Patriarcat pakistanais (Belgique) : abattue par son frère parce qu’elle refusait de se marier à son cousin

Le mariage d’amour est une utopie moderne vouée à l’échec. Le mariage traditionnel est arrangé et forcé. Par le biais des héritages, le mariage constitue une alliance politico-financière entre familles. Et par proximité, pour conserver l’héritage « au sein de la famille », les unions consanguines sont privilégiées.

Sadia, victime d’un « crime d’honneur »

Mis en ligne le 21/11/2011 par Philippe Mac Kay sur La Libre.be

Son frère l’a abattue de deux coups de feu. Elle avait dû épouser un cousin musulman via Internet. Elle voulait se marier avec un Belge.

Mariée de force par internet

Le 22 octobre 2007, à Lodelinsart, Sadia Sheikh est abattue de deux coups de feu par son frère Mudusar, au domicile de ses parents. La jeune fille a 20 ans. De nationalité pakistanaise, de religion musulmane, elle a suivi des cours de graduat en sciences juridiques à l’Université du travail. Son meurtre, c’est ce qu’on appellera bientôt un « crime d’honneur ». L’honneur, c’est celui que sa famille estimait avoir perdu : elle avait marié par Internet Sadia à un cousin résidant au Pakistan, mais la jeune fille projetait d’épouser un jeune condisciple, non musulman.

Un complot familial meurtrier

Quatre membres de la famille Sheikh comparaîtront, dès ce lundi, devant la cour d’assises du Hainaut, pour ce procès exceptionnel en raison du mobile qui y a conduit le meurtrier en aveux et ses proches – le père, Mahmood, la mère, Parveen, et Sarya, la sœur de Sadia. Présente au moment du meurtre et blessée par Mudusar, Sarya est, comme son père et sa mère, soupçonnée d’avoir pris part au complot familial dont Mudusar était le bras armé.

Avortée de force d’un enfant illégitime

A l’approche de ses 18 ans, Sadia est enceinte, après une relation avec un jeune Pakistanais. Un avortement imposé y met un terme. Sadia apprend alors que sa famille a choisi de la marier avec un cousin qui vit au Pakistan et qu’elle ne connaît pas. Elle quitte le domicile familial, mais un chantage affectif s’organise, qui lui fait croire que sa mère va se suicider. Quand elle revient, le mariage forcé est « célébré », via Internet et sans aucune valeur légale. Sadia devrait le concrétiser au Pakistan.

En fugue pour s’aimer

Mais en mai 2006, elle fait la connaissance d’un condisciple, Jean Navarre et, au début de l’année 2007, elle déménage en dissimulant son adresse à ses parents. Des recherches s’efforcent de la localiser. Son frère Mudusar le dira, il s’agit pour la famille de « ne pas faillir à la parole donnée et de cette manière, ne pas perdre la face devant tout le monde ». En juin, Sadia se fiance avec Jean Navarre, mais son frère apprend alors où elle se trouve et il entreprend de rétablir les liens. Début octobre, pourtant, quelques jours avant le meurtre, il rédige une lettre que l’enquête authentifiera, et dans laquelle il annonce clairement ses intentions meurtrières. Quand les contacts familiaux se renouent, Sadia apprend aux siens son projet de mariage avec Jean Navarre, une hypothèse à laquelle ses proches refusaient de croire.

La petite sœur complice du meurtre

Le jour du meurtre, les parents sont absents de leur maison de Lodelinsart quand Sadia y arrive avec son frère. Sa sœur Sarya y est aussi.

Dans la première version qu’elle donnera, Sarya prétendra qu’elle était à l’étage quand elle a entendu le bruit d’une dispute entre Mudusar et Sadia, au rez-de-chaussée et qu’elle a entendu des coups de feu alors qu’elle était dans l’escalier. Elle serait alors intervenue pour protéger sa sœur, et des coups de feu l’auraient atteinte. Après quoi, dit-elle, elle est sortie chercher du secours pendant que Sadia agonisait.

L’expertise balistique mettra à mal ce récit, pour avancer que Sarya a été blessée au bras, non pas en s’interposant pour protéger sa sœur, mais bien en la retenant, par l’arrière du corps, pour l’empêcher de fuir. Le meurtre commis, Mudusar a fui. Il a été arrêté trois mois plus tard et l’enquête a mis à jour des indices tant de complot préalable au crime, que de l’aide ensuite apportée au fuyard.

