La Jonquera : les hommes vont au bordel pour ne pas souiller la mère de leurs enfants

La prostitution a toujours été le corollaire du mariage. Les 2 sont des contrats économico-sexuels, l’un en intérim, et l’autre en CDI, le CDD étant le concubinage… « Cela sent mauvais, mais sans elle(s), c’est partout dans la maison que cela sentirait mauvais. » – Thomas d’Aquin au XIIIe siècle. La prostitution a toujours été de fait un mal nécessaire pour préserver l’institution du mariage, en canalisant la fornication, l’adultère et le viol, source d’enfants illégitimes.

Bordels de la Jonquera : la réalité des ‘faux fantasmes’

Le 04 juin à 6h00 par Laure Moysset sur L’indépendant

La Jonquera est un lieu de passage et de consommation avant tout.

La Jonquera est un lieu de passage et de consommation avant tout. PHOTO/© D.R

Une étude sociologique révèle l’impact de la prostitution à la frontière sur les habitants des Pyrénées-Orientales, notamment sur la sexualité des jeunes. Secrètement, derrière les palmiers à paillettes clignotants et autres enseignes rose bonbon, les bordels de la Jonquera nourrissent toutes les idées reçues, préjugés et fantasmes. Beaucoup imaginent ces ‘filles’ à la plastique avantageuse, comme débarquées par enchantement d’une bonne série américaine, heureuses d’assouvir les désirs les plus inavouables dans un paradis de liberté extrême et de plaisir sans limite… Mais quel est l’impact de cette prostitution de chaque côté de la frontière, sur la population, et notamment sur les jeunes, leur vie et leur sexualité ? Une étude, commandée par le conseil général des P.-O. et le conseil régional révèle en 287 pages la réalité du phénomène mais aussi les idées aussi fausses que surprenantes des habitants sur un monde où ‘tout serait possible’. « A la frontera tot s’hi val » disent les Catalans.

« Tous les Français sont des clients potentiels »

La première partie de l’ouvrage aborde d’ailleurs le ressenti côté espagnol à travers une trentaine d’entretiens (particuliers, travailleurs sociaux, forces de l’ordre, soignants…).

« D’abord, la Jonquera vivait du phénomène douanier. Quand il a disparu, le village a dû réorienter son activité. Ensuite, c’est un lieu de passage et de consommation et la prostitution en fait partie. Le premier constat est que tous les Français qui vont à la Jonquera sont considérés comme des clients potentiels des bordels » résume Ségolène Neuville, députée et membre de la délégation sur l’égalité hommes-femmes.

Je ne sais pas ce qu’ils racontent à leur femme

Un témoin raconte : « C’est du tourisme sexuel. Je le sais, on a une très bonne clientèle française qui vient passer ici la fin de semaine. Je ne sais pas ce qu’ils racontent à leur femme. Ils dorment à la pension, viennent dîner ici et ils te demandent : quel est le bordel le mieux, dans lequel il y a le plus de filles, où elles sont plus jolies ? » L’étude met aussi en exergue les nombreux trafics, à commencer par la drogue, qui se grefferaient au phénomène et le sentiment d’insécurité, comme les inquiétudes, répercutés sur le quotidien.

« Les habitants et les élus sont gênés par cette image mais il y a une différence entre la prostitution de rue, qu’ils considèrent comme plus sale, et les maisons closes. Il y a aussi des conséquences pour les femmes qui vivent à la Jonquera qui sont confondues avec des prostituées. Elles sont accostées régulièrement, elles font attention à comment elles s’habillent, se maquillent et où elles se promènent ».

« Fallait que je montre que je suis un mec »

Coté français, l’étude a concerné une quarantaine de personnes des P.-O. de 17 à 35 ans quant à leur perception de la Jonquera. A noter que le sujet de prostitution est abordé d’emblée par les interlocuteurs à l’évocation même de la frontière.

« Ce qui ressort c’est que pour eux, c’est un lieu à part, ce n’est ni la France, ni l’Espagne, c’est nulle part. Une sorte de Duty free où tout est permis, reprend Ségolène Neuville. (« C’est comme ça en Espagne, on vit le soir, la nuit, on est plus libre » sic). Pour les hommes, la prostitution fait partie intégrante de la virilité. Quand ils y vont en groupe si l’un se désiste, il est tout de suite soupçonné, raillé ».

Des femmes aux pouvoirs sexuels incroyables

De fait, de génération en génération, tous connaissent le nom des clubs, les usages, les tarifs et même s’ils n’y sont jamais allés. Les filles aussi parlent de ces rites, avec un sentiment partagé.

« C’est une espèce de repoussoir, il ne faut pas ressembler à ça mais elles aussi ont peur de la comparaison par rapport à ces femmes qui ont des pouvoirs sexuels soi-disant incroyables ».

L’épouse pour les enfants, les prostituées pour la sodomie

Une jeune femme se confie ainsi au planning familial :

« Il m’a dit, j’ose pas, il a dit que lui il veut, il a besoin de sodomie, tu vois, il veut, mais moi je sais pas. Et puis, il dit aussi que moi je suis trop bien pour ça, il peut pas faire ça avec moi. Après je serais plus bien ; Il dit toi, tu me feras mes enfants, alors t’es trop bien pour ça. Il a dit il va aller aux putes, elles, elles sont sales pour ça ».

« Tout cela a un impact sur les jeunes, sur leur vision de la sexualité et sur leurs relations. Il parle du stigmate de la putain sans la réalité qui se cache derrière ».

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