Patriarcat (Pakistan) : extermination des bébés nés hors mariage, surtout quand c’est une fille

Le mariage est le seul garant de la reconnaissance de paternité, pilier du patriarcat. Dans l’islam, tout enfant conçu hors mariage n’aura pas de père légal. Les mères célibataires et les enfants sans pères sont bannis de la famille, exclus de la société, et condamnés à la mendicité, l’esclavage et la prostitution s’ils ne sont pas assassinés par leur propre famille. L’Europe a depuis l’antiquité connu ce phénomène, jusqu’au début du 20e siècle. Les mères célibataires étaient jetées en prison, à la rue, au couvent ou au bordel, leurs enfants bâtards retirés de force, jetés à l’hospice, ou vendus aux marchands d’enfants : mines, usines, armées… Les 30% d’enfants abandonnés autrefois pour illégitimité sont aujourd’hui remplacés par les 30% d’avortement.

Source : AFP via la croix, 17 janvier 2011

Une cruauté inimaginable…


Retrouvés dans une décharge de Karachi, les corps sans vie de deux nouveau-nés sont lavés une dernière fois avant d’être enterrés. Comme des centaines d’autres au Pakistan, où la crise économique pousse de plus en plus de familles à l’infanticide.

Les bâtards condamnés, l’adultère passible de mort

« Ils n’auront pas vécu plus d’un ou deux jours », explique Mohammad Saleem, en désignant les deux tout petits cadavres essuyés avec soin par ses collègues de la morgue de la fondation Edhi à Karachi, la mégalopole du sud. L’infanticide ne cesse d’augmenter dans la conservatrice république islamique du Pakistan, où la naissance d’enfants hors mariage est condamnée et où l’adultère est passible de la peine de mort.

Une extermination en pleine croissance

1.210 bébés ont été abandonnés ou tués dans le pays en 2010, contre 999 en 2009 et 890 en 2008, selon Edhi, qui tente de contrer cette tendance. La plupart sont âgés de moins d’une semaine. Des chiffres très partiels car collectés dans les principales villes du pays et n’incluant donc pas la majorité rurale de la société. Au cours du seul mois de décembre dernier, Edhi dit avoir trouvé 40 bébés morts dans les décharges et caniveaux.

Un imam appelle à la lapidation des enfants du péché

Les récits morbides abondent dans les bureaux de la fondation. Entre autres exemples, son directeur à Karachi, Anwar Kazmi, cite le cas d’un enfant de six jours étranglé puis brûlé, un autre trouvé devant une mosquée après avoir été lapidé à mort à l’appel d’un imam qui a depuis disparu…

Comme en France autrefois, les tours d’abandon

« Ne les tuez pas, déposez-les ici », implore un poster affiché devant les locaux de la fondation, où des berceaux ont été installés à cet effet. « Les gens se débarrassent des enfants car ils les considèrent comme illégitimes, mais ce sont avant tout des êtres innocents qui ne demandent que de l’amour », plaide Abdul Sattar Edhi, créateur de cette ONG aux multiples branches et figure humanitaire la plus célèbre du pays.

Jusqu’à 200 bébés sont déposés chaque année dans les 400 berceaux installés par Edhi à travers le pays, selon la fondation, qui dit avoir reçu plusieurs milliers de demandes d’adoption par des couples sans enfants.

Le cimetière des enfants exclus

La fondation possède dans les faubourgs de la ville un cimetière parsemé de petites tombes anonymes. « Nous avons acheté ce terrain car le précédent était plein, rempli de centaines de corps », précise son gardien, Khair Mohammad.

Le fardeau des petites filles

90% des enfants trouvés morts par Edhi sont des filles, souligne M. Kazmi. « Le nombre d’infanticides de filles a beaucoup augmenté » en raison des difficultés économiques de la population, aggravées par les gigantesques inondations de l’été dernier, explique-t-il.

Au Pakistan, les filles sont considérées comme un fardeau plus lourd pour les familles, la plupart des femmes ne travaillant pas et restant à la charge de leurs parents, puis de leur mari. Une famille, en outre, peut avoir à dépenser plus d’un million de roupies (près de 8.900 euros) pour marier une fille dans les règles.

Avorter les enfants sans père : comme aujourd’hui en occident

L’avortement est interdit au Pakistan, sauf lorsque la grossesse menace la vie de la mère. Certains estiment que sa légalisation réduirait le nombre d’infanticides et sauverait des femmes qui meurent en accouchant dans la rue.

Un crime toléré

Une personne reconnue coupable d’assassinat encourt théoriquement jusqu’à la peine de mort. L’abandon d’enfant peut coûter sept ans de prison, l’enterrement clandestin deux ans. Mais ces législations sont rarement appliquées. « La plupart des commissariats de police n’enregistrent même pas les affaires d’infanticide », note Abdul Rasheed, un avocat. « Alors enquêter dessus…. »

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