Les hommes se stérilisent pour l’idéologie du couple (patriarcat libéral)

Le mariage d’amour est une utopie moderne vouée à l’échec (75% de divorces à Paris). Le couple a été inventé dans l’unique but de garantir la reconnaissance de paternité, la filiation paternelle, et le droit des pères, et ce, au détriment du droit des femmes, des mères, et de la liberté sexuelle hors mariage. L’esclavage des femmes étant récemment aboli (dissolution progressive du Code Napoléon de 1804), c’est désormais toujours au nom de l’idéologie du couple que les hommes risquent d’être réduit au même esclavage.

Ces hommes stériles par choix

20 avril 2011 à 00:00 (Mis à jour: 21 avril 2011 à 15:42) sur Libération.fr

Dessin Anne-Lise Boutin

Tabou. Pour assumer leur part dans la contraception, quelques hommes, en France, choisissent la vasectomie. Une pratique radicale encore perçue comme une castration.

Par LISA VIGNOLI

Un soutien au mouvement féministe

Certains parlent d’un «frémissement». D’autres constatent que des choses bougent vraiment. C’est le cas de l’urologue Franck Bruyère qui voit, chaque semaine, des hommes «consulter pour une vasectomie». Derrière ce mot se cache la stérilisation masculine. Cette méthode de contraception est aujourd’hui très répandue dans les pays anglo-saxons, utilisée par 16% des couples américains (500 000 vasectomies y sont pratiquées chaque année). Outre-Atlantique, ça n’a rien de nouveau. Il y a vingt-cinq ans déjà, dans les rues de New York, des hommes affichaient leur soutien au mouvement féministe en ayant recours à la vasectomie, épinglant avec fierté un badge sur un blouson : «Je l’ai fait, je suis vasectomisé.»

Pour atteindre l’égalité dans le couple

Culture latine. Pour les Français qui ont osé franchir le pas, c’est un geste de plus pour atteindre l’égalité dans le couple. Une sorte d’acte féministe inversé. Marc a passé le cap à 38 ans. «Ma femme prenait des contraceptifs divers et variés depuis vingt ans.» Trois enfants plus tard, il s’est dit que c’était à son tour de participer, qu’après tout, la contraception était «une question de couple, pas une question de femmes». A tel point que, «faire une vasectomie était devenu naturel», confie, convaincu, cet échalas sans chercher à ce qu’on salue sa démarche. Il faut dire que son choix n’a pas suscité que des applaudissements. «Mes amis, même les plus progressistes, même les plus ouverts, même super de gauche, m’ont regardé comme si j’étais devenu fou.» Pour ceux-là, partager les tâches du quotidien, c’est une chose ; la contraception à vie, faut pas pousser.

Un engagement à la fidélité

Les mentalités évoluent au ralenti sur des sujets qui touchent à ce point à l’intime. «Il faut dire qu’avant 2001, la vasectomie n’était pas autorisée en France. Personne ne savait ce que voulait dire», explique Serge Allouche, chirurgien-urologue. Dix ans, c’est court pour se libérer d’une culture latine. On ne peut s’empêcher d’assimiler l’opération à une castration. Et puis, l’implication est bien plus que physiologique. Il y a de la fidélité en bloc, un engagement ultime :

«A 40 ans sonnés, j’ai fait un constat : j’avais tout, les enfants que je voulais avec la personne que j’aimais,raconte François. Cette vasectomie, c’était une façon de dire : « Nos projets, on les a faits ensemble, je n’en aurais plus d’autres avec qui que ce soit ».»

Des projets nouveaux, comme par exemple une seconde noce avec une femme plus jeune qui rêverait d’un enfant ?

«Justement, je voulais faire un pied de nez à ces hommes qui courent après la jeunesse à tout prix. Ça devient un schéma banal, et ça n’honore pas la femme du tout.»

