« Au commencement était la femme » – l’improbable découverte de la paternité biologique

Le plus surprenant n’est pas selon André Malraux que « les hommes n’aient pas fait plus tôt la relation entre l’acte sexuel et la procréation mais qu’ils l’aient faite ».

Longtemps, les hommes crurent en une maternité spontanée: là, favorisée par les éléments ; ici, sollicitée par l’absorption de plantes ; ailleurs, pensée comme le fruit de l’union entre la femme et un esprit. La vierge du Kalevala est engrossée par une baie bleue ; l’eau, la lune rendent fertile comme le soleil qui intervient en Inde dans le rite de la conception; et tandis que les trobriandais attribuent la fécondation à un esprit, un « baloma », les femmes arunta s’enfuient aujourd’hui encore, devant les caresses fécondantes du vent, craignant que les tourbillons de poussière de l’Australie centrale ne les ensemencent.

Penser une maternité spontanée, c’est penser une redoutable antinomie pour l’homme moderne : l’enfantement dans la virginité.

L’expérience de Marie qui, dans la tradition chrétienne, fécondée par l’Esprit, enfante Jésus, relève, dans cette perspective, de représentations lointaines et communes à maintes civilisations: celles unissant le féminin et le divin dans la venue au monde.

==> La Vierge Noire chrétienne, survivance d’un culte païen matriarcal

Si ces conceptions antiques rendent bien négligeables l’intervention comme la filiation paternelles, elles renvoient à une théologie primitive: celle de la déesse mère, matrice première et universelle, fréquemment figurée par la terre tirant les hommes de son ventre.

La femme pourrait bien avoir été l’émanation première de la pensée divine, vierge et mère à la fois. « La première religion de l’homme, c’est la femme, écrit Philippe Camby dans son étude sur L Érotisme et le Sacré, c’est par elle que son adoration commence, c’est à elle que vont ses premières prières. »

Bientôt, le phallus réclame ses cortèges de processions, négligeant la vulve et vénérant la féconde semence de l’homme. Bientôt encore, le monothéisme judaïque chasse d’Eden, Lilith l’insoumise lui substituant une Eve issue de la côte d’Adam. L’homme est désormais le fils de Dieu le Père, I’âge d’Or de la femme est révolu: chute dont les échos retentissent jusqu’à nos jours.

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Et pourtant, au creux de son ventre, l’homme conserve l’empreinte indélébile du principe créateur féminin, au creux de son ventre, cicatrice béante, son nombril, lui rappelle la Frande Filiation, tandis qu’au nord, les recherches sur le clonage fossilisent la maternité, et qu’au sud, la féminité se dissimule derrière le voile d’une religion qui a rompu avec ses traditions.

Mylène Carreau

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