L’importance de l’Honneur du mariage

Un expert chargé d’examiner la problématique des mariages forcés a avancé que son père se considérait déshonoré par l’attitude de Sadia, Mudusar étant le garant de cet honneur. Quant à la mère, intervenue pour culpabiliser sa fille, elle n’a cessé de lui rappeler l’importance du mariage, ce qu’il représentait pour la famille, le clan ou l’ensemble de la communauté.

Seul Mudusar, le frère de Sadia, est encore détenu. Il est, comme ses parents et sa sœur Sarya, accusé de l’assassinat de Sadia, avec pour circonstance aggravante la haine, le mépris ou l’hostilité à l’égard d’une personne en raison notamment de sa conviction religieuse ou philosophique. A quoi s’ajoute la tentative de mariage forcé dont Sadia a été la victime. Les débats devraient occuper quatre semaines d’audience.

Sadia: coup de théâtre au 1er procès pour « crime d’honneur »

AFP – Mis en ligne le 21/11/2011 sur La Libre.be

Le premier procès pour « crime d’honneur » en Belgique

Il s’est ouvert lundi, quatre ans après la mort d’une jeune étudiante d’origine pakistanaise abattue par son frère parce qu’elle refusait un mariage arrangé avec un lointain cousin. Le procès devant la cour d’assises du Hainaut, à Mons (sud-ouest), a débuté par un coup de théâtre, le principal prévenu ayant également avoué pour la première fois avoir voulu tuer sa seconde sœur.

Selon l’enquête, quatre membres de la famille Sheikh, d’origine pakistanaise et établie en Belgique depuis les années 1970, ont comploté pour tuer, afin de rétablir leur honneur bafoué, leur fille et sœur Sadia, 20 ans, qui refusait un mariage arrangé avec un lointain cousin habitant le Pakistan.

Abattue dans la maison familiale

Sadia Sheikh, qui étudiait le droit à Charleroi, a été abattue le 22 octobre 2007 de trois coups de feu par son frère Mudusar, âgé aujourd’hui de 27 ans, dans la maison familiale de Charleroi (sud) où elle s’était rendue, attirée par la promesse d’une réconciliation.

Mudusar Sheikh a toujours reconnu avoir tué sa sœur, tout en exonérant les autres membres de sa famille de toute responsabilité. La justice belge a toutefois renvoyé devant un tribunal, outre Mudusar, le père, la mère et Sariya, la jeune sœur de Sadia, estimant qu’ils avaient ordonné l’assassinat ou incité Mudusar à passer à l’acte.

Interrogé par le président de la cour d’assises, Mudusar a expliqué avoir agi de sa « propre initiative » et affirmé que « (ses) parents et (sa) petite sœur n’avaient rien à voir » avec la mort de Sadia.

Le meurtre manqué de sa seconde sœur

Mais, surprenant jusqu’à son propre avocat, qui s’est dit « sonné » par cette révélation, le jeune homme a avoué avoir aussi tenté de tuer Sariya. « Je suis confronté à deux actes: un qui a réussi –celui d’avoir supprimé une personne, Sadia– et un qui a échoué, en l’occurrence, sur ma sœur Sariya », qui avait reçu une balle dans le bras, a-t-il dit. « Je vais apprendre cela à ma famille. J’ai voulu tuer Sariya. Je n’ose pas te regarder dans les yeux », a-t-il dit à sa sœur assise à ses côtés sur le banc des accusés. « Je t’ai laissée pour morte », a-t-il ajouté, alors que le père, la mère et la sœur de Mudusar Sheikh n’ont pu retenir leur larmes.

Pour la protéger de sa complicité

Le jeune homme a aussi déclaré qu’il aurait « beaucoup de choses à expliquer » pendant les trois ou quatre semaines que devrait durer le procès. Selon le parquet, Sadia a été tuée « parce qu’elle était une femme ». « Il y a eu trop de mensonges, chacun a voulu cacher quelque chose, pour protéger ma personne ou les histoires de la famille », a-t-il ajouté, en disant « regretter vraiment » ce qui s’était passé. Cette version, qui n’a pas été évoquée pendant l’enquête, mettrait à mal la thèse du complot familial, que tous les accusés nient mais qui est privilégiée par le parquet.

La famille entière condamnable à perpétuité

Le président de la cour n’a pas immédiatement réagi à ces aveux inattendus, mais des avocats ont estimé que le procès pourrait être ajourné. Les quatre accusés, qui devront également répondre de « tentative de mariage forcé » en vertu d’une loi belge entrée en vigueur en juin 2007, risquent la prison à perpétuité.

Le thème du meurtre de la sœur par le frère pour contrôler sa sexualité est très ancien dans la culture patriarcale. En témoigne cette célèbre chanson européenne médiévale « Blanche Biche » :

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