Une banque discrimine un club libertin : le capitalisme est-il pour la liberté sexuelle ?

Le club libertin prié de changer de banque

Une agence bancaire souhaite clore le compte professionnel d’un club échangiste au motif qu’il n’aurait pas déclaré ce type d’activité. Le gérant crie à la discrimination.

Sarah Nafti | Publié le 02.10.2012, sur Le Parisien

Son argent est-il trop sulfureux pour la banque? Ben, sémillant trentenaire propriétaire du Club 46 à Argenteuil, s’interroge. La semaine dernière, son conseiller de l’agence LCL lui a signifié qu’il avait trente jours pour clore son compte professionnel ouvert lorsqu’il a repris la société, il y a dix-huit mois.Son activité est certes un peu particulière.
Dans une atmosphère feutrée, quelques serviettes au-dessus du bar rappellent un sauna et un hammam. Mais les murs rouges capitonnés et les miroirs disséminés jusqu’au plafond donnent quelques indices sur l’essentiel de l’occupation. Face à la vitrine d’accessoires — dont de nombreux phallus en plastique — puis dans les alcôves dotées de lits et de trous dans les murs, le doute n’est plus possible. Le Club 46 est un haut lieu de l’échangisme dans le Val-d’Oise.Le club libertin existe depuis plus de vingt ans, « et on ne se cache pas », affirme Ben. « Quand j’ai repris, j’ai eu du mal à trouver un établissement qui acceptait de m’ouvrir un compte, précise-t-il. Finalement, je suis tombé sur un banquier sympa au Crédit lyonnais, qui a accédé à ma demande en sachant très bien ce que je faisais. »

Sauf que ce dernier a quitté l’entreprise. « Mon nouveau conseiller a voulu me rencontrer et a refusé que je passe à l’agence. Il tenait absolument à venir sur les lieux. » Le rendez-vous s’est finalement tenu mardi dernier. « Il a semblé très surpris en arrivant, raconte Ben. Pourtant, le club a pignon sur rue à Argenteuil. Et je n’ai jamais eu un seul problème d’argent. »

Dès le lendemain de cette rencontre, la banque lui confirme sa volonté de clore le compte. « Rien ne peut justifier ce changement d’attitude, estime Me Michel Buchs, avocat du Club 46. Une banque a le droit de choisir ses clients, mais ce qui est surprenant, c’est qu’elle était parfaitement au courant de l’activité. Une rapide recherche Internet donne tout de suite le ton. Sur le Kbis, document officiel, c’est bien écrit bar sauna hammam. »

A LCL, on invoque « une perte de confiance ». « L’activité déclarée n’est pas du tout celle que nous avons vue sur place, explique-t-on. Nous ne pouvons pas nous permettre de conserver ce client dans ces conditions. » La banque réfute toute opposition idéologique. « Tant que c’est légal, il n’y a pas de problèmes, mais parfois, quand ce sont des activités que nous ne connaissons pas, nous préférons ne pas les financer. » Ben, lui, ne décolère pas. « Je ne leur demande rien, je n’ai pas de crédit mais uniquement un compte dépôt, toujours créditeur d’ailleurs. Et la case club libertin n’existe pas, je n’ai aucun moyen de me déclarer ainsi officiellement! »

La plupart de ces clubs sont référencés comme discothèques, confirme la chambre de commerce et d’industrie du Val-d’Oise. Ils sont répertoriés à l’Insee en tant qu’« autres activités récréatives et de loisirs » ou « autres services à la personne », mais ces dénominations n’ont qu’une valeur statistique, et non légale. Faute de mieux, le Club 46 est rubriqué sous la bannière « entretien corporel ». Son gérant envisage un recours pour dénoncer une « discrimination » de la part de LCL .

Le Parisien

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