Poutine, le premier président russe divorcé : l’échec de sa politique familiale religieuse ?

En russe, la définition du verbe se marier pour l’homme et la femme :

  • L’homme (muj) « jenitsa » = prend femme.
  • La femme (jena) « zamujat » = se place derrière un homme.

La femme a désormais les mêmes droits que les hommes, le mariage peut-il tenir ?

Divorce de Poutine : une manœuvre politique ?

Par Les Echos | 07/06

La cote de popularité du président russe n’a jamais été aussi basse depuis douze ans. Les rumeurs sur son couple étaient récurrentes.

En 2001, Vladimir Poutine et sa femme Lyudmila assiste à une célébration orthodoxe à Moscou - AFP

En 2001, Vladimir Poutine et sa femme Lyudmila assiste à une célébration orthodoxe à Moscou – AFP

Au lendemain de l’annonce de la fin du mariage de Vladimir Poutine avec sa femme Lyudmila, les Russes s’interrogent : cette annonce, savamment mise en scène, est-elle avant tout une manœuvre politique de la part du président russe et un moyen de redorer son image un peu plus d’un an après le début de son troisième mandat à la tête du pays ?

« Il devenait nécessaire de clarifier la situation, il y avait trop de rumeurs sur sa vie privée », analyse Alexei Malashenko du Carnegie Moscow Center, pour l’agence Reuters.

Il aurait enfermé sa femme au couvent

L’une d’entre elles, récurrente, affirmait que Vladimir Poutine aurait envoyé sa femme dans un couvent. En treize ans de pouvoir, Vladimir Poutine a œuvré pour rassembler derrière lui ses alliés et à pousser hors de son chemin ses ennemis, font remarquer les experts politiques. En ce sens, sa femme, très souvent absente ces derniers temps, est désormais officiellement hors du tableau présidentiel, un peu comme un apparatchik soviétique totalement écarté des photographies officielles après être tombé en disgrâce.

Les couvents de la Madeleine : camps de concentration pour mères célibataires et femmes libérées

Chantre infidèle des valeurs familiales

Vladimir Poutine se fait régulièrement le chantre des valeurs familiales et il a élevé l’Eglise orthodoxe au rang de guide moral de la société russe qui, selon lui, était en pleine dérive au moment de l’effondrement soviétique. Seulement son discours avait de plus en plus mal à passer alors que circulaient des rumeurs selon lesquelles il aurait abandonné sa femme Lyudmila, âgée de 55 ans, pour une gymnaste de haut niveau, Alina Kabayeva, 30 ans, avec laquelle il aurait un enfant.

Selon le blogueur Leonid Volkov, Poutine voulait effacer l’image du mari infidèle. « J’ai entendu des chauffeurs de taxi dire plusieurs fois du président russe : ‘s’il triche sur sa femme, cela signifie qu’il trompe le pays’ », écrit-il sur Twitter.

Contre toute attente, certains des ennemis de Vladimir Poutine l’ont approuvé. Membre de l’opposition politique, Boris Nemtsov y voit ainsi une rare démonstration d’honnêteté. « La vie politique en Russie est devenue un petit peu plus humaine », renchérit le magnat des médias et opposant du président russe, Alexandre Lebedev, sur Twitter.

Un homme normal qui a les mêmes problèmes familiaux que tout un chacun

Le divorce est répandu en Russie, où beaucoup de couples se sont mariés très jeunes et où la fin du communisme a profondément modifié les liens sociaux. « Je pense que le public comprendra la décision et Poutine deviendra plus populaire car il prendra une dimension plus humaine et sera perçu comme un homme normal qui a les mêmes problèmes familiaux que tout un chacun », a souligné Alexei Malashenko.

Pour d’autres, cette annonce est venue trop tard. « Je pense qu’il aurait dû s’exprimer il y a longtemps, parce que tout le monde savait déjà plus ou moins pour la pauvre Lyuda », a ainsi confié un Moscovite à l’agence Reuters, en jugeant « insensé de continuer ce cirque ».

Baisse de popularité chez les femmes mariées

Aucun dirigeant soviétique ou président russe n’a jamais divorcé, ce qui aux yeux de ses alliés, témoigne du courage de Vladimir Poutine. Mais ce dernier doit composer avec une forte baisse de popularité. A 62%, sa cote est au plus bas de douze ans, selon le cabinet indépendant Levada Center. « L’un des segments les plus fidèles de l’électorat, les femmes mariées, peut désormais vaciller », explique Boris Mezhuyev, journaliste au journal pro-Kremlin, Izvestia, pour qui « Poutine a franchi une étape risquée et courageuse ».

Encore un mariage ? Cette fois-ci avec une jeunette de 30 ans de moins…

Mais les Russes restent sur leur faim. Car Vladimir Poutine a laissé sans réponse la question qui les titille tous: y a-t-il une autre femme dans la vie du chef de l’Etat et si tel est le cas, va-t-il se remarier ? Depuis des années, Alina Kabayeva est au cœur de la rumeur. Médaillée d’or aux Jeux olympiques de 2004 en gymnastique rythmique, elle est aujourd’hui députée pour le parti Russie unie, soutenu par le Kremlin. Fin mai, elle a fait l’objet d’un documentaire flatteur sur la télévision d’état. En 2008, en Sardaigne, lors d’une conférence de presse avec Silvio Berlusconi, Vladimir Poutine a néanmoins démenti cette rumeur et conseillé aux journalistes de garder leurs « nez morveux et leurs fantasmes érotiques » pour eux.

Publicités