8000 pilules avalées en une vie

Pour Bruno aussi, c’était une «question de loyauté» vis-à-vis de sa compagne, la volonté de mettre fin au «fardeau de la contraception» qu’elle portait depuis vingt-cinq ans : soit, grosso modo, 8 000 pilules avalées dans une vie avec ce que ça comporte de contraintes, d’effets secondaires et de prise de poids. «C’est un moment de parité qu’on doit saisir», soutient Bruno.

Le dernier privilège de l’homme

«Sortir l’homme d’un fantasme de reproduction permanent fait grandir», ajoute l’orthogéniste Bruno Joly. Certes, pouvoir avoir des enfants «bien plus tard que les femmes et être fertile jusqu’à la mort» reste pour beaucoup «le dernier privilège de l’homme». Mais choisir d’y renoncer, peut être un soulagement. A 55 ans, Gérald s’est remarié avec une femme de vingt ans sa cadette. «Je n’avais pas envie d’avoir un enfant si tard, d’aller le chercher à l’école et qu’on lui dise : »Tiens, ton grand-père est là ».»

Préserver son sperme dans une banque

De fait, la vasectomie n’est pas un choix qu’on fait à 20 ans, au risque de le regretter un jour. En face d’hommes murs, déjà pères, qui l’envisagent sérieusement, les chirurgiens-urologues invitent d’ailleurs systématiquement à déposer au préalable son sperme dans une banque (Cecos). Au cas où. Car, même s’il s’agit d’une méthode réversible, «les chances de retour de la fertilité de l’homme restent faibles», précise l’urologue Franck Bruyère. «Il y a 5% à 10% de chance de grossesse après une vaso-vasostomie [l’opération inversée de la vasectomie, ndlr], ce qui en fait une opération définitive.»

Peste et choléra

Pour le sexologue Ronald Virag (1), l’absence de juste milieu entre mettre un préservatif et faire une vasectomie est «déplorable» et explique que les hommes ne se saisissent pas de la question de la contraception : «Ils ne sont pas tous de vieux machos égoïstes, mais ils ont le choix entre la peste et le choléra.» Le premier est jugé totalement inconfortable dans un couple installé et l’autre fait peur.

Une deuxième jeunesse

Palette de solutions. Peur de l’impuissance, d’abord. «Complètement infondée», selon le gynécologue Sylvain Mimoun (2) : «S’il y a impuissance dans un couple suite à cette opération, ça ne se passe que dans la tête.» D’autant que, souvent, la vasectomie arrive à point nommé : «Le fait que ma femme puisse tomber enceinte alors qu’on ne voulait plus d’enfant m’angoissait, me bloquait. Depuis, nous avons retrouvé une deuxième jeunesse», se réjouit Bertrand. Le vrai problème, finalement, c’est le manque d’information sur ce qu’est techniquement une vasectomie. «Ils sont nombreux à serrer les jambes et à blêmir le jour de la première consultation, raconte l’orthogéniste Bruno Joly. Mais dès qu’on leur explique que ça se fait en vingt minutes et qu’il n’y a aucun effet secondaire – ce qui n’est pas le cas de la pilule de leur femme – ça va tout de suite mieux.»

Quelle alternative ?

A ce manque de clarté sur l’opération s’ajoute le silence des gynécologues dans ce domaine. Des praticiens s’en agacent : «Le jour où les gynécologues diront à leurs patientes : »Vous fumez, vous prenez la pilule, je convoque votre mari pour l’informer d’une vasectomie », alors oui, ça deviendra un phénomène plus important.» Les plus pessimistes prétendent que les femmes n’abandonneront jamais leur domaine réservé. Comme si les résistances venaient d’elles. Mais, pourquoi pas présenter aux hommes toute une palette de solutions de contraception ? Et les laisser faire leur choix sans que l’on ait besoin, comme ce fut le cas en Inde, d’offrir un poste de radio pour chaque vasectomie.

(1) Dernier ouvrage paru : «le Sexe de l’homme», Albin Michel, 2011.

(2) Gynécologue et andrologue. Dernier ouvrage paru : «Sexe et Sentiments après 40 ans», Albin Michel, 2011.

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