Location contre sexe avec le bailleur : prostitution ou retour au mariage traditionnel ?

Le mariage d’amour est une utopie moderne de l’occident vouée à l’échec (75% de divorces à Paris). Le mariage traditionnel est forcé, arrangé, ou intéressé, sur des critères financiers, économiques, et politiques. Il n’a qu’un seul but : garantir la reconnaissance de paternité. Le couple a toujours été un contrat économico-sexuel : sexe contre avantages matériels. La sécurité de la femme et de ses enfants dépend de la personne avec qui elle a des relations sexuelles. Le couple est structurellement vénal et proxénète. Sans structure familiale alternative, sans sexe, sans couple et sans père, les femmes sont donc contraintes à vendre leur corps pour garantir leur sécurité matérielle et celle de leurs enfants.

SEXE CONTRE LOGEMENT, LE PROXÉNÉTISME POUR LES ROMANTIQUES

Samedi, 10 Mars 2012 par Maïa Mazaurette sur GQ

Les annonces de logement contre «services» se multiplient.

Étudiantes et mères célibataires, les premières victimes

Or donc, dehors, c’est la crise. Comment mieux rentabiliser son appartement qu’en le louant à des étudiantes ou des mères célibataires (donc des pauvres) en l’échange de services sexuels de type “tu me tailleras des pipes, mais ça va parce qu’ensuite on regardera des films ensemble dans mon canapé” ? Salon y consacre un article.

On voit de plus en plus d’annonces similaires à celle-ci  : « Urgent ! Jolie maman en galère cherche logement. Forte récompense ».  Comprenez « forte récompense en nature ».  Par mail, la jeune femme de 25 ans précise  » 2 rapports sexuels par semaine contre un  F3″. Elle prétend avoir de nombreuses réponses, elle a l’embarras du choix. Les femmes de propriétaires ferment les yeux…

Des sites de rencontre spécialisés

Le fait que de telles annonces existe n’a rien de nouveau mais apparemment les choses montent en puissance avec la crise, et aussi avec des sites dédiés. Aux Etats-Unis où les sites annoncent qu’ils ont des mannequins (moins que mannequin c’est nul), mais aussi en FranceSugarDaddy.fr propose aux jeunes femmes “ambitieuses” (ouaiiiiiis) de coucher avec des hommes mûrs et élégants (parce qu’un jeune ne peut pas être riche, ou ne peut pas être riche et célibataire).

Evan 34 ans, propriétaire se confie « En 6 mois, j’ai reçu plus de 100 réponses, rencontré 20 filles et hébergé 5 d’entre elles. Les plus jolies bien sûr !  Je ne suis pas laid moi-même, et j’ai un boulot à l’université, mais ce système contre câlins m’évite la corvée de la drague. Et puis, c’est assez jouissif d’avoir ainsi une prostituée à ma disposition. Évidemment, à la seconde où elle trouve un appart normal mes collocataires me claquent la porte au nez. Je ne peux pas leur demander de m’apprécier en plus… »

Sous le vernis respectable de l’amour et de l’entraide

J’imagine que la transaction doit être bien déculpabilisée pour que les personnes intéressées s’inscrivent directement sur un site qui annonce la couleur, et c’est surtout assez étonnant dans un pays comme la France où le délit de proxénétisme commence quand on loue un appartement à une prostituée… A la place de ces hommes si généreux, je me ferais du souci.

On sait tous que des propriétaires se conduisent en véritables tyrans avec certains de leurs locataires vulnérables. Ils les humilient et les battent. Ils les virent également en mettant tous leurs meubles sur le trottoir, sans aucun avertissement et souvent sans motif.

Le retour au devoir conjugal du mariage

Comme le souligne l’article de Salon, c’est quand le travail sexuel n’est pas nommé que commence l’embrouille (je ne vais pas dire le danger, je doute que la prostitution bien étiquetée soit une promenade de santé). Et là on retombe exactement sur la problématique du mariage avec des relations sexuelles, mettons, fortement conseillées : que la pression soit affective ou financière, personne n’est à l’abri des zones d’ombre. Et je ne doute pas qu’avec les crises encore à venir, ça ne s’arrange pas. Qui sait, peut-être que c’est l’occasion de complètement accepter le travail sexuel ? Puisqu’on terminera tous comme ça ?

