Fin du mariage : l’exemple des présidents, banalisation de la procréation extra-conjugale, et des sites de rencontre

Mis à jour le 09/04/2013 sur La documentation Française, la librairie du citoyen

Depuis quarante ans se dessine une diversification des manières d’entrer en couple et de faire couple. Ces transformations ne doivent toutefois pas masquer certaines continuités plus générales, à commencer par la pérennité de la norme conjugale.

Le couple présidentiel, reflet la la société

Martine Segalen mesure le changement qu’a connu le modèle familial en France quand elle écrit :

« La plus haute fonction de l’État sert d’étalon, depuis le couple « traditionnel » formé par le président de Gaulle et Yvonne, la double famille du président Mitterrand, les recompositions familiales du président Sarkozy dont le dernier enfant est plus jeune que son neveu, jusqu’au couple formé par le président Hollande, jamais marié et dont la compagne n’est pas encore divorcée de son époux ». (« Les nouvelles formes de la conjugalité : du désordre dans l’institution ? « , publié dans « Comment va la famille ? »,Cahiers français, n° 371, novembre-décembre  2012, La Documentation française)

2 fois moins de mariages

En effet, « le dernier tiers du XXe siècle a été marqué par l’essor de la cohabitation et le recul du mariage. Ce dernier a connu une forte érosion », rappelle Wilfried Rault dans son article « De la rencontre à la vie commune. Quelques changements et continuités dans la formation des couples » (Cahiers français, n° 371, novembre-décembre 2012, La Documentation française). « Alors qu’on comptait plus de 400 000 mariages au début des années 1970, il a fortement décliné pour se stabiliser à environ 250 000 mariages par an (…) les couples cohabitent de plus en plus souvent avant de se marier (…) la durée même des cohabitations prénuptiales s’est allongée … ».

Le mariage n’est plus l’horizon de tous les couples

Force est de constater que non seulement la place du mariage dans la formation du couple, voire de la famille, s’est redéfinie, mais que « le mariage n’est plus l’horizon de tous les couples : la part des couples mariés n’a cessé de décliner au fil du temps, passant de 94 % en 1980 à 78 % en 2006, et le nombre de personnes qui ne se sont jamais mariés a augmenté ».

Manifestation en faveur du mariage pour tous, Paris, 27 janvier 2013.

Le mariage-institution, affaibli, est marqué, après l’essor de la cohabitation hors mariage, par un autre phénomène : sa mise en concurrence avec le PACS.

Essor du PACS, le mariage light pour tous

« Créé en 1999, pour répondre à la demande de reconnaissance des couples de même sexe, mais s’adressant également aux couples de sexes différents, le pacte civil de solidarité (PACS) a connu un essor massif en dix ans », écrit Wilfried Rault : « 205 000 PACS ont été enregistrés en 2010, pour 250 000 mariages. L’évolution a été particulièrement marquante parmi les couples de sexe différent, mais ne doit pas masquer le doublement du nombre de PACS parmi les couples de même sexe entre le début et la fin de la décennie 2000». On constate donc que « la formation des couples n’est plus régulée par le mariage-institution, elle est soumise à l’emprise d’une plus grande diversité normative et revêt ainsi des formes distinctes d’un couple à l’autre ».

Dans son article   « Les évolutions du droit de la famille » (Cahiers français, n° 371, novembre-décembre 2012, La Documentation française), Frédérique Granet-Lambrechts fait le point sur l’ensemble de ces évolutions :

Explosion du divorce, remariage des hommes, et normalisation de la procréation extra-conjugale

« En janvier 2010, la France comptait 64,7 millions d’habitants. Le nombre des mariages a diminué tandis que celui des pactes civils de solidarité (PACS) a augmenté. L’indice conjoncturel de divortialité pour 100 mariages oscille depuis 2005 entre 44,7 (2009) et 52,3 (2005) ; parmi les divorcés, 21 %  d’hommes se remarient et 19 % de femmes, d’où de possibles recompositions familiales. Le nombre des enfants nés hors mariage augmente  régulièrement : ils représentaient 50,5 % en 2006, 53,7 % en 2009 et 55,8 % en 2011. On estime à environ 710 000 les familles recomposées, au sein desquelles vivent environ 2 millions d’enfants.

