Isaac et Madjid, escort boys : « Mes clients sont surtout des hommes mariés »

«Pourquoi Zeus nous oblige à passer par les femmes pour avoir des fils? […] Quel besoin a-t-on des femmes, quand l’esclave est là pour les travaux ménagers, et l’adolescent désirable pour les ébats amoureux ?» – Eschyle, poète antique grec

Article publié le 25/03/2011 sur Imprimatur.fr

Cent euros l’heure, massage, sexe ou confessions. Ces jeunes garçons s’improvisent accompagnateurs, psychologues ou amants d’un soir. Pour Isaac et Madjid, escort boys à Bordeaux, prostitution rime avec argent facile. Pour hommes uniquement.

Pour retrouver sa vie de luxe de lorsqu’il était en couple

Madjid est à l’heure à notre rendez-vous. Il attend calmement sur un banc, écouteurs sur les oreilles. A la terrasse du café, il parle sans complexe, assez fort pour que nos voisins de table puissent profiter de la conversation. Avec une facilité déconcertante, il décrit son activité : il est escort boy depuis six mois. Mais il sait déjà que ça ne durera pas. En attendant, le jeune homme cultive avec soin son allure : cheveux coupés court, diamant à l’oreille et col en V ouvert sur un torse épilé. Madjid a toujours plu et aime être regardé dans la rue. C’est comme ça qu’il a atterri dans le monde de l’escorting. « Un homme m’a remarqué dans la rue. Il m’a accosté pour me proposer de passer une soirée avec moi. J’ai accepté et il m’a payé. » L’argent est son moteur. Une confession sans détour : « J’aime le sexe, j’aime l’argent ». Une attirance pour le luxe qui remonte à l’époque où Madjid était en couple. Son compagnon d’alors, un homme qui gagnait très bien sa vie, lui a offert une existence de rêve, faite de voyages, de maisons dans les îles, loin de son travail dans la restauration. Leur relation terminée, Madjid n’a pas voulu renoncer à ce mode de vie…

« A 70 %, ce sont des hommes mariés. C’est ceux que je préfère, ils sont discrets et ne tombent pas amoureux »

Aujourd’hui, Madjid vit seul à Bordeaux. Il profite pleinement de ses journées pour courir les boutiques et parfaire sa musculature. Ses soirées, il les réserve aux clients. « A 70 %, ce sont des hommes mariés. C’est ceux que je préfère, ils sont discrets et ne tombent pas amoureux ». Souvent, Madjid ne connaît ni les prénoms ni les numéros de téléphone de ces hommes complexes. Anonymat et appels masqués sont de rigueur. Ensemble, ils conviennent d’un lieu, d’une heure de rendez-vous et de la prestation : accompagnement, massage ou rapport sexuel dans la plupart des cas. Pourtant, même si on le paie pour une heure de plaisir, Madjid refuse net le mot prostitution, préférant celui d’escort ou d’accompagnateur. « Je peux choisir mes clients. Je n’aurai pas fait cette activité si ça avait été sur le trottoir. Quand j’arrive chez le client, j’ai mes écouteurs sur les oreilles et si il ne me plaît pas, je fais semblant de recevoir un appel urgent et je pars. » Le jeune homme connaît sa clientèle : ils ont entre 35 et 50 ans, les plus vieux sont systématiquement exclus, tous ont une bonne situation qui permet de répondre au tarif demandé, 120 euros l’heure.

2500 € par mois pour nourrir ses 11 frères et sœurs et ses parents

Contrairement à son concurrent Isaac, pas question de conseil juridique ou d’auto-entreprise. Le garçon ne déclare rien au fisc. Toutefois, il accepte des petits boulots à l’occasion, pour bénéficier du chômage. Chaque mois, cette activité rapporte à Madjid entre 2 000 et 2 500 euros. Cet argent, Madjid en fait aussi profiter sa famille, ses onze frères et sœurs, et ses parents qui ont pourtant mal vécu son homosexualité. Pour les jours à venir, le planning de l’escort est déjà complet. Un client ce samedi soir, un habitué qu’il retrouve tous les dimanches après-midi et quatre autres de passage dans la semaine. Quant à un avenir plus éloigné, Madjid a, là aussi, tout prévu. Un jour, il arrêtera. Quand son physique ne permettra plus les largesses de ses clients ou lorsqu’un jeune escort à peine majeur viendra casser les prix…

─ Romain Barucq et Mickaël Frison

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