La famille traditionnelle en déclin – La documentation Française, la librairie du citoyen

Mis à jour le 09/04/2013 sur La documentation Française, la librairie du cotoyen

Depuis la libération sexuelle

Depuis les années 1970, l’institution familiale connaît des mutations profondes. La famille traditionnelle laisse progressivement la place à un pluralisme familial qui reflète la transformation des rapports entre les sexes et un nouvel équilibre entre autonomie individuelle et appartenance familiale.

Une formidable puissance de résistance et d’adaptation

Famille du scribe Ptahmai (1303-1213) avec sa femme, sa soeur et ses enfants.Ainsi que l’explique Martine Segalen dans un article intitulé « Penser la famille : regards croisés de l’histoire et de la sociologie » (publié dans « Comment va la famille ? « , Cahiers français, n° 371, novembre-décembre 2012, La Documentation française), l’institution familiale a su « traverser les changements économiques  et sociaux fondamentaux qui ont fait passer des sociétés fondées sur une économie paysanne à des sociétés fondées sur une société industrielle et postindustrielle (…) Le développement des études historiques sur la famille a mis en évidence que la famille est une institution changeante, un ensemble de processus. Chaque époque connaît ses formes de familles. Société et familles sont le produit  de forces sociales, économiques et culturelles communes sans que l’une soit le résultat de l’autre. (…) Fondé par un mariage monogame, appuyé sur un couple stable, articulé autour de rôles strictement repartis entre conjoints, inscrit dans une société de salariat et d’industrie, tel apparaissait le modèle de la famille occidentale dans les années  1960 et 1970. (…) Si, en trente ans, ce modèle s’est effondré, la famille, (…) reste bien, au sens anthropologique, une institution forte des sociétés européennes ».

Redéfinir les rôles masculin et féminin

Très distincts dans les décennies d’après-guerre, les rôles masculin et féminin au sein de la famille ont évolué vers plus d’indifférenciation. Inséparable de l’entrée massive des femmes sur le marché du travail à partir des années 1960, cette tendance s’est traduite par un partage du temps entre travail rémunéré et famille plus équilibré pour les deux sexes.

La mise en conformité des droits des femmes avec leur nouveau rôle

« De nouvelles formes de famille apparaissent du fait de transformations fondamentales, concomitantes et liées aux évolutions de l’emploi. C’est la fin d’une hégémonie jusqu’alors séculaire, pour la famille conjugale, celle où seul l’homme travaillait tandis que la femme s’occupait du foyer. Dès 1965 s’était ouvert un bouleversement culturel en France, avec l’arrivée à l’âge adulte de la génération du baby-boom. Les femmes, désormais plus nombreuses sur le marché du travail, conquièrent leur indépendance économique mais surtout leur indépendance identitaire. D’ailleurs, dans les années suivantes, les réformes progressives  du droit de la famille n’auront plus pour cible que la mise en conformité des droits des femmes avec leur nouveau rôle »,  écrit Marie-Agnès Barrère-Maurisson dans un article  sur  « L’évolution des rôles masculin et féminin au sein de la famille. »(Cahiers français, n° 371, novembre-décembre 2012, La Documentation française).

En effet, un rapport public sur l’égalité professionnelle, plus particulièrement le partage équilibré des responsabilités professionnelles et familiales (Jérôme Ballarin, »Parentalité et égalité professionnelle : Comment impliquer les hommes ?« , février 2012) souligne que

« depuis vingt ans cinq lois majeures ont permis de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes dans le monde professionnel : 

  • loi du 13 juillet 1983 (PDF, 4 Ko) obligeant les branches professionnelles et les entreprises à effectuer un bilan de leur situation en matière d’égalité,
  • loi du 9 mai 2001 (PDF, 414 Ko) rendant obligatoire la négociation sur l’égalité professionnelle,
  • loi du 23 mars 2006 (PDF, 192 Ko) exigeant de négocier des mesures de suppression des écarts de rémunération,
  • loi du 27 mai 2008 (PDF, 131 Ko) finalisant la transposition du droit communautaire en matière de lutte contre les discriminations
  • et loi du 27 mai 2008 (PDF, 161 Ko) (loi Copé-Zimmermann relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance (20 % d’ici 2014 et 40 % d’ici 2016) ».

Production & reproduction

Dans ce contexte, Marie-Agnès Barrère-Maurisson rappelle à juste titre qu’on « ne peut analyser séparément la place des hommes et des femmes dans les registres familial et professionnel », car « il existe un lien indissoluble entre la sphère de la production et celle de la reproduction. » Ainsi, pour enregistrer de nouvelles avancées, le combat de femmes devra-t-il mobiliser les hommes. « Comment mieux impliquer les hommes ? », s’interroge Jérôme Ballarin. « En faisant le constat que les hommes n’ont pas, jusqu’ici, été intéressés à ces sujets de façon pertinente », écrit-il. « En encourageant les hommes qui souhaitent bouger les lignes. En proposant des leviers de motivation inédits pour inciter les hommes à transformer les entreprises et à s’impliquer dans la sphère familiale. »

Les ruptures d’union banalisées

Michel Degand, La Famille, Lille, 2005.

Presqu