Mariage gay, PMA & GPA : mariage & paternité étaient déjà en voie d’extinction

« Le mariage d’amour est une utopie moderne qui n’a que quelques décennies. Le mariage d’amour est la cause de la disparition du mariage (75% de divorces à Paris — ndlr)… Le mariage est un petit business, on ne se marie qu’entre soi, entre personnes de même catégorie sociale » – Éric Zemmour.

Après le mariage homo, passons aux choses sérieuses: adoption, PMA, GPA

Rédigé par Elie Arié le Vendredi 14 Juin 2013 sur Marianne.net

Élie Arié

Il ne faut pas mélanger  les problèmes posés par l’adoption pour les couples homosexuels de ceux, très différents, posés par leur utilisation de la Procréation Médicalement Assistée (PMA), et qui sont eux-mêmes différents selon la technique utilisée.

L’adoption étant déjà autorisée pour les célibataires, son autorisation pour les couples homosexuels mariés ne fera qu’accorder les mêmes droits au deuxième membre du couple, celui qui n’est pas l’adopteur, et qui s’est souvent investi affectivement autant que le premier pour cet enfant. La réciproque étant aussi vraie pour l’enfant. Si on tient à éviter une telle situation (bien qu’elle soit pourtant bénéfique pour l’enfant), il faudrait se lancer dans l’absurde : exiger d’un adoptant célibataire qu’il ne contracte jamais un mariage avec un conjoint du même sexe, et annuler l’adoption et lui retirer l’enfant s’il venait à le faire.

La situation est très différente pour la PMA qui, elle, est interdite aux célibataires. On peut d’ailleurs trouver contradictoire de leur autoriser l’adoption et pas la PMA, puisque, dans les deux cas, cela revient à créer une famille monoparentale, mais pas nécessairement destinée à le rester.

Rappelons à ceux qui feignent de l’oublier que l’immense majorité des enfants élevés dans des familles monoparentales ne sont pas ceux issus d’une adoption ou d’une PMA (réalisée à l’étranger) par un(e) célibataire, mais ceux élevés par un parent unique veuf, divorcé ou séparé, et n’ayant jamais souhaité ou pu recommencer une nouvelle vie de couple (marié ou pas, homo ou hétérosexuel).

Vouloir supprimer les familles monoparentales relève du mythe, et, dès lors, l’interdiction de l’adoption ou de la PMA aux célibataires n’a aucun sens.

  • La PMA pose de tout autres problèmes, car, en France, elle est un geste thérapeutique pour le traitement de la stérilité, prescrit par un médecin et remboursé par la Sécurité sociale. Qu’en sera-t-il lorsqu’elle deviendra non pas un droit médical, mais un droit social pour convenance personnelle (refus – d’ailleurs très légitime et logique – d’une homosexuelle non stérile d’avoir des relations sexuelles avec un homme; envie d’une femme ménopausée d’avoir un enfant, ce qui ne répond plus à la définition de la «stérilité-maladie»), et obligatoirement ouvert à tous, homosexuels ou hétérosexuels, au nom de l’égalité devant la loi ? Sans doute faudra-t-il alors distinguer :
  •  la PMA pour stérilité médicale, remboursée par la Sécurité sociale,
  • la PMA pour convenance personnelle, chez les femmes non stériles ou chez les femmes ménopausées, non remboursée par la Sécurité sociale, et réservée, comme l’adoption, à ceux qui en ont les moyens financiers.

Encore faut-il savoir que ce schéma théorique se heurtera à la réalité pratique, comme l’explique le Professeur René Frydman, qui a réalisé le premier « bébé-éprouvette »  français en 1982 :

(Je condense) « En France, faute de normes d’efficacité internationale, de moyens, en raison des retards de volonté de conception de l’enfant chez les femmes, la PMA est un loto : comment pourrions-nous répondre à des PMA sociétales alors qu’on offre des solutions imparfaites aux PMA médicales ? »

Il faudra aussi opérer des distinctions dans les différentes méthodes de PMA : la gestation pour autrui (GPA, ou «mères porteuses») pourrait très bien rester interdite, au nom du principe français de la non-marchandisation du corps humain pour motifs médicaux (marchandisation qui reste autorisée pour des motifs non médicaux, comme la prostitution, par exemple, ou encore différentes professions salariées). Certains lui opposeront le principe de «l’égalité du droit à l’enfant» (principe très contestable, l’inégalité étant d’origine biologique), et il faudra choisir entre ces deux principes contradictoires.

Enfin – et surtout – il faudrait cesser de poser différemment ces problèmes selon qu’ils se posent aux couples mariés ou non mariés (qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels) dans un pays où la majorité des couples, aujourd’hui, ne sont pas mariés, et où la majorité des enfants ne naissent plus depuis longtemps dans des couples mariés:  la loi doit régulièrement  s’adapter à la réalité lorsqu’elle a pris trop de retard sur elle.

Publicités