L’évêque de Tournus (XIe siècle) vénérait-il la déesse égyptienne Isis ?

La fabuleuse énigme de l’église Saint-Philibert de Tournus

Source : Agora Vox , le jeudi 18 octobre 2012 – par Emile Mourey

Dans son édition du 14/10/2012, le journal de Saône-et-Loire nous révèle enfin le secret de la formidable énigme d’une inscription latine jamais déchiffrée. La traduction qui y est proposée est très proche, et même identique, à celle que j’ai donnée dans un de mes articles publié en 2004 sur mon site internet.

Après avoir identifié les lettres existantes, remplacé les lettres éludées, replacé les intervalles, j’avais reconstitué ainsi le texte latin : GERLANDUS X RATIONE ISIS HOMON ET EPISCOPUS VOTUM MERITO ILLE, ce qui donne en français : GERLANDUS X DISCIPLE DE LA DOCTRINE D’ISIS ET ÉVÊQUE, J’OFFRE EN RECONNAISSANCE CETTE (magnifique église).

Un évêque disciple d’Isis !!!

Le premier grand intérêt de cette inscription, voire le scandale, se trouve dans le fait que cet évêque se dit disciple d’Isis. En écrivant que cette ancienne déesse égyptienne était la première divinité faisant référence à la résurrection, le rédacteur du journal n’élude pas le fait mais il n’en dit pas plus. Or, l’inscription est très claire : tout en étant évêque, l’homme était aussi disciple de la doctrine/philosophie d’Isis. Sachant que cette doctrine païenne a perduré après l’effondrement de l’empire romain, qu’elle avait des disciples qui se reféraient à elle, on peut s’interroger sur l’interprétation que cet évêque (scolastique ?) donnait de ses livres sacrés. On peut s’interroger d’autant plus que ses écrits étaient lus au XIIème siècle à l’abbaye de Rolduc où l’on sait que les moines avaient une préférence marquée pour l’allégorie et le mysticisme.

La déesse-mère de la résurrection

La déesse Isis est l’antique déesse qui, dans la mythologie égyptienne, a apporté au monde, pour la première fois semble-t-il, le formidable espoir de la résurrection. La doctrine a perduré pendant des siècles, même après J.C.. Des philosophes ont débattu sur le sujet, et cela au risque de l’hérésie. Notre homme serait-il un évêque hérétique dont l’Église n’aurait pas retenu le nom ? Aucun texte ne mentionne un évêque Gerlannus, seulement un évêque Gerland. Mais dans ce cas, c’est Gerlandus que le sculpteur aurait dû écrire et non Gerlannus

Le deuxième grand intérêt de cette inscription, outre qu’elle nous confirme la date de construction de l’édifice – entre 1090 et 1100, si l’on se réfère à la carrière de l’évêque – est de nous révéler comment une église romane de cette époque s’inscrit dans le prolongement iconographique des églises/temples qui l’ont précédée.

Druides et évêques gaulois judaïsés

A tout seigneur tout honneur, rendons tout d’abord hommage  au fondateur tel qu’il est représenté dans la nef. S’inscrivant dans l’héritage du druide judaïsé de Gourdon (Ier siècle avant notre ère, en bas) et de l’évêque gaulois toujours judaïsé d’Autun (IV ème siècle après, à droite), l’évêque Gerland (XI ème siècle, à gauche) fait le signe des deux doigts. Il porte mître, nimbe, crosse, mais semble avoir oublié son étole.

Enfin, en comparant les chapiteaux de Tournus à ceux de Mont-Saint-Vincent, de Gourdon, d’Autun et de Vézelay, il saute aux yeux qu’ils s’inscrivent dans leur suite, je dirais « patriotiquement ». Avec toutefois une nuance, car force est de constater, après les interprétations que j’ai données pour Mont-Saint-Vincent, Gourdon et Autun, que les sculpteurs de Tournus n’ont pas toujours bien interprété, ou suivi, ou compris, l’iconographie sculptée de leurs prédécesseurs.

Les lions gaulois d’une église romane

Symboles du courage militaire, les lions éduens sont descendus de Mont-Saint-Vincent et de Gourdon pour encadrer la tête du moine intrépide, ou bien pour poser une patte amicale sur son chef. Le démon de Vézelay étrangle toujours l’ivrogne et arrache la langue du menteur. La terre aveugle et sourde (?) crache la nature et les oiseaux fabuleux de Chalon et d’Autun. En revanche, le Gaulois recroquevillé dans l’oeuf de la renaissance d’Autun est devenu ici un personnage ridiculisé. A noter une superbe vierge mère arverne portant sur ses genoux un enfant César au front dégarni.

Vous pouvez retrouver ces représentations sur les sites http://www.patrimoine-histoire.fr/P…, également à http://www.romanes.com/Tournus/ et Bourgogne, ainsi que sur http://www.art-roman.net/. Les images reproduites dans cet article sont tirées de ces sites.

Le troisième grand intérêt de cette inscription est de mettre en évidence le flagrant décalage qui existe entre ce que cette église nous dit vraiment et ce qu’on veut lui faire dire.

Non ! Ce monument ne se trouve pas à l’origine des églises romanes mais s’inscrit dans un cycle de construction de temples antiques qui a commencé au Mont-Saint-Vincent, là où je situe l’oppidum/capitale du pays éduen, Bibracte. Et ce cycle de construction a commencé plusieurs siècles avant Jésus-Christ.

Non ! Gerlannus/Gerlandus n’est pas un petit moine qu’on agite pour attirer les touristes ou pour amuser les enfants. C’est un personnage qui s’est inscrit dans l’Histoire.

Non ! Ce monument n’a pas été financé par des locaux qui subvenaient tout juste à leurs besoins mais par ce très habile évêque qui, installé en Sicile, tirait de notables revenus de cette province alors prospère.

Oui, la Gaule a hérité d’une histoire particulièrement riche. Oui, elle possède un patrimoine fabuleux qui n’est pas mis en valeur comme il le mériterait. Oui, c’est une grave erreur de ne pas le protéger et de ne pas essayer de mieux le comprendre. Oui, c’est une honte d’être incapable de l’expliquer correctement au touriste étranger.

Oui, c’est un scandale d’avoir « inventé » la forteresse de Bibracte au mont Beuvray alors que ce n’est que le site boïen de Gorgobina.

Non, la cité éduenne n’était pas à Bibracte, mais comme le dit Strabon, à Chalon/Cabillo, sur la butte de Taisey.


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