Afghanistan : il exécute sa fille en public pour «sauver l’honneur» de sa famille

Comme dans la Rome antique, le père afghan a droit de vie ou de mort sur ses enfants. L’honneur de la femme est dans le mariage, seul garant de la reconnaissance de paternité, pilier du patriarcat. Tout écart au mariage est un déshonneur mortel pour la famille, que seul le sang peut le laver. La femme est sous tutelle du père, puis du mari. Le fuir, c’est remettre en cause son droit de père, remettre en cause la paternité de ses enfants, c’est donc un adultère de fait.

Publié le 03.05.2013, 12h13 | Mise à jour : 13h25 sur Le Parisien

ILLUSTRATION. Fin avril, c'est devant 300 villageois qu'un Afghan a exécuté de trois balles de kalachnikov sa propre fille, coupable d'avoir voulu s'enfuir avec un cousin et ainsi «bafoué l'honneur» de sa famille.

ILLUSTRATION. Fin avril, c’est devant 300 villageois qu’un Afghan a exécuté de trois balles de kalachnikov sa propre fille, coupable d’avoir voulu s’enfuir avec un cousin et ainsi «bafoué l’honneur» de sa famille. | AFP / SHAH MARAI

La patria potesta du pater familias

Halima est agenouillée, devant plus de 300 personnes au coeur du village isolé de Kookchaheel, au nord-ouest de l’Afghanistan. Agée d’une vingtaine d’années, elle porte un long tchador et attend son heure. Une prière funèbre est prononcée puis son père, placé cinq mètres derrière elle, tire trois balles avec une kalachnikov.

La fratrie brisée dans le sang

Elle s’effondre. Son frère vient pleurer sa mort brutale, devant la foule impassible. Pour le tireur, sa fille avait déshonoré la famille en abandonnant son mari, tentant de fuir avec son cousin. L’histoire commençait à faire du bruit au village, il fallait rétablir l’ordre.

La scène filmée, personne arrêté

Selon l’organisation Amnesty International, cette exécution d’un autre temps a eu lieu le 22 avril dernier, plus de onze ans après la chute du régime intégriste des talibans, tristement célèbre pour ses exécutions publiques de femmes. Cette nouvelle affaire de «crime d’honneur» en Afghanistan suscite d’autant plus l’indignation que personne n’a jusqu’ici été arrêté. Pourtant, tout a été filmé.

Condamnée à mort par la religion

Quelques jours auparavant, Halima s’était enfuie avec un cousin tandis que son mari et père de ses deux enfants se trouvait en Iran. Le cousin a abandonné deux jours plus tard la jeune femme, qui a fini par être retrouvée par son père et ramenée à la maison. «Mais les gens ont commencé à parler au village de ce qui était arrivé et un neveu du père, un religieux enseignant le Coran dans une école, lui a dit que sa fille devait subir la peine capitale», raconte le chef de la police provinciale, Sharafuddin Sharaf.

Coupable d’adultère avec son cousin

«Le conseil religieux a d’abord opté pour la lapidation, mais comme le cousin est en fuite, il a été décidé de l’exécuter par balles», poursuit une militante des droits de l’Homme sur place. Dans certaines communautés musulmanes très conservatrices, les coupables d’adultère sont parfois exécutés ensemble par lapidation. Mais y avait-il eu adultère entre Halima et son cousin ? Personne ne l’a fermement confirmé. Selon la militante, le mari d’Halima s’était opposé à l’exécution et avait même tenté de rentrer au village avant qu’elle ne se produise. Mais le père était déterminé.

«Nous essayons de les arrêter mais c’est une zone instable jouxtant la province d’Hérat où les talibans sont actifs», a déclaré le chef de la police provinciale qui assure être arrivé deux jours après l’exécution et que le père s’était déjà enfui. «Les violences contre les femmes continuent d’être endémiques en Afghanistan et ceux qui en sont responsables sont rarement traduits en justice», déplore Amnesty International.

Les femmes inquiètes en Afghanistan

Sous le régime des talibans (1996-2001), les Afghanes ne pouvaient pas travailler à l’extérieur ni étudier, sans compter les abus et violences qu’elles subissaient sans espoir d’obtenir justice. Elles craignent désormais que le départ de l’essentiel des forces internationales à la fin 2014 ne remette en cause leurs quelques avancées en matière de droits et d’éducation et que les religieux ultra conservateurs n’accentuent leur emprise sur la société afghane après cette échéance. Kaboul a adopté en 2009 une loi criminalisant les mariages forcés, le viol, et les autres violences faites aux femmes, mais elle est rarement appliquée, déplorent Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits de l’Homme. Et d’autres crimes d’honneur ont continué depuis à défrayer la chronique. En juillet 2012, une femme accusée d’adultère avait été exécutée par balles par les talibans dans la province de Parwan, limitrophe de celle de Kaboul. Deux ans auparavant, un couple avait été lapidé par des centaines de villageois près de Kunduz (nord) dans une zone contrôlée par les talibans.

LeParisien.fr

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