«Loue studette contre pipe»

Par ONDINE MILLOT, ELHAME MEDJAHED, le 6 février 2008 sur Libération.fr

Certains propriétaires profitent de la crise et, contre un logement, proposent un nouveau type de troc. «Libération» a testé quelques annonces sur Paris.

Esclave sexuelle pour avoir un toit

Il a rappelé une heure avant pour s’assurer que nous serions bien au rendez-vous, a ouvert la porte de son appartement en souriant, a offert un verre au salon, puis s’est assis, le sourire toujours aux lèvres et les yeux vissés sur nous. Antoine (1), 47 ans, haut fonctionnaire, est bavard et disert sur la «colocation» qu’il propose. «Confort», «calme», «indépendance»«C’est un quartier agréable. Et vous aurez votre chambre.» Mais ce dont Antoine aimerait surtout parler, c’est des contreparties qu’il attend de sa colocataire. «Se promener nue le plus souvent possible. Écarter les jambes sur le canapé pour m’exciter. Pas de contrainte de fréquence pour les rapports sexuels, mais faudra pas se foutre de ma gueule non plus. Au début, je risque d’avoir envie souvent.» Voilà environ deux ans qu’Antoine recrute ainsi des colocataires, via une annonce sur le site Internet Missive, à laquelle nous avons répondu. Pas de loyer numéraire, on paye en nature. Pas de bail non plus, «tout est basé sur la confiance». Quant à la durée, «pas de limites». «Ça peut être en mois, en années. Les seules filles que j’ai virées sont celles qui ne respectaient pas leurs engagements.»

La crise du logement profite aux nouveaux proxénètes

Antoine n’est pas le seul à pratiquer ce type d’échange – appartement contre sexe – à Paris. Dans un contexte de crise du logement, la formule semble s’être répandue. Sur Missive, la rubrique parisienne «A louer» recense de nombreuses offres d’hommes proposant des colocations ou studios indépendants «contre services sexuels». Mais également de femmes, troquant leurs charmes contre un toit. Ailleurs, sur Kijiji, Vivastreet ou dans le journal gratuit Paris Paname, on trouve aussi des annonces, plus masquées. Le mot sexe n’apparaît pas, ce sont les mentions «pour jeune femme», «contre services» et l’absence de montant pour le loyer qui servent d’indices.

Une nouvelle  forme de mariage polygame

Exigences. Antoine est lucide sur les motivations de ses colocataires. «Je sais bien que si vous aviez les moyens de vous loger autrement, vous ne viendriez pas chez moi.» Ce qui n’entraîne aucun scrupule quant à ses exigences, dont la liste s’allonge au fil de l’entretien. «Je veux pouvoir vous observer aux toilettes. J’aimerais que vous soyez là le soir quand je rentre. Ce serait bien si on pouvait dormir ensemble. Je veux du ménage et du repassage.» On quitte Antoine en pleine description des jeux «uro-scato» dans lesquels il nous imagine. Pour rejoindre notre deuxième rendez-vous.

450€ la chambre de bonne, sexe inclut

Dans cette rue sombre proche de la gare Saint-Lazare, l’homme attend au bas de l’immeuble, silhouette courbée rasant les murs. L’adresse qu’il nous a donnée au téléphone n’est pas la bonne. Il nous entraîne un peu plus loin, dans une arrière-cour, puis dans un petit ascenseur sans lumière. Au sixième étage, on débouche dans une chambre d’à peine dix mètres carrés : un néon verdâtre, un vieux lit en mezzanine et une douche en plastique crasseuse. «Voilà, dit Amar. 650 euros, à négocier si arrangement.»

