Les mères seules plus touchées par la précarité : « Si je n’avais pas mes cinq frères et ma sœur, je serais dans la misère »

Par Anne Vidalie, publié le 12/11/2008 L’Express

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Sur un bout de papier, Chantal a tout consigné, au centime près. Côté recto, ses ressources. Entre le RMI, l’allocation de soutien familial et sa pension de réversion, cette veuve de 43 ans touche 698,32 euros par mois.

1 famille sur 5 en solo

  • 20 %des familles françaises ne comptent qu’un seul parent. Elles sont 2,5 fois plus nombreuses qu’en 1968.
  • 85 %de ces foyers ont une femme à leur tête.
  • 17,7 %des jeunes de moins de 25 ans vivent dans une famille mono-parentale. Ils n’étaient que 11 % en 1990.
  • 23 %des mères seules sont diplômées de l’enseignement supérieur. C’est le cas de 30 % de celles qui vivent en couple.
  • 35 %des mères en solo de moins de 35 ans occupent un emploi non qualifié, comme 27 % de celles qui vivent à deux.
  • 28 %des mères de famille monoparentale sont propriétaires de leur logement (63 % des couples avec enfant).
  • 36 %habitent une maison (68 % des pères et mères en couple).
  • 20 % occupent un logement trop exigu.

Au verso, les dépenses : « J’ai peur des mauvaises surprises et des imprévus »

Le loyer de son petit quatre-pièces à Reims, l’assurance et les factures de téléphone, d’internet, de gaz et d’électricité s’élèvent à 356,36 euros. Avec les 341,96 euros qu’il lui reste, elle doit faire vivre ses deux filles de 15 et 25 ans encore sous son toit -les deux autres ont pris leur indépendance. C’est peu. C’est dur. Même en faisant les courses à l’Entraide protestante tous les mercredis pour quelques euros. Même en sollicitant l’aide ponctuelle du fonds social du lycée où est inscrite sa benjamine. « J’ai peur des mauvaises surprises et des imprévus, confie Chantal. Comme la semaine dernière, quand ma fille a dû acheter un rouleau de papier technique à 35 euros pour l’école. » En désespoir de cause, elle appelle le Secours catholique à la rescousse.

Une famille sur deux monoparentale

Des femmes qui se débattent pour garder la tête hors de l’eau, pour nourrir et vêtir leurs enfants, le Secours catholique en reçoit un nombre croissant chaque année. Comme le révèle son rapport 2007 sur la pauvreté en France, qui paraît ce 13 novembre, 60 % des familles accompagnées par l’association cette année-là étaient monoparentales. Dix ans plus tôt, elles représentaient 1 famille sur 2 dans les permanences du Secours catholique. « Les plus pauvres d’entre les pauvres, aujourd’hui, sont les femmes à la tête de foyers monoparentaux », constate François Soulage, président de l’association.

Moins diplômées que les femmes vivant en couple

Certes, toutes les familles monoparentales (soit 20 % des foyers français) ne sont pas dans la misère. Mais le tableau dressé en juin dernier par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sous le titre éloquent de « Les familles monoparentales. Des difficultés à travailler et à se loger » dessinait, lui aussi, le visage de la précarité en solo. Moins diplômées que les femmes vivant en couple, ces mères-là, plus souvent chômeuses, ont des revenus plus faibles. « Leur risque de pauvreté monétaire est supérieur à celui des couples, malgré les prestations sociales et les pensions alimentaires qui contribuent à équilibrer leurs ressources », pointait l’étude de l’Insee. Elles ont beau percevoir des aides de l’Etat, 27 % disposent de revenus inférieurs au seuil de pauvreté, selon l’Observatoire des inégalités.

Après la rupture

  • 18 % des enfants dont les parents sont séparés perdent tout contact avec leur père après la rupture.
  • 22 % ne le rencontrent que quelques jours par an.
  • Une séparation brutale qui n’est pas l’apanage des hommes: 15 % des mères ne voient leurs enfants qu’une poignée de fois l’an, voire jamais.

Concilier horaires de travail et obligations familiales

Ces mères divorcées, séparées, célibataires ou veuves peinent souvent à concilier emploi et garde des enfants. « Alors qu’elles ont davantage besoin de ressources que des femmes en couple, elles ont plus de mal à dénicher un poste dont les horaires sont compatibles avec leurs obligations familiales », observe Stéphane Jugnot, chef de la division Enquêtes et études statistiques de l’Insee.

