Elle commet l’adultère, tire sur son mari et l’accuse

« La violence qu’on se fait pour demeurer fidèle à ce qu’on aime ne vaut guère mieux qu’une infidélité.  » de François de La Rochefoucauld

Le culte de la fidélité a été institué dans le seul but de garantir la reconnaissance de paternité et le droit des pères, piliers du patriarcat.

Le 11/07/2013 sur L’est républicain

Faits divers – Elle tire sur son mari et l’accuse

Archives ER.
 Les hommes et les femmes sont-ils égaux devant les poursuites judiciaires ? La question peut paraître saugrenue sinon provocatrice. Et pourtant. Jugez plutôt…

Il est un peu plus de minuit, dans la nuit de lundi à mardi. Une dame compose le 17 et déclare au gendarme qui prend la communication que son mari menace de la tuer. Elle ajoute qu’il est armé d’un fusil. Elle confie être retranchée dans sa chambre. L’affaire est prise très au sérieux et d’importants moyens sont immédiatement déclenchés.

Les gendarmes de différentes brigades du secteur filent vers ce lieu-dit d’une petite bourgade du canton de Pont-de-Roide. Un négociateur est même requis, au cas il conviendrait de raisonner un éventuel forcené.

Rebondissement en garde à vue

À l’arrivée des forces de l’ordre sur les lieux, de la lumière filtre par une fenêtre mais le calme semble régner. Inquiétant. Après quelques minutes, la plaignante et sa fille de 5 ans sortent de la maison. La dame confirme ses déclarations initiales et les complète en affirmant que son mari lui a tiré dessus sans l’atteindre.

L’homme, âgé de 61 ans, tout surpris de voir débouler la maréchaussée, se laisse interpeller sans difficultés. C’est alors que durant sa garde à vue, un rebondissement s’opère. Face aux accusations de son épouse de 32 ans, tranquillement, il rectifie. « C’est elle qui m’a tiré dessus avec un revolver », dit-il.

Les gendarmes vont vérifier cette version. D’autant plus que la fouille de l’habitation n’avait pas permis de retrouver le fameux fusil décrit par l’épouse mais simplement des carabines. La trentenaire s’était alors empêtrée dans de fumeuses explications qui laissaient entrevoir quelques mensonges.

De telle sorte que l’épouse finit, à son tour, par se retrouver en garde à vue. Devant les évidences et surtout devant la découverte de ce surprenant revolver identique à celui que les dames du début du XXe siècle cachaient dans leur sac à main, elle reconnaît avoir menti. Et tiré ! En somme, une version moderne de l’arroseur arrosé.

Coup de canif dans le contrat

L’arme, avec son barillet contenant cinq munitions (de calibre 5.5, équivalent à un 22 LR) est potentiellement létale. Qui plus est, lorsque le tir s’effectue à courte distance comme ce fut le cas ce lundi soir. Le mari était simplement parvenu à la désarmer après avoir évité le tir. Sa femme s’était alors enfuie et avait appelé les gendarmes craignant des représailles. L’origine de la dispute porterait sur un possible coup de canif dans le contrat de mariage. Une infidélité dont la dame se serait rendue coupable à l’occasion d’un récent voyage au Maghreb.

Ensemble depuis plusieurs années, le couple semble battre de l’aile depuis des mois. Bien que les accusations concernant le mari se soient dégonflées, le parquet a décidé de le maintenir en garde à vue. Hier en début d’après-midi, les époux, encadrés par des escortes, rejoignaient le deuxième étage du tribunal et le bureau du procureur.

Si le cas du mari semblait vite soldé (il devra répondre de détention d’armes de 4e catégorie sans autorisation), restait à statuer sur celui de l’épouse. La situation semblait d’autant plus délicate que les violences ont eu lieu en présence de la fillette de 5 ans, laquelle a été placée dans un foyer du côté de Mulhouse.

Alors, ouverture d’information pour tentative de meurtre ? Rien de cela. Tandis que la saisine du juge des libertés et de la détention était, un temps, envisagée pour statuer sur un simple contrôle judiciaire, le parquet choisissait d’en faire l’économie. Finalement, la tireuse et accusatrice d’une tentative de crime imaginaire a été remise en liberté. Sans contrainte. L’affaire sera jugée le 5 septembre prochain. La trentenaire devra alors répondre de violences avec arme.

Sam BONJEAN

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