Le chantage au sexe

Enervement.La formule est la même que dans l’annonce postée sur Missive. On demande des précisions. «450 euros plus deux week-ends de sexe par mois», répond-il. Amar habite en banlieue : les «week-ends de sexe» peuvent avoir lieu ici ou chez lui, dans les Yvelines. «Je peux faire un bail, mais il va falloir être très gentilles.» Amar a fermé la porte, et reste debout, appuyé contre la poignée. Son ton devient agressif : «C’est une bonne offre, les agences demandent 850 euros plus une caution pour ça.» «C’est pas une arnaque», répète-t-il de plus en plus énervé et menaçant. Nous demandons à visiter les toilettes sur le palier. Et prenons précipitamment congé.

Partager un lit contre séances SM

De tous les hommes contactés, Laurent, 32 ans, est le seul à manifester une certaine timidité. Dans son studio propret du XVe arrondissement, il parle de tout, du temps qu’il fait, et surtout pas de l’annonce qu’il a passée. «J’ai connu Missive par leur rubrique de rencontres SM, se lance-t-il enfin. Je n’aurais jamais eu l’idée de proposer un hébergement contre du SM si je n’avais pas découvert là que ça se faisait.» Documentaliste, Laurent est un beau jeune homme svelte, les épaules carrées, le visage doux. «Ce que j’aime, confie-t-il, c’est être attaché. Servir à table en soubrette. Lécher des bottes en me prosternant.» Laurent propose de partager son modeste clic-clac en échange de quelques séances de ce type. «Je ne demande pas de relations sexuelles classiques. L’idée, c’est que ça reste cool. La fille a la clé, elle mène sa vie, mais juste, de temps en temps, elle me dit : « Fais ça. » Ou moi, spontanément, je m’y mets, je lui sers de chaise, de repose-pieds.» Laurent a déjà eu deux expériences de colocation qui se sont «très bien passées». «Peut-être que les filles sont poussées à ça par leurs difficultés, admet-il. Mais, au final, chacun y trouve son compte.»

Pas plus d’1 mois ou 2, après, c’est lassant

C’est aussi le credo de Julien, 30 ans, qui parle d’«échange de bons procédés». Agent de sécurité, il héberge régulièrement «des filles» dans son joli deux-pièces de l’Ouest parisien. «Ce sont souvent des escorts, qui viennent de province se faire un peu de fric à Paris. Je les reçois pour un mois ou deux, rarement plus, parce qu’après on se lasse.» Plutôt distant, Julien explique qu’il ne demande pas d’argent mais «du sexe classique» et «pas de prise de tête, parce qu’[il a] déjà eu des filles qui [lui] ont mis le bordel». Ses «colocataires» disposent du canapé-lit du salon, tandis qu’il dort dans sa chambre. Peu de temps après notre visite, il envoie un texto : «Désolé, ça va pas le faire.»

Proxénète polygame, marié qui a des enfants

Didier, au contraire, est «très, très motivé», comme il le répète dans ses nombreux messages. Il nous propose un deux-pièces dans le XVIIIe contre «550 euros, plus deux trois rencontres par mois». Il habite ailleurs avec femme et enfants, mais peut se «débrouiller» pour nous rejoindre les week-ends. Malheureusement, l’appartement n’est «pas encore» visitable. «J’attends le départ des locataires», nous explique-t-il lorsque nous le rencontrons à la terrasse d’un café. En attendant, il propose de «commencer» déjà le sexe. «Pour voir si on se plaît.»

Elles recherchent des propositions intéressantes

Sur Missive, plusieurs messages d’internautes mettent en garde contre ces «tests» préalables. «Ça m’est arrivé trois fois, raconte Lætitia, 26 ans. Les types te font visiter, te demandent de coucher immédiatement. Et ensuite, plus de nouvelles. Parfois, c’est même pas leur appart qu’ils t’ont montré. Ils ont pris les clés d’un copain.» Il y a six mois, Lætitia a décidé de passer sa propre annonce «pour avoir le choix». Elle a depuis reçu quelques propositions «intéressantes». «Mais quoi qu’il arrive, prévient-elle, il faut rester méfiante.»

