Pourquoi ne permet-on pas à un homme de ne pas être père ? La dictature du patriarcat contre les mâles

Le mariage est le seul garant de la reconnaissance de paternité. Toute sexualité hors mariage peut engendrer des enfants non reconnus par leur géniteur. C’est donc le mariage qui définit traditionnellement la paternité. Et c’est pour garantir le droits des pères que les femmes ont été mises autrefois en esclavage. Mais aujourd’hui, la tendance s’inverse : toujours au nom de la sacro-sainte paternité, ce sont désormais les hommes qui sont traqués, culpabilisés, et condamnés. Féminisme, patriarcat, même combat !

Livre : un « enfant dans le dos » ou le droit de ne pas être père

PAROLES DE JUGES, Michel Huyette | Magistrat, le 03/02/2013 sur Rue 89

Avocate féministe au service des homme en détresse

Mary Plard, avocate, qui se présente comme féministe engagée, raconte quel a été son trouble quand un homme, puis plusieurs hommes, sont venus la consulter dans un état de grande détresse.

Coupable d’avoir éjaculé

A chaque fois, le scénario était à peu près le même : un homme, marié ou non, rencontre une femme brièvement, a avec une relation sexuelle en ayant en tête que c’est évidemment sans lendemain, et apprend quelques temps plus tard que cette femme est enceinte et qu’il est désigné comme le père biologique de l’enfant.

Au départ, rien qu’un moment agréable…

Pourtant, entre l’homme et la femme, à l’occasion de leur brève rencontre il n’y a jamais eu ni projet, ni promesse, ni engagement. Seulement la recherche, au départ, d’un moment agréable librement consenti de part et d’autre, et que tous deux, et au moins l’homme, voulaient sans lendemain.

Condamnés à être père

Comme cela est raconté dans le livre (« Paternités imposées, un sujet tabou », éd. Les Liens qui libèrent, janvier 2013), à travers les histoires successives de plusieurs hommes venus la consulter, ceux-ci ne « veulent pas être père », et estiment qu’on ne peut/doit pas « les obliger à être père ».

Bien sûr, là où le bât blesse, et l’auteure en a conscience même si elle n’approfondit pas la question, c’est quand elle écrit : « L’homme ne choisit pas d’être père ou de ne pas l’être, à moins de choisir l’abstinence. » Sur ce point il est difficile de la suivre.

Le risque zéro n’existe pas

En effet, quand deux adultes décident d’avoir une relation sexuelle, l’homme, sait inéluctablement qu’il existe un risque de grossesse. Et cela quand bien même la compagne d’un soir lui affirme le contraire. Autrement dit, parce que rien n’empêche un homme de prendre ses dispositions pour écarter le risque de grossesse, ce même homme peut difficilement prétendre ensuite qu’il a été « piégé ». Il serait sans doute réducteur, dans de telles situations, de faire des femmes les seules responsables des conséquences de la relation sexuelle.

La femme enceinte et sa grande liberté

Cela n’empêche pas Mary Plard de s’interroger, juridiquement, sur la possibilité dans certains cas, pour ces hommes, d’engager une procédure pour faute contre certaines de ces femmes. Mais il n’empêche que le débat ne peut pas s’arrêter là. C’est alors que Mary Plard ouvre la porte vers d’autres interrogations.

La traque des « pères-malgré-eux »

En droit français actuel, le géniteur d’un enfant qui ne fait pas la démarche de le reconnaître ne peut rien faire pour empêcher que sa filiation soit juridiquement établie. Du fait des progrès de la science et notamment à travers l’examen comparé des ADN, un homme contre lequel est engagée une action en recherche de paternité ne peut pas faire grand-chose pour y échapper. Même contre son gré, et quelles que soient les circonstances de la conception, il sera désigné juridiquement père et devra en supporter toutes les conséquences, notamment financières.

Inégaux devant la loi

Certains répondront qu’il n’y a là rien d’anormal et que tout homme qui a engendré un enfant doit assumer pleinement. Sauf que, comme le souligne à juste titre Mary Plard, la femme enceinte dispose d’une assez grande liberté personnelle :

  • elle décide, seule, de garder l’enfant à naître ou de procéder à une IVG,
  • elle peut décider de ne pas informer de sa grossesse, et donc de sa paternité, l’homme qui a seulement traversé son existence et avec lequel elle ne veut plus conserver de lien
  • et elle peut même, à la naissance, décider d’accoucher « sous x », privant ainsi son propre enfant de la connaissance de l’identité de sa mère, et a fortiori de son père.

Une paternité sous X ?

D’où cette question déroutante posée par maître Plard :

  • Si l’on accepte que les femmes disposent de tous ces choix et, notamment, qu’elles aient la possibilité de ne pas s’occuper de l’enfant né ou à naître, donc de faire obstacle à l’établissement de la filiation maternelle, pourquoi l’homme n’aurait-il aucun choix, aucun droit ?
  • Plus précisément encore, puisque l’on permet à une femme de ne pas être mère, pourquoi ne permet-on pas à un homme de ne pas être père ? En ce sens, écrit-elle, pourquoi ne pas envisager une « paternité sous x » ? Ne serait-ce pas une « équité digne de ce nom » ?

Au final, Mary Plard, qui explique à quel point elle s’est interrogée sur le sens et la justesse d’un « combat pour la paternité librement consentie », nous propose un livre troublant, mais tout aussi intéressant.

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