas avoir été emballée : « Pour moi, le film n’est pas fidèle à la réalité. Mais le principal objectif était de faire sortir cette histoire, de parler d’excision et peu importe comment cela été fait ». Dernière idée en date de l’ex-top pour faire bouger les choses : convaincre les parents que l’éducation est préférable à l’excision. Ainsi, les parents de la petite fille qui jouait son rôle enfant dans le long métrage ont reçu de l’argent pour envoyer leur enfant à l’école. Le « deal » est simple : tant qu’elle n’est pas excisée, ses frais de scolarité sont pris en charge par l’association. « Développer l’enseignement en Somalie est essentiel pour protéger les petites filles », martèle Waris. Rappelons que seules 7% d’entre elles vont à l’école.

Et en France, où en est-on ?

Pour Najat Vallaud-Belkacem, il est essentiel de « reprendre le combat » sur l’excision. Si l’Hexagone a tout d’abord été précurseur dans la lutte contre les mutilations génitales, elle n’est plus aujourd’hui le pays le plus actif. C’est le constat dressé par l’avocate de la Commission pour l’abolition des mutilations sexuelles (Cams), Linda Weil-Curiel.  « Le couple prévention-répression a entraîné une baisse de l’excision », explique-t-elle, « mais beaucoup de souffrances restent encore cachées. Il manque des structures pour accueillir les jeunes femmes victimes d’excision, et les entendre. Il faudrait également demander aux médecins de signaler les femmes excisées qui accouchent », afin d’éviter la répétition dans la famille.

En mai dernier, s’est tenu le procès de Nevers : un couple d’origine guinéenne était accusé d’avoir mutilé ses quatre filles en procédant à leur excision. Linda Weil-Curiel rappelle que jusqu’à l’audience, les victimes étaient totalement dans le déni… Le prochain gros dossier de Najat Vallaud-Belkacem sera consacré aux violences faites aux femmes. Une bonne nouvelle.

Les faits d’excision souvent requalifiés

La conversation arrive alors sur les mutilations sexuelles : on apprend qu’en Egypte, ont été mis en place des « bus d’excision » pour les familles nécessiteuses. Silence pesant.

En France, les faits d’excision sont souvent requalifiés. Là aussi, il y a un combat à mener. Le ministère des Droits des femmes, attendu par de nombreuses associations féministes qui bataillent au quotidien pour porter assistance aux victimes avec des mini budgets, va s’en emparer. Najat Vallaud-Belkacem a d’ailleurs réagi vendredi dernier suite au procès aux assises de la Nièvre : « Au-delà des nécessaires mesures de prévention et d’éducation qui doivent faire disparaître ces pratiques, la loi doit s’appliquer dans toute sa rigueur ». Pour protéger la liberté et la dignité des femmes. « A chaque fois qu’une femme est violée ou violentée, c’est la société qui l’est. »

Fleur du désert, le film biographique de Waris Dirie sur l’excision

Interview : Waris Dirie toujours en guerre contre l’excision

Le 17/03/2010 sur Elle.fr
Interview Waris Dirie toujours en guerre contre l excision

Waris Dirie a été excisée alors qu’elle avait 3 ans, en Somalie. La top bouleverse le monde en publiant il y a 11 ans « Fleur du désert » : elle y raconte son parcours, du désert aux podiums. Aujourd’hui, son histoire est adaptée à l’écran par la réalisatrice Sherry Hormann. Waris est la porte-parole de toutes celles qui ont été excisées et ne cesse d’informer sur les mutilations sexuelles. Rencontre.

> Voir le site de la fondation Waris Dirie.

Aujourd’hui, les mutilations sexuelles sont-elles moins nombreuses en Somalie et partout dans le monde ?

Je vais vous raconter une histoire : j’étais en Somalie, une femme dans mon village a commencé à lutter contre l’excision. Elle était seule au départ et petit à petit, elle a obtenu le soutien de plus en plus de monde. Même ma mère a fait le tour des villages pour en parler. Les hommes aussi ne veulent plus de cette horreur. Les choses ont donc beaucoup changé mais tout se fait lentement. Je pense vraiment que l’éducation est la solution : savoir ce qui est mal, ce qui est acceptable ou non. En Allemagne, nous venons de lancer la campagne « Stop FGM (female genital mutilation) now ! », une campagne contre les mutilations génitales féminines (NDLR : sur les affiches, on y voit une femme blanche et cette légende : « Il faut encore lui exciser le clitoris et elle sera parfaite. ») L’idée ? Que cette campagne soit diffusée dans le reste du monde, en France aussi.

Raconter sans cesse ce que vous avez vécu, alerter au quotidien sur l’excision, n’est-ce pas particulièrement pesant ?

C’est plus fort que moi, je dois en parler, ça me dépasse ! Même si certains jours, c’est vraiment lourd à porter, même si par moments je désespère, je ne peux pas laisser tomber ! Je continue à lutter avec passion, je l’ai choisi !

Que pensez-vous de la retranscription de votre vécu au cinéma ?

Ma vie est tellement plus… Le film, ce n’est pas tout à fait ma propre vie.

Beaucoup de choses manquent parce que la vérité est bien au-delà. J’ai accepté que ce film voit le jour pour une seule raison : faire connaître au monde l’excision. C’est mon histoire qui a servi à rendre ce problème plus tangible, plus accessible.

Est-ce que vous parlez à vos deux garçons de votre histoire ?

Je dis à mes enfants la vérité sur tout depuis toujours. Ils  n’ont pas encore lu le livre mais c’est comme une « berceuse » pour eux cette histoire. Je la répète tellement que le plus grand en a assez, même s’il est triste pour moi.

Vous sortez bientôt un quatrième livre où vous parlerez cette fois de votre expérience de mannequin ?

Ce livre sortira dans quelques mois mais je ne veux pas en parler davantage, c’est une surprise. Mais attendez-vous à quelque chose de hardcore ! (rires).

Votre rêve aujourd’hui : qu’il n’y ait plus jamais d’excision dans le monde ?

Ce n’est pas un rêve ! C’est plus fort, c’est… comme un vœu qui s’exaucerait d’un coup de baguette magique. Il faut absolument arrêter toute cette souffrance, cette douleur.

Quels combats restent à mener pour la femme en Afrique ?

Il faut se battre pour l’égalité, pour les droits de la femme, mais pas seulement en Afrique d’ailleurs. Dans le monde occidental, il y a aussi beaucoup de choses à changer. L’Afrique toute entière a besoin de se construire et de reconnaître le mérite de la femme. Je ne laisserai pas tomber la question de l’excision mais celle de l’éducation et du travail des femmes est primordiale.

Propos recueillis par Emilie Poyard et Juliette Vergnaud.

La Fondation PPR soutient « Fleur du désert ». La Fondation PPR, pour la dignité et les droits de la femme, soutient le film « Fleur du désert », inspiré de la vie de Waris Dirie. Cette dernière est d’ailleurs membre du conseil d’administration. Depuis 2008, la Fondation PPR travaille avec l’association Equilibres et Populations sur un projet pilote au Mali, où plus de 90% de la population féminine est concernée par l’excision. Il s’agit d’accompagner durant cinq ans l’ensemble des communautés villageoises de Kaynes, à 600 km de Bamako, vers l’abandon des mutilations sexuelles féminines.

Fleur du désert, le film biographique de Waris Dirie sur l’excision

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