31 janvier 2012 : abolition de l’interdiction du port du pantalon aux femmes – la fin du patriarcat

Le mariage est le seul garant de la reconnaissance de paternité. Toute sexualité hors mariage peut engendrer des enfants sans père, des bâtards illégitimes. Fornication et adultère sont donc strictement interdits et punis par la loi. Pour les prévenir, la sexualité des femmes est étroitement surveillée, et leurs droits abolis. Le droit familial maintient les femmes sous tutelle du père puis du mari. L’indépendance financière leur est interdite : pas de salaire propre, pas d’accès aux études, pas de compte en banque… Toute indépendance leur est interdite, même celle de se déplacer. C’est donc pour limiter leur mobilité et leur accès au travail que le port du pantalon leur était interdit.

Aujourd’hui encore, le port du pantalon par les femmes est puni de 50 coups de fouet au Soudan

La loi se plie au pantalon des Parisiennes

Le 4 février 2013 sur Le Figaro

Les Parisiennes sont enfin autorisées par la loi à porter des pantalons. Jusqu’au 31 janvier, les femmes étaient hors la loi si elles portaient un pantalon. Depuis jeudi, la loi a officiellement été abrogée. Vous pouvez arrêter d’avoir peur Mesdames, vous n’êtes plus hors la loi. En effet, l’ordonnance prononcée le 7 novembre 1799 a été abolie jeudi dernier par le ministère des droits des femmes. L’ordonnance du 7 novembre 1800 a enfin été reconnue comme « incompatible avec les principes d’égalité entre femmes et hommes » dans notre Constitution peut on lire sur le site du Sénat. « De cette incompatibilité découle l’abrogation implicite de l’ordonnance du 7 novembre qui est donc dépourvue de tout effet juridique et ne constitue qu’une pièce d’archives, conservée comme telle par la Préfecture de police de Paris » peut-on lire sur le Journal officiel du Sénat.

Une interdiction partiellement levée en 1892 et 1909

Toutefois, cette interdiction a été partiellement levée par deux circulaires en 1892 et 1909 autorisant le port féminin du pantalon « si la femme tient par la main un guidon de bicyclette ou les rênes d’un cheval ». Mais, bien que plus du tout d’actualité, la loi était restée en vigueur. Aussi saugrenu que cela puisse paraître, cette ordonnance datant de la Révolution était toujours en vigueur dans la capitale. Le ministère des Droits des femmes vient de confirmer, ce lundi, l’abrogation du texte qui faisait « encourir » l’emprisonnement aux resquilleuses en culottes longues. L’arrêté du préfet de police Dubois n° 22 du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800) stipulait que « toute femme désirant s’habiller en homme doit se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l’autorisation ».

L’archéologie juridique patriarcale

En 2010, une première demande avait été faite par des députés Verts. La Préfecture de police avait répondu que cela faisait partie de “l’archéologie juridique“. En d’autres termes, ils avaient d’autres chats à fouetter. Alain Houpert, sénateur UMP de la Côte-d’Or, avait écrit en juillet 2012 au ministère des Droits des femmes pour mettre fin à cette ordonnance qui visait à l’origine, explique-t-il, « à limiter l’accès des femmes à certaines fonctions ou métiers en les empêchant de se parer à l’image des hommes ». Si ce texte était bel et bien obsolète, l’objectif qu’il poursuivait est bien ancré et toujours d’actualité, si l’on regarde les bancs de l’Assemblée ou la constitution de la plupart des conseils d’administration…

Femmes, si vous portez un pantalon, vous êtes hors-la-loi

Publié le 4 avril 2010 sur Rue 89

Le 31 janvier 2012, le ministère des Droits des femmes a abrogé la loi interdisant aux Parisiennes depuis 1800 de porter des pantalons.

Des Parisiennes Place de la Concorde en 1933Jupe ou pantalon ? C’est la question matinale et ordinaire que se posent certaines. Pourtant le 29 avril, plusieurs députés radicaux de gauche ont déposé une proposition de loi à l’Assemblée nationale pour abroger l’interdiction, toujours en vigueur, du port du pantalon par les femmes.

Le texte d’interdiction est une ordonnance de police du 26 brumaire an VIII (17 novembre 1799), signée par le préfet de police de Paris qui se déclare « informé que beaucoup de femmes se travestissent, et persuadé qu’aucune d’elles ne quitte les habits de son sexe que pour cause de santé ».

