Le patriarcat a de l’avenir si les féministes n’améliorent pas leur démographie

D’après un article pour le patriarcat, qui y voit un avantage évolutionniste : Pour une école libre au Québec

Si les femmes libérées ne font pas plus d’enfants, la démographie patriarcale les submergera

Malgré la dénatalité, l’espèce humaine ne va pas s’éteindre. Mais les rejetons de familles conservatrices et religieuses seront surreprésentés dans les prochaines générations, prévient le démographe américain Phillip Longman.

  • En 1974, à la tribune de l’ONU, le président de la République Algérienne, Houari Boumediene, a déclaré : « Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour aller dans l’hémisphère nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront en le peuplant avec leurs fils. C’est le ventre de nos femmes qui nous donnera la victoire ».
  • Dans le Figaro du 19 décembre 2006, Mouammar Kadhafi déclarait : « Sans épée, sans fusil, sans conquêtes, les 50 millions de musulmans en Europe la transformeront bientôt en continent musulman ! »

Surpasser l’utopie du couple pour faire des enfants

Dans le code civil romain, la femme est une esclave, éternelle mineure sous la tutelle de vie ou de mort, du père puis du mari. « Si on pouvait vivre sans femme, citoyens de Rome, chacun vivrait sans une pareille gêne ». C’est ce que proclamait Quintus Caecilius Metellus Macedonicus, général, consul et censeur, en 131 av. J.-C. Il concluait cependant que la baisse de la fécondité forçait les Romains à accomplir leur devoir de procréation, malgré l’irritation que représentaient les Romaines de l’époque : « Mais comme la nature a prévu qu’on ne peut pas vivre bien avec elles ni non plus sans elles, il est préférable de juger en fonction d’une durable préservation de notre espèce plutôt que pour un plaisir passager. »

Vers la surpopulation ?

La population mondiale a été multipliée par six en deux siècles. L’esprit moderne suppose simplement que les hommes et les femmes, malgré leurs différends, feront toujours assez d’enfants pour que la population continue de croître, à moins qu’une plaie moderne n’éclate. C’est non seulement une hypothèse conforme à notre expérience d’un monde de plus en plus peuplé, mais elle bénéficie également de la caution intellectuelle de penseurs comme Thomas Malthus et de ses nombreux acolytes contemporains.

Chute démographique des pays modernes

Depuis maintenant plus d’une génération, des populations bien nourries, en bonne santé et pacifiques font trop peu d’enfants pour éviter un déclin démographique. Et ce malgré le recul spectaculaire de la mortalité néonatale et infantile, qui signifie qu’il faut beaucoup moins d’enfants aujourd’hui pour assurer le remplacement de la population (2,1 enfants par femme seulement dans les sociétés modernes). Les taux de natalité sont en train de dégringoler bien en deçà de ce seuil dans de nombreux pays – en Chine, au Japon, à Singapour, en Corée du Sud, au Canada, dans l’ensemble de l’Europe, en Russie et même dans certaines parties du Moyen-Orient.

Vidéo : La population chinoise vieillit

Une politique nataliste désespérée et inefficace

Craignant un avenir où les vieux seront plus nombreux que les jeunes, beaucoup d’États font tout ce qu’ils peuvent pour inciter les gens à procréer. Singapour organise des manifestations de « séances de rencontres éclairs », espérant ainsi permettre à des professionnels débordés de se rencontrer, de se marier et de faire des enfants. La France offre de généreuses incitations fiscales à ceux qui désirent fonder une famille. La Suède finance des crèches pour permettre aux parents de concilier vie professionnelle et vie familiale. Si ces politiques résolument natalistes peuvent pousser les individus à avoir des enfants plus tôt, rien ne prouve qu’elles les encouragent à en avoir davantage. [La fécondité au Québec plafonne d’ailleurs malgré un programme ruineux et inéquitable de retour au travail des jeunes mères]. Car, comme l’ont compris les pouvoirs publics, lorsque les conditions économiques et culturelles sont défavorables à la procréation, rien ni personne, pas même un dictateur, ne peut obliger les gens à croître et se multiplier.

Vidéo : La population russe en déclin

Abolir le droit des femmes pour stabiliser le mariage

Le patriarcat ne se résume pas au pouvoir des hommes. Il s’agit d’un système de valeurs particulier, qui impose aux hommes non seulement de se marier, mais aussi d’épouser une femme d’un rang qui leur corresponde (mariage arrangé). En cela, il se heurte à d’autres conceptions masculines de la belle vie (drague, libre sexualité…), ce qui explique qu’il tende à être cyclique.

