Pour un statut de géniteur sous X, la fin d’un privilège féminin et du patriarcat – Marcela Iacub

L’analyse matricienne : La reconnaissance de paternité est le noeud de tous les conflits sociétaux. Les hommes comme les femmes se plaignent que la reconnaissance de paternité soit ou obligatoire, ou non appliquée. Légalement, la reconnaissance de paternité est absolument obligatoire, même si le père ne le veut pas, et même si la mère ne le veut pas. Dans un sens comme dans l’autre, le père comme la mère peuvent imposer une paternité non désirée. Par contre, aujourd’hui, seules les femmes ont le droit de se refuser une maternité non désirée, et ce que la plupart voudraient, c’est que le père reconnaisse l’enfant, exactement quand elles le veulent. 

Psychologies, novembre 2006, p.92 

Marcela Iacub, juriste, chercheuse au CNRS est aussi écrivaine. Elle est notamment l’auteure de Une journée dans la vie de Lionel Jospin (Fayard, 2006).

Un « sous X » au masculin ? La fin d’un privilège féminin

La procédure sous X représente clairement, après l’IVG, une deuxième possibilité pour les mères potentielles de renoncer à un enfant alors que la grossesse est déjà engagée, et peut donc légitimement être considérée comme un privilège féminin. C’est pourquoi la juriste Marcela Iacub propose une procédure parallèle concernant les pères potentiels :

Informé de la grossesse de sa partenaire, si celle-ci souhaite la mener à terme alors que lui ne désire pas d’enfant, le père pourrait par un document écrit renoncer à toute responsabilité concernant l’enfant à naître, et être ensuite automatiquement protégé contre une procédure de recherche en paternité. En d’autres termes, Iacub pencherait vers une protection de la vie privée du père équivalente à celle accordée à la mère accouchant sous X, toutes deux cependant au détriment de la recherche par l’enfant de ses origines.

Le sexe, un risque pour l’homme, mais pas pour la femme

Aujourd’hui une relation sexuelle féconde peut s’avérer sans conséquence pour les femmes, qui ont le droit non seulement d’avorter mais encore d’accoucher sous X. Les hommes, en revanche, mariés ou non, ont de moins en moins de recours si leur partenaire décide de ne pas avorter : présomption de paternité et recherche de paternité les condamnent à vivre dans ce monde que l’on croyait révolu (patriarcat), où il est impossible en droit de séparer la sexualité et la procréation.

Quand les femmes étaient contraintes à la maternité

Cette asymétrie entre les deux sexes en dit long sans doute sur les véritables conséquences de la « révolution des moeurs ». Lorsque l’on cherche à comprendre pourquoi les hommes sont traités de cette manière, on nous dit qu’ils n’avaient qu’à « faire attention », c’est-à-dire utiliser un préservatif. Cet argument rappelle pourtant désagréablement celui qu’on employait au début des années 1970, précisément pour s’opposer au droit des femmes à avorter, au prétexte qu’on leur avait déjà accordé la pilule.

La femme, seule responsable de l’enfant désiré

Pour ne pas faire d’un homme le père d’un enfant (…), il suffirait de créer une procédure analogue à celle de l’accouchement sous X, qui lui permettrait de s’opposer à une action en recherche de paternité (…). Au moment où un homme prend connaissance d’une grossesse dont il ne souhaite pas assumer les conséquences, il devrait pouvoir faire appel à cette procédure qui le protégerait d’un recours, aussi bien de la femme que de l’enfant. Il deviendrait ainsi « géniteur sous x », laissant à la femme la responsabilité de le mettre au monde l’enfant dont elle aurait pu effectivement avorter.

Libéralisation du don de sperme : la fin du patriarcat

Un homme qui entretient un rapport sexuel fécondant risquerait ainsi non pas de devenir père comme aujourd’hui, mais donneur de sperme. Une relation sexuelle serait un acte par lequel une femme serait autorisée à s’emparer de manière légitime du sperme de son compagnon afin de faire naître un enfant. Les hommes courraient donc un risque, mais, somme toute, bien moindre que celui qui les menace dans la situation actuelle.

Extrait d’un point de vue publié dans Libération le 25 janvier 2005

Ce que dit la loi – la traque des géniteurs

Depuis l’entrée en vigueur de la réforme de la filiation, en juillet 2006, une mère peut engager une recherche en paternité pour son enfant dans les dix ans qui suivent sa naissance. L’enfant majeur peut engager cette action seul dans les dix ans qui suivent sa majorité. Dans les deux cas, il faut qu’il existe des présomptions sérieuses de cette paternité. Le juge peut alors ordonner que le père présumé se soumette à un test ADN. Si la paternité est reconnue, le père doit en assumer les conséquences, c’est-à-dire participer à l’entretien et à l’éducation de l’enfant en payant une pension alimentaire, et en faire son héritier au même titre que ses autres enfants. S’il le souhaite, il peut aussi bénéficier des droit paternels : celui de voir l’enfant, d’avoir l’autorité parentale, et même demander à ce qu’il vive chez lui.

Stanislas de Haldat

 

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