 » Toute femme qui, après la publication de la présente ordonnance, s’habillerait en homme, sans avoir rempli les formalités prescrites, donnerait lieu de croire qu’elle aurait l’intention coupable d’abuser de son travestissement « .

Oui, à cette époque, il faut justifier de raisons médicales et demander une autorisation à la police pour pouvoir enfiler un futal.

Pour Mathilde Dubesset, historienne des femmes, le caractère masculin du pantalon est alors profondément ancré :

« Des Gaulois aux culottes des nobles, en passant par le pantalon des aristocrates, le pantalon est le vêtement masculin.Au XIX e, avec le mouvement hygiéniste, on créé des bermudas et des culottes pour dames. Auparavant, les femmes ne portaient rien en dessous de leurs robes. »

Quelques pionnières se lancent et les exhibent, seules. Même l’écrivaine George Sand, résolument avant-gardiste, doit se soumettre à la demande d’autorisation, raconte Mathilde Dubesset :

« C’était une femme de grand culot. Mais elle ne voulait pas seulement un pantalon parce qu’il est plus pratique. Elle se faisait carrément passer pour un homme. »

Christine Bard, autre spécialiste de l’histoire des femmes, précise :

« Le pantalon a d’abord été porté par des femmes qui bravaient l’ordonnance ou l’ignoraient : femmes ouvrières, paysannes, mais aussi aventurières, voyageuses, écrivaines, artistes, combattantes, révolutionnaires… »

Au XXe siècle, on desserre la ceinture

En 1892 et 1909, si l’on en croit l’AFP, deux circulaires préfectorales auraient autorisé les femmes à se couvrir les jambes sous certaines conditions : « Si la femme tient par la main un guidon de bicyclette ou les rênes d’un cheval ».

Mais Christine Bard a enquêté sur le pantalon pendant plusieurs mois pour un essai à paraître en août :

« Je n’ai trouvé aucune trace de ces circulaires. Il y avait surtout une interdiction morale. Elle révélait des rapports de force entres les hommes et les femmes dans notre société. »

Quelques années plus tard, Madeleine Pelletier, première femme médecin psychiatre, revêt un costume masculin, raconte Mathilde Dubesset :

« C’était la première féministe radicale : elle rejetait toute forme de féminité. Elle passait même pour folle et moche. »

LIBRES DE NOS MOUVEMENTS

Dans les années 1970, le pantalon se popularise. Le blue jeans débarque des Etats-Unis. A l’époque, Mathilde Dubesset était au lycée : « Nous étions heureuses, nous nous sentions libres de nos mouvements ! »

Mais à l’Assemblée nationale, les députées ne sont autorisées à venir en pantalon qu’en 1980, date à laquelle Chantal Leblanc a imposé son tailleur-pantalon dans l’hémicycle.

Côté entreprise, le code du travail (article L. 120-2) permet à l’employeur d’imposer la jupe s’il en justifie clairement les raisons. Vendeuses, hôtesses de l’air… de nombreuses femmes se conforment encore à ces règles d’un autre temps pour l’image de marque de leurs employeurs.

Toutes dans l’illégalité ?

Techniquement donc, plus de la moitié des femmes que vous avez croisées dans la rue ce matin sont dans l’illégalité. Bien sûr, les sanctions ne sont plus appliquées, note Christine Bard :

« Il est admis par tous que l’ordonnance est tombée en désuétude et qu’il n’est d’ailleurs plus possible de définir comme au début du XIXe siècle ce que signifie “s’habiller en homme” !

Aujourd’hui, une femme en pantalon, en blouson, avec des chaussures plates, sans maquillage ne sera pas perçue comme “travestie”… »

Une portée purement symbolique

Qu’attend-on alors pour abroger cette ordonnance illégale ? En 1968, le préfet de police avait refusé de le faire. Plus récemment en 2004, le député UMP Jean-Yves Hugon avait reformulé cette demande auprès de la ministre déléguée à la Parité, Nicole Ameline. Cette dernière lui avait répondu que c’était inutile, « la portée serait purement symbolique » :

« Pour adapter le droit à l’évolution des mœurs, la désuétude est parfois plus efficace que l’intérêt. »

Mathilde Dubesset n’est pas de cet avis : « C’est complètement débile d’avoir encore des lois comme ça en France ! Ce sont des reliques du passé. »

Histoire politique du pantalon de Christine Bard -éd. Seuil – sortie en août 2010 – Paris.

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