La démographie : la puissance suprême aux mains des femmes

Le rapport historique entre patriarcat, population et pouvoir a de profondes implications dans le contexte actuel. Comme le constatent aujourd’hui les États-Unis en Irak, la puissance continue d’être fonction de la démographie. Les bombes intelligentes, les missiles à guidage laser et les drones accroissent considérablement la capacité offensive d’une puissance hégémonique ; mais, en dernier ressort, c’est souvent le nombre de soldats sur le terrain qui change l’Histoire. Malgré un taux de fécondité proche du seuil de remplacement, les États-Unis ne sont pas assez peuplés pour maintenir leur rôle de superpuissance mondiale, de même que la Grande-Bretagne n’a plus été capable de conserver son statut d’empire à partir du moment où, au début du XXe siècle, son taux de natalité s’est effondré. Des pays comme la Chine, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et l’Espagne, où l’enfant unique est désormais la norme, disposent certes d’un capital humain de qualité, mais il est trop rare pour être exposé au moindre risque.

L’instabilité familiale dépeuple les pays modernes

La baisse de la natalité est également à l’origine d’une série de problèmes économiques et financiers qui font aujourd’hui les gros titres de la presse. L’augmentation de la longévité n’a qu’une faible incidence sur le financement à long terme des retraites et des systèmes de santé. L’espérance de vie à un âge avancé a somme toute très faiblement progressé. Si la proportion d’actifs par rapport aux retraités diminue, c’est essentiellement parce que des individus qui devraient être aujourd’hui en âge de travailler ne sont tout bonnement jamais nés. À l’heure où les États accroissent la pression fiscale sur des actifs de moins en moins nombreux pour subvenir aux besoins des personnes âgées, les jeunes couples ont toutes les raisons de penser qu’ils ont encore moins les moyens que leurs parents d’avoir des enfants, amorçant du même coup un nouveau cycle de vieillissement et de déclin de la population. La dénatalité modifie également les comportements à l’échelle d’un pays.

Les féministes n’ont pas de descendants

Aux États-Unis, par exemple, près de 10 % des femmes nées à la fin des années 1930 n’ont pas eu d’enfants ; aujourd’hui, ce sont environ 20 % des femmes nées à la fin des années 1950 qui atteignent la fin de leur vie reproductive sans avoir procréé. L’important segment des ménages sans enfants, dont les membres sont issus en grande majorité des mouvements féministes et de la contre-culture des années 1960 et 1970, ne laissera aucun héritage génétique. Et ils n’auront pas sur la génération suivante l’influence psychologique et affective qu’ont eue sur eux leurs parents.

Les petites familles n’ont pas d’avenir

Entre-temps, les familles à enfant unique sont exposées au risque d’extinction. L’enfant unique remplace l’un de ses parents, mais pas les deux. Et ces familles ne contribuent guère à renouveler la population de demain : 17,4 % de femmes de la génération du baby-boom n’ont eu qu’un seul enfant, et leurs descendants ne représentent que 7,8 % de la génération suivante. En revanche, près du quart des enfants de baby-boomers sont issus des quelque 11 % de femmes qui ont eu quatre enfants ou plus. Cela conduit à l’émergence d’une nouvelle société, dont les membres seront dans leur grande majorité issus de parents ayant tourné le dos aux tendances sociales d’une époque où les familles avec peu ou pas d’enfants étaient la norme.

Quand les libertaires ne se reproduisent pas, les réactionnaires prolifèrent

Cela signifie-t-il que les sociétés « éclairées » mais peu prolifiques d’aujourd’hui sont vouées à l’extinction ? Sans doute pas, et cela n’est dû qu’à la spectaculaire transformation culturelle qui se prépare. Comme cela s’est déjà produit bien des fois au cours de l’Histoire, cette transformation survient au moment où les éléments laïcs et libertaires de la société ne se reproduisent pas, laissant ainsi par défaut les tenants des valeurs patriarcales dominer la société.

Les carriéristes n’ont pas de descendance

 « À partir du moment où un peuple hautement cultivé commence à envisager le fait d’avoir des enfants en termes d’avantages et d’inconvénients, il amorce un tournant décisif », notait l’historien et philosophe allemand Oswald Spengler [1880-1936].

