Égypte : des caméras pour lutter contre le harcèlement sexuel. Quand les femmes sont interdites hors mariage

L’interdiction du sexe hors mariage est le seul garant de la reconnaissance de paternité, fondement du patriarcat. Toute sexualité hors mariage peut engendrer des enfants sans père. Les pulsions sexuelles dépassent la morale puritaine et s’exprime donc par des voies déviantes ou violentes.

Des caméras de surveillance devraient être installées dans la capitale égyptienne. Leur cible ? Les responsables de harcèlement sexuel, un véritable fléau en Égypte.

Des caméras de surveillance dans les rues du Caire pour lutter contre le harcèlement sexuel. C’est ce qu’a ce annoncé mercredi le ministère de l’Intérieur égyptien. « L’idée est d’attraper les responsables de harcèlement et de diffuser leur image sur la télévision publique et Internet », a expliqué un porte-parole du ministère, dont les propos ont été rapportés par le site Ahramonline.

Frustration et misère sexuelle

Les cas de harcèlement envers les femmes sont récurrents en Égypte. En 2008, une étude intitulée « Des nuages dans le ciel d’Egypte », réalisée par le Centre égyptien pour les droits des femmes, avait été menée sur un peu plus de 1000 Egyptiennes. Résultat : un peu plus de 80 % d’entre elles disaient avoir déjà vécu une situation de harcèlement, aussi bien les regards trop insistants sur certaines parties du corps que les commentaires désobligeants, les gestes déplacés… Plusieurs d’entre elles rapportaient également avoir été suivies ou harcelées par téléphone. Par ailleurs, la moitié de ces femmes disait vivre ce type de situations au quotidien.

Femmes violentées par la foule

Plus inquiétant, les cas d’attouchements, voire de viols, rapportés dans le cadre de grands rassemblements, comme lors de la fête de l’Aïd-el-Fitr (fête de la rupture du jeûne, ndlr) en 2006. Le quotidien Libération avait fait état de femmes violentées par la foule, dont le corps était palpé sans scrupules. Un combat repris récemment par le Conseil national pour les femmes égyptien, avec la campagne lancée en août 2012, incitant à mettre en place des patrouilles pour lutter contre ce type d’agressions, en particulier pendant les célébrations de l’Aïd.

Des violeurs révolutionnaires

La lutte est encore loin d’être gagnée, comme l’ont attesté, en juin dernier, les problèmes rencontrés par des manifestantes venues dénoncer le harcèlement sur la place Tahrir, au Caire. Elles auraient été « tripotées et frappées par une foule d’hommes », d’après un communiqué d’Amnesty International. « Durant les mouvements de protestation de 2011, la place Tahrir était un lieu où les femmes se trouvaient sur un pied d’égalité avec les hommes pour revendiquer leur liberté », avait alors protesté Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International. « Aujourd’hui, c’est une place où on isole les femmes pour mieux les harceler sexuellement. »

D’après l’Egypt Independent, plusieurs organisations de défense des droits de la femme avaient manifesté, début octobre, pour demander au président égyptien, Mohamed Morsi, de prendre des dispositions pour pénaliser le harcèlement sexuel. Moins ambitieux, ce projet de caméras de surveillance constitue peut-être au moins une certaine prise de conscience de la part des autorités.

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