« Vivre à la colle », une attitude marginale

Dans la tradition du Code civil, le concubinage ou union libre fut très longtemps ignoré du droit et vécu silencieusement jusqu’aux années 1968-1970, qui ont déclenché un mouvement continu de libéralisation des mœurs, d’aspiration à l’égalité et d’individualisme. La définition du concubinage est inscrite dans le Code civil en 1999 (loi n° 99-944 du 15 novembre 1999),  en même temps qu’est créé le PACS. C’est une autre étape qui est ainsi franchie, avec l’indifférence pour le genre dans la reconnaissance du couple. Mais les couples homosexuels n’accèdent pas encore à la fondation conjointe d’une famille. L’étape suivante pourrait intervenir dans un avenir annoncé comme proche par la  nouvelle majorité politique issue des élections du printemps 2012, avec une modification des fondements naturels et classiques de la famille, en consacrant l’indifférence pour la considération du genre dans l’exercice de la liberté du mariage, voire même aussi dans la fondation d’une famille à l’image de ce qui s’est produit dans d’autres États européens (Pays-Bas, Belgique, Espagne, Portugal, Suède et Norvège) ».

Le mariage, seule sexualité légale des femmes

Manifestation en faveur du mariage pour tous, Toulouse, 16 décembre 2012.

Pendant longtemps, l’institution matrimoniale était le seul mode d’entrée légitime dans le couple et la famille et, pour les femmes, dans la sexualité. Selon Wilfried Rault, à partir des années 1960,  « plusieurs changements majeurs  peuvent être observés pour rendre compte des mutations intervenues dans la formation du couple contemporain : une diversification des formes d’union et de leur insertion dans les trajectoires individuelles et conjugales, une dissociation croissante de la conjugalité de l’entrée dans la sexualité, une relative recomposition des lieux de rencontre du conjoint, et enfin des transformations relatives aux caractéristiques sociodémographiques des partenaires ».

  • Sexe hors couple, pour couple à l’essai

En ce qui concerne la sexualité, « un premier changement réside dans l’autonomisation de la sexualité vis-à-vis du couple », explique Wilfried Rault. Un deuxième tient au fait que « le rapport sexuel devient un moment d’expérimentation et ainsi un critère essentiel pour la transformation d’une rencontre en relation, puis éventuellement en couple ».

La fin du mariage arrangé entre familles

Si la place de la sexualité a changé dans le processus de formation du couple, « la morphologie des espaces de rencontre s’est recomposée [également] au cours des dernières décennies. (…) Alors que le premier conjoint était souvent rencontré dans un espace d’interconnaissance ou sous l’emprise du regard parental, on constate en effet un essor des cadres de rencontres qui renvoient à des sociabilités plus strictement juvéniles. L’âge d’or du bal, espace associant plusieurs générations, est bel et bien terminé : il concerne à peine plus d’1 % des rencontres d’un premier conjoint dans les années 2000 (contre 25 % dans les années 1960).

De la boîte de nuit à la soirée entre amis

 (…)  Les discothèques ont ainsi gagné du terrain dans les années 1970 avant de décliner légèrement et de se stabiliser autour de 10 % dans les années 1980 et 1990. Les soirées entre amis ont pris un essor remarquable et représentent le principal lieu de rencontre d’un premier conjoint au début des années 2000 (près d’un cinquième des rencontres). Caractéristique des populations pourvues d’un fort capital économique et scolaire dans les années 1960, la soirée entre amis est aujourd’hui présente dans tous les groupes sociaux.

Ce n’est pas le cas du deuxième cadre de rencontre le plus fréquent, le cadre scolaire, avec un peu plus de 15 % des rencontres d’un premier conjoint. Il concerne surtout celles et ceux qui font des études longues (plus d’un quart d’entre eux/elles), tandis que les espaces publics (les lieux publics, le voisinage) et l’ensemble des lieux constitués explicitement autour de la danse (le bal, la discothèque et la fête publique) demeurent plus caractéristiques des milieux populaires ».

Vers la banalisation de la rencontre internet

Quant à la place d’internet dans ces lieux de rencontre, « la fréquentation des sites de rencontre n’est effectivement pas négligeable puisqu’un tiers des jeunes de 18 à 24 ans se sont déjà connectés à l’un d’entre eux.  Pour autant, c’est rarement un lieu de formation des couples : parmi les premières unions qui se sont constituées dans la première moitié des années 2000, seulement 2 % des partenaires déclarent s’être rencontrés sur internet. La réalité des années 2010 est probablement différente parce que le phénomène s’est à la fois développé et banalisé »

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