À l’époque gréco-romaine déjà, de nombreux citoyens très instruits en étaient arrivés à la conclusion qu’il n’y avait aucun avantage à investir dans les enfants, qui étaient perçus comme un obstacle onéreux à la réussite personnelle et matérielle. Si cette conception a condamné de nombreuses familles à disparaître, elle n’a pas été fatale à la société dans son ensemble. Par un processus d’évolution culturelle, elle a au contraire favorisé la résurgence d’un ensemble de valeurs et de normes que l’on pourrait en gros qualifier de patriarcales.

Limiter la natalité pour ne pas dépasser les ressources

Les sociétés primitives n’exerçaient aucune pression sur leurs membres pour les obliger à se reproduire, car elles devaient éviter de se renouveler plus vite que le gibier dont elles se nourrissaient. On retrouve dans quasiment toutes les sociétés de chasseurs-cueilleurs qui ont perduré assez longtemps pour être étudiées par les anthropologues diverses coutumes visant à décourager la procréation : mariage tardif, avortement ou infanticide.

La liberté des femmes régule la maternité

Beaucoup de ces sociétés ont contrôlé leur croissance démographique grâce à la position sociale élevée des femmes (matriarcat primordial) : les rôles de prêtresse, de sorcière, d’oracle, d’artiste, de guerrière… permettent à celles-ci d’avoir le contrôle de leur maternité, contribuant ainsi à maintenir la fécondité globale à des niveaux viables.

Le surplus de production dévalorise le sous-peuplement

Avec la révolution agricole du néolithique, amorcée il y a environ onze mille ans, la population devient un instrument de pouvoir. Avec la relative abondance de denrées alimentaires, de plus en plus de sociétés découvrent que la grande menace démographique pour leur survie n’est plus la surpopulation, mais le sous-peuplement.

Vainqueurs par les ventres

À partir de ce stade, au lieu de mourir de faim, les sociétés à fort taux de fécondité gagnent en force et en nombre, et commencent à menacer celles qui ont une natalité plus faible. Les peuples qui se reproduisent le plus vite se constituent peu à peu en nations, puis en empires, évinçant les derniers chasseurs-cueilleurs, qui se reproduisent lentement.

Pillé et colonisé après un long déclin démographique

Il est essentiel que les guerriers se montrent féroces et vaillants au combat. Il est encore plus important qu’ils soient nombreux. C’est la leçon qu’avait apprise le roi épirote Pyrrhus au IIIe siècle av. J.-C., alors qu’il marchait avec ses armées sur la péninsule italienne pour tenter de soumettre les Romains. Dans un premier temps, la bataille d’Ausculum lui donne l’avantage, mais au prix de très lourdes pertes – d’où l’expression de « victoire à la Pyrrhus » –, si bien qu’il en aurait conclu : « Encore une victoire comme celle-là et nous sommes perdus. » Les Romains, qui à l’époque se reproduisaient beaucoup plus rapidement que les Grecs, envoyaient inlassablement des renforts. Pyrrhus fut écrasé par la force numérique de l’ennemi, et la Grèce, après une longue période de déclin démographique, finit par être pillée et colonisée par Rome.

Les bâtards et les mères célibataires stigmatisés

Les sociétés patriarcales présentent des caractères très divers et passent par différents stades. Elles ont toutefois en commun des coutumes et des mentalités qui servent à garantir la reconnaissance de paternité. La stigmatisation des enfants « illégitimes » est l’un des aspects les plus importants. L’acceptation croissante des naissances hors mariage donne bien la mesure du recul du patriarcat dans les sociétés développées. Dans un régime patriarcal, les « bâtards » et les mères célibataires ne peuvent être tolérés car ils remettent en cause le droit paternel. Les enfants illégitimes ne prenant pas le nom de leur père, celui-ci a tendance à ne pas assumer ses responsabilités. Les enfants « légitimes » deviennent en revanche objet de fierté ou de honte pour le père et la lignée familiale. L’idée que les enfants légitimes appartiennent à la famille de leur père et non à celle de leur mère n’a aucun fondement biologique, mais donne souvent aux hommes des raisons affectives d’avoir des enfants et d’avoir envie de les voir perpétuer leur lignée.

==> Lire Exclusion des filles mères, mères célibataires, mères seules : avortement et abandon des enfants sans père

Les sociétés misogynes se condamnent à la stérilité

Une société organisée selon ces principes est misogyne et, au bout du compte, se condamne à la stérilité, comme cela s’est passé dans la Grèce et la Rome antiques. Ce tournant ne signifie pas forcément la fin d’une civilisation, mais simplement sa transformation. S’il est vrai que les familles nobles, laïques et infécondes de la Rome impériale ont disparu, et avec elles la conception qu’avaient leurs ancêtres de Rome, l’Empire romain ne s’est pas pour autant dépeuplé. C’est sa composition démographique qui a changé : il s’est retrouvé constitué de nouvelles cellules familiales, très patriarcales, hostiles au monde séculier et portées par leur foi soit à croître et se multiplier, soit à entrer dans les ordres. Ces changements ont ouvert la voie à l’Europe féodale, mais n’ont signé l’arrêt de mort ni de l’Europe ni de la civilisation occidentale.

Les convictions politiques et culturelles conditionnent le taux de fécondité

C’est peut-être à une transformation de ce type que nous assisterons au cours de ce siècle. Dans l’Europe d’aujourd’hui, par exemple, le nombre d’enfants que les gens font et les conditions dans lesquelles ils les font est fonction de leurs convictions politiques et culturelles. Vous êtes antimilitariste ? Eh bien, si l’on en croit une étude réalisée par les démographes Ronny Lesthaeghe et Johan Surkyn, vous êtes moins susceptible d’être marié(e) et d’avoir des enfants que quelqu’un qui n’a aucune objection contre l’armée.

Les familles nombreuses transmettent leurs valeurs à la société de demain

L’écart considérable entre les taux de fécondité des individualistes laïcs et des conservateurs religieux augure d’un profond bouleversement des sociétés modernes, qui sera d’origine démographique. Beaucoup d’adultes d’âge moyen qui n’ont pas eu d’enfants peuvent regretter d’avoir fait un choix de vie débouchant sur l’extinction de leur lignée familiale, mais ils n’ont pas de fils ou de fille à qui faire partager cette prise de conscience tardive. Parallèlement, les descendants de couples qui ont eu trois enfants ou plus seront largement surreprésentés dans les générations suivantes, et avec eux les valeurs et les idées qui ont amené leurs parents à avoir de grandes familles.

Les enfants de demain seront nés de familles conservatrices

On peut objecter que l’Histoire, et plus particulièrement l’histoire de l’Occident, fourmille de révoltes d’enfants contre leurs parents. Les Européens de demain, même s’ils sont dans leur écrasante majorité élevés dans des foyers patriarcaux et religieux, ne peuvent-ils pas devenir une nouvelle génération de soixante-huitards ? La grande différence est que, dans l’après-Seconde Guerre mondiale, presque tous les segments des sociétés modernes se sont mariés et ont eu des enfants. Certains en ont eu plus que d’autres, mais l’écart entre croyants et laïcs n’étaient pas si important, et les ménages sans enfants étaient rares. Ils sont en revanche aujourd’hui très nombreux et ceux qui procréent n’ont généralement qu’un enfant. Contrairement à la génération du baby-boom, la plupart des enfants de demain seront donc issus d’un segment de la société relativement restreint et culturellement conservateur. Certains rejetteront les valeurs de leurs parents, comme cela s’est toujours fait. Mais, lorsqu’ils chercheront d’autres laïcs et adeptes de la contre-culture avec qui faire cause commune, ils découvriront que la majorité de ces compagnons de route potentiels n’ont jamais vu le jour.

Les familles fortes survivront à la disparition de l’État

Les familles patriarcales submergeront les féministes, parce que les segments conservateurs font aujourd’hui davantage d’enfants et, d’autre part, parce que la réduction de l’État-providence, en raison du vieillissement de la population et de la dénatalité, leur assurera un avantage de survie supplémentaire, qui à son tour favorisera une plus forte fécondité. À mesure que les États restitueront à la famille les fonctions qu’ils lui avaient ravies par le passé, et notamment le soutien des personnes âgées, les gens se rendront compte qu’ils ont besoin de procréer davantage pour assurer leurs vieux jours, et ils chercheront à s’attacher leurs enfants en leur inculquant des valeurs traditionnelles.

Vers un retour brutal du patriarcat ?

C’est dans les sociétés qui sont aujourd’hui les plus sécularisées, et dont les systèmes de protection sociale sont les plus généreux et les plus déficitaires, que le retour du religieux et la résurgence de la famille patriarcale seront les plus sensibles. Il se peut que l’Europe et le Japon accusent une forte baisse démographique en valeur absolue, mais, par un processus semblable à celui de la survie du plus fort, la population qui subsistera s’adaptera à un nouvel environnement, dans lequel plus personne ne pourra compter sur l’État, pour se substituer à la famille, et où un Dieu patriarcal commandera aux membres de la famille de réprimer leur désirs sexuels, et de se soumettre au père.

Publicités