Profiter de la détresse des jeunes femmes

Pierre Allain, le webmaster de Missive, reprend le même appel à la «prudence», sans pour autant censurer «ce qui relève d’un échange entre adultes consentants». «Il y a là parfois des hommes qui profitent de la détresse de jeunes femmes. Nous mettons en garde nos internautes. Mais nous ne pouvons pas faire une enquête pour chaque annonce.» Missive est hébergé en Suisse, comme la plupart des sites francophones proposant les services de prostituées ou escorts. «La Suisse a une législation plus permissive que la France, reconnaît Pierre Allain. Reste que, même en France, un homme a le droit de proposer un logement contre des services sexuels.»

Une législation laxiste et déjouer les contrôles internet

«Habileté». «Cela s’apparente à de la prostitution, ce qui n’est pas interdit, nous confirme une source policière. Seul le site internet qui héberge les annonces peut être poursuivi pour proxénétisme s’il est en France. Mais ce genre de poursuites aboutit rarement.» Hors Missive, pourtant, la plupart des sites et journaux d’annonces concernés expliquent qu’ils font tout pour «supprimer» ces annonces. «On en voit apparaître dans la rubrique « Colocation », on les transfère immédiatement dans celle des rencontres érotiques», dit Virginie Pons, responsable de la communication chez Vivastreet. «Nous n’acceptons pas ces annonces chez nous», affirment quant à eux Benjamin Glaenzer, directeur général de Kijiji France, et Bernard Saulnier, le patron de Paris Paname. Tous deux notent cependant «l’habileté» des annonceurs pour déjouer leurs contrôles.

 » Il vaut mieux se prostituer pour payer son loyer : tu restes libre « 

Stéphanie a 38 ans, elle est «escort occasionnelle». Contactée via le tchat de Missive, elle déconseille formellement le troc «appart contre sexe». «J’ai une amie qui a fait ça. Elle s’est retrouvée à la rue du jour au lendemain. Tu deviens dépendante d’un type qui risque de t’en demander toujours plus, en menaçant de te jeter si tu refuses. Sincèrement, il vaut mieux se prostituer pour payer son loyer : tu restes libre.»

L’épouse secrète d’un vieux qatari

Sur le même tchat, puis par téléphone, on discute avec Tina, 35 ans, qui, elle, profite depuis quatre ans d’un logement contre «services sexuels» dont elle se dit ravie. «Il ne faut pas choisir un homme jeune, car il ne te gardera pas longtemps, il aura envie de changement, conseille-t-elle. Le mien, il a 62 ans. Je l’ai rencontré sur les Champs-Elysées. Il vit à Dubaï et vient en France de temps en temps. Sinon, je suis seule dans l’appart, 115 mètres carrés dans le XVIe arrondissement.»

La vengeance des hommes face à la vénalité des femmes

«A la porte». Zara, 23 ans, étudiante, n’est pas aussi bien tombée. Elle accepte de nous rencontrer dans un café parisien, «pour parler de ces types qui profitent des filles paumées». Il y a trois ans, Zara a passé une annonce dans Paris Paname : «Jeune fille cherche logement contre services.» «Je pensais ménage, repassage, baby-sitting, dit-elle. J’ai eu des dizaines de réponses. Que des hommes. Qui voulaient tous du cul.» Originaire du sud de la France, Zara ne veut pas détailler les raisons qui l’ont poussée à quitter sa famille. «Je n’avais pas le choix.» Elle a fini par accepter une colocation avec un homme, puis une autre. «Deux fois, je me suis retrouvée à la porte, sans nulle part où aller, parce que je ne voulais pas faire ce qu’ils me demandaient. Ces mecs-là ont besoin de sentir qu’ils exercent un pouvoir sur toi. Ils t’en veulent de savoir que si tu n’étais pas dans la merde, tu ne les aurais jamais regardés.»

Le sombre destin des hommes

Aujourd’hui, Zara a un travail, un appartement. Heureuse et soulagée que ces mois de «galère» soient derrière. «Tandis qu’eux, ajoute-t-elle quand même amère, dans dix ans, ils en seront toujours au même point. A passer et repasser leur annonce pour trouver des filles.»

(1) Les prénoms ont été changés.

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