Dubaï : violée, une Norvégienne va en prison pour sexe hors mariage

Au niveau juridique, il n’y aura jamais de preuve absolue qu’une prétendue victime de viol n’était pas consentante. Même s’il y a des traces de violences, celles-ci sont déjà sanctionnées en tant que « coups et blessures ». Mais qu’il y ai consentement ou non à l’acte sexuel, le seul moyen d’en être sûr serait de pouvoir lire la pensée des gens. Hors, dans toute société patriarcale, l’hétérosexualité hors mariage est strictement interdite, car source d’enfants illégitimes (à la reconnaissance de paternité non garantie ou non désirée), ce qui remet en cause le pilier central du patriarcat : la sacro-sainte paternité.

A Dubaï, une Norvégienne condamnée à seize mois de prison pour avoir été violée

Le Monde.fr avec AFP | 20.07.2013 à 01h42 • Mis à jour le 21.07.2013 à 13h48

Marte Dalelv, le 19 juillet à Dubaï.

Une Norvégienne de 24 ans a été condamnée, mercredi 17 juillet, à seize mois de prison par un tribunal de Dubaï, alors qu’elle avait porté plainte pour viol. Selon le tribunal, ce jugement vient sanctionner un comportement indécent, impliquant une relation sexuelle hors mariage, et la consommation d’alcool.

Marte Dalelv avait été violée le 6 mars, alors qu’elle était de sortie avec des collègues dans le cadre d’un voyage d’affaires, selon la BBC. Alors que la jeune femme s’était rendue au commissariat pour porter plainte, les policiers lui avaient confisqué son passeport et son argent. Trois jours plus tard, la Norvégienne était inculpée pour trois chefs d’accusation, notamment pour relation sexuelle hors mariage. Elle a alors été immédiatement licenciée par la franchise dubaïote de l’entreprise pour laquelle elle travaillait, The One Total Home Experience, selon Rue89.

« COMPORTEMENT INACCEPTABLE »

L’employeur n’avait par ailleurs pas tenu bon d’informer la famille de la jeune fille de la situation, et cette dernière a dû attendre de trouver une carte téléphonique pour contacter ses proches. Selon Torgeir Furesend, son beau-père, elle a été licenciée au motif de « comportement inacceptable ». Il qualifie l’action de l’entreprise d’« impardonnable ». The One Total Home Experience a refusé de s’exprimer sur l’affaire.

Elle appelle son père, qui contacte le consulat norvégien: ils réussissent à négocier sa libération temporaire jusqu’à son jugement, ce mercredi 17 juillet. Mais la sentence ne rend pas justice à la jeune femme de 25 ans :

«j’ai reçu la sentence la plus lourde pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage, pour avoir bu de l’alcool et pour parjure» a-t-elle déclaré.

La Norvégienne a fait appel vendredi de sa condamnation et devra donc être rejugée, probablement début septembre. En attendant, elle a trouvé refuge dans une église norvégienne de Dubaï, d’où elle a lancé un appel à une aide financière après avoir dépensé ses économies en frais d’avocat. Selon la jeune femme, son agresseur a été condamné pour sa part à treize mois de prison, pour les mêmes chefs d’accusation.

COLÈRE DE LA NORVÈGE

Le ministre des affaires étrangères norvégien, Espen Barth Eide, s’est fait l’écho vendredi de la stupéfaction régnant dans son pays après la condamnation.

« Il semble très étrange qu’une personne qui dénonce un viol soit condamnée pour des actes qui dans notre région du monde ne sont même pas (*plus – ndlr) des délits », a-t-il réagi dans une interview donnée à l’agence de presse NTB. Le ministre a affirmé avoir tenté de contacter son homologue des Emirats arabes unis pour discuter de l’affaire.

La responsable juridique du ministère des affaires étrangères norvégien, Kathrine Raadim, a toutefois exclu un rappel de l’ambassadeur de Norvège en poste aux Emirats.

« Nous risquerions d’aggraver la situation de Marte Dalelv dans l’attente de l’examen de son appel. Je pense que tout est mieux si la Norvège maintient une représentation diplomatique sur place », a-t-elle déclaré à NTB.

L’opposition a demandé au gouvernement de mieux aider la jeune femme.

« Le moins que les autorités norvégiennes puissent faire est de la laisser résider à l’ambassade d’Abou Dhabi, où elle ne pourrait pas être appréhendée », a affirmé un parlementaire du Parti du progrès, Per-Willy Amundsen.
Marte Deborah Dalelv et Une voiture de police émiratie (ferrari).

Un cas « loin d’être unique »

Le quotidien britannique Daily Mail rapporte que le drame vécu par la jeune norvégienne est loin d’être unique.

«Plus tôt cette année, une jeune australienne de 27 ans, Alicia Gali, avait écopé de 8 mois de prison après avoir porté plainte pour viol.»

Elle travaillait dans un hôtel à Dubaï, et après avoir mis de la drogue dans son verre, trois de ses collègues l’avaient violée. Alors qu’elle se rendait à l’hôpital, ces derniers l’ont «dénoncée» à la police.

Une Marocaine violée par un policier

On se souvient, aussi, du cas de cette jeune Marocaine qui avait été violée par un policier d’origine omanaise à Dubaï. Celui-ci lui aurait déclaré « qu’elle manquait de manières, comme toutes les Marocaines, et qu’il allait m’enseigner la politesse ».

Après le viol, il s’était vanté auprès d’elle d’avoir déjà « violé 5 Marocaines ». Le policier avait finalement été condamné à un an de prison (!). La jeune femme avait eu la présence d’esprit de l’appeler et d’enregistrer la conversation: il avait évoqué le viol et l’avait menacée de représailles si elle parlait.

Le Daily Mail rappelle qu’aux Émirats arabes unis, les violeurs ne peuvent être condamnés que s’ils ont confessé leur crime ou que 4 hommes musulmans ont été témoin du viol.

Les deux principaux journaux de Dubaï n’ont pas rapporté l’affaire de Marte Deborah Dalelv.

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