La crise aggrave la situation économique des mères célibataires

« Les mères célibataires sont des girls next door »

Par , publié le 06/11/2009 dans l’Express

Dans son rapport annuel, le Secours catholique a tiré la sonnette d’alarme: la crise touche de plein fouet les jeunes mères célibataires à emploi précaire. Pascal Lardellier, professeur de science de l’information-communication à l’Université de Bourgogne, revient sur ce phénomène.

Les conclusions du rapport du Secours catholique vous frappent-elles?

En France, 2 millions de personnes élèvent seules leurs enfants.Non, le fait que la situation des mères célibataires soit de plus en plus précaire n’est pas une surprise. Au contraire, c’est un phénomène antérieur à la crise. On assiste depuis des décennies à une précarisation rampante chez les « mamans solo » qui prend acte de deux tendances sociologiques. D’une part la décomposition des liens traditionnels, on aime de plus en plus en CDD. D’autre part la paupérisation des classes moyennes. Lorsqu’on vit seul et que l’on élève un enfant, les frais et charges ne sont pas divisés par deux… Il est donc malheureusement « logique » que les mères seules aient davantage de difficultés financières. La crise a accentué cette tendance sans pour autant en être la cause.

Qui sont ces « mamans solo« ?

Au cours de mon enquête, j’ai été au contact de 132 femmes. Parmi elles, 130 étaient des « girls next door ». Seules deux d’entre elles avaient un niveau de vie élevé. On a tous une tante, une cousine ou une soeur qui vit seule avec ses enfants… Ces femmes travaillent à temps partiel, en CDD ou intérim, sont locataires et non propriétaires, ont peu voire pas du tout de vie sentimentale et sexuelle. Du fait de leur situation, elles voient certaines portes, notamment professionnelles, se fermer. A partir du moment où elles sont confrontées au célibat, elles entrent dans un sacerdoce heureux qui consiste à ne vivre que pour l’enfant et son éducation. Enfermée dans cette relation exclusive (l’enfant et elle), elles ont une propension très forte à n’avoir qu’un seul enfant.

Crise ou pas, leur situation est critique?

Si les mamans solo n’échappent pas au marasme économique actuel, il ne faut pas être trop pessimiste! Nous sommes en train d’assister à l’expérimentation d’un nouveau modèle familial qui prend de plus en plus d’ampleur. Ce modèle alternatif touche près de 2 millions de personnes en France. On constate que dans les familles monoparentales féminines, l’enfant est mature très tôt. Il n’est pas dupe des relations entre adultes et développe une autonomie précoce.

Pourquoi ne pas s’être penché sur le cas des « papas solo »?

86% des familles monoparentales sont féminines…

La crise aggrave la situation économique des mères seules

Par Caroline Beyer publié le 16/11/2012 sur Le Figaro

La pauvreté tend à se féminiser alors que le monde du travail, dominé par les codes masculins, peine à prendre en compte la situation particulière des femmes qui élèvent seules leurs enfants.La société n’est pas tendre avec les femmes qui élèvent seules leurs enfants. Une situation qui relève de l’urgence lorsque ces femmes vivent dans les «zones urbaines sensibles».

Familles monoparentales: premières victimes de la crise

Il ne fait pas bon être une maman, seule, en banlieue. Les résultats de deux enquêtes successives conduisent à ce constat. Le premier coup de projecteur sur le sujet est venu du colloque de la Fondation Kd’urgences, tenu le 15 octobre, sous le titre évocateur de «Familles monoparentales: premières victimes de la crise». La fondation présidée par l’ancienne journaliste Christine Kelly, qui se confie à Madame Figaro , a réuni pour l’occasion plusieurs données parlantes.

Un taux de pauvreté de 35%

Ces familles monoparentales, dont le seul parent est une mère dans 85% des cas, connaissent un taux de pauvreté de 35%, selon l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes), soit 2,5 fois plus que l’ensemble des familles. Et pour elles, c’est une spirale infernale où résonnent les mots précarité, chômage, surendettement, aide sociale.

Plus fortement touchées par le surendettement

Contraintes de garder leurs enfants faute de moyens ou de places en crèche, les femmes seules sont davantage touchées par le chômage ou abonnées aux emplois précaires. De fait, elles sont plus fortement touchées par le surendettement. «Près d’un dossier sur deux est celui d’une famille monoparentale», est venu témoigner Jean-Louis Kiehl, président de Crésus, association de lutte contre le surendettement.

L’accès au logement est plus compliqué

Et l’accès au logement est plus compliqué: un quart de ces familles sont en «situation de surpeuplement» (vivant dans des logements trop petits), selon l’Insee. Publié le 16 novembre, le rapport annuel de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) revient cruellement sur le sujet. Dans ces 751 «ZUS», où le taux de pauvreté (moins de 964 euros par mois) est passé de 30,5% en 2006 à 36,1% en 2010 (contre 11,9% à 12,6% en dehors de ces quartiers), la situation des femmes est d’autant plus préoccupante.

Une famille sur cinq est monoparentale

Pour la première fois en cinq ans, leur taux de chômage est plus élevé que celui des hommes, et ce, alors même que leurs scolarités sont moins chaotiques. Un paradoxe que l’observatoire attribue au «poids des structures familiales»: elles sont en effet plus souvent à la tête de familles monoparentales qu’en dehors des ZUS et ont davantage d’enfants. À 25 ans, près de 25 % des femmes de ZUS vivant hors de chez leurs parents ont au moins un enfant, contre 10% dans les villes alentours.

Des conséquences sur la santé

L’Observatoire, qui met en avant les conséquences de cette paupérisation sur la santé des habitants, explique enfin que ces femmes souffrent plus souvent d’obésité.

La pauvreté tend à se féminiser

La parité est décidément est un vain mot. La pauvreté tend à se féminiser, alors que le monde du travail, dominé par les codes masculins, peine à prendre en compte la situation particulière des femmes qui élèvent seules leurs enfants. Les femmes subissent de plein fouet ces inégalités que la société peine à compenser. Les aides sociales sont insuffisantes. L’allocation de parent isolé (API), créée en 1976, puis fondue dans le revenu de solidarité active (RSA) en 2009 s’élève ainsi à 813,16 € pour un parent isolé sans revenu ayant un enfant. Et si ce parent touche un salaire mensuel de 560 €, le montant de l’allocation est de 486,38 €…

La famille du futur ?

La société peine à prendre en compte ses familles monoparentales. Pourtant, une famille sur cinq est aujourd’hui composée d’enfants et d’un seul parent, soit plus de deux millions de foyers. En quarante ans, elles ont plus que doublé.

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