Si je n’avais pas mes cinq frères et ma sœur, je serais dans la misère

Comme beaucoup de mères seules, Cécilia Martin ne demande qu’une chose: retrouver un travail. Car cette Paloise de 36 ans, maman de Delphine, 12 ans, d’Alexandra, 11 ans, et d’Héloïse, 3 ans, est une bosseuse. Après son divorce, en 2002, elle a jonglé pendant deux ans avec deux boulots et des semaines de quatre-vingt-dix heures pour faire vivre ses deux aînées et rembourser ses dettes. Mais, un troisième bébé, une séparation douloureuse et un licenciement plus tard, elle a plongé dans la précarité et peine aujourd’hui à en sortir. « Je ne peux pas commencer à travailler avant 8 heures, car la garderie de l’école ouvre à 7 h 30 », explique-t-elle. Intermarché lui a bien proposé un emploi, mais elle a dû refuser: impossible d’être à son poste dès 6 heures. L’intérim, elle y pense, « sauf que cela demande une grande flexibilité horaire ». En attendant de trouver son bonheur, elle finit tous les mois à découvert, en dépit des petits boulots qui ne lui permettent même pas de s’offrir un vêtement ou une escapade. « Si je n’avais pas mes cinq frères et ma soeur, je serais dans la misère », lâche-t-elle.

Les familles monoparentales sont plus précaires

Par AFP, publié le 06/06/2008 sur L’Express

Les familles monoparentales, à large dominante féminine et en constante augmentation depuis les années 60, ont des conditions de travail plus fragiles et sont moins souvent propriétaires de leur logement que les couples avec enfants, selon une étude de l’Insee.

En 2005, 1,76 million de familles étaient composées d’un seul adulte avec un ou plusieurs enfants de moins de 25 ans dans un même logement, soit 2,5 fois plus qu’en 1968, révèle l’Insee. A l’origine de cette évolution, des ruptures d’union beaucoup plus fréquentes alors qu’en 1962, 55% des parents à la tête d’une famille monoparentale étaient veufs (10% en 2005).

Plus de chômage chez les parents seules

Au total, 18% des enfants de moins de 25 ans vivent en 2005 dans une famille monoparentale, contre 8% en 1968. Et dans 85% des cas, c’est une mère qui s’occupe d’eux.

Les pères à la tête d’une famille monoparentale, peu nombreux, le sont davantage lorsque les enfants sont grands, indique l’étude. Ainsi, 10% des enfants de 0 à 6 ans vivent avec leur père, un pourcentage qui passe à 18% chez les 17-24 ans.

Selon l’Insee, ces familles sont souvent dans une situation moins favorable sur le marché du travail et leurs revenus d’activité souvent plus faibles que ceux des couples avec enfants.

Les mères de famille monoparentale occupent moins souvent un emploi que les mères de famille en couple (68% contre 72%). Même constat du côté des hommes, avec 20% de pères seuls sans emploi contre 12% chez les pères en couple.

Alors qu’une mère seule sur deux a un poste à temps complet, contre trois-quarts des pères seuls, les principales contraintes pesant sur ces familles concernent les difficultés de garde d’enfants et l’impossibilité de compter sur le revenu du conjoint pour subvenir aux besoins de la famille.

Côté logement, les familles monoparentales subissent également des conditions plus difficiles et plus fragiles.

Plus nombreuses à Paris et dans le Sud, moins nombreuses dans l’ouest :

  • Ainsi, 20% des mères célibataires habitent un logement où il manque une ou deux pièces,
  • et seulement 36% des mères de famille monoparentale vivent dans une maison,
  • contre 68% des couples avec enfants.
  • Seules 28% sont propriétaires de leur logement,
  • contre 63% des couples avec enfants.

Les hommes seuls sont en meilleure situation, avec une moitié d’entre eux propriétaires et/ou vivant dans une maison.

Signe des difficultés à vivre seul avec des enfants, 10% des familles monoparentales (contre 3% des couples) partagent leur logement avec d’autres personnes, habituellement un parent, souligne l’étude de l’Insee.

Parmi ces pères et mères de famille, souvent inactifs ou au chômage, 18% ont moins de 30 ans, certains vivent chez leurs parents avec leurs enfants, souvent dans des conditions de « surpeuplement » des habitations.

Enfin, d’un point de vue géographique, l’étude signale que les familles monoparentales sont moins nombreuses dans l’ouest et le centre de la France (moins de 17% des familles) qu’en Ile-de-France ou dans le sud (20 à 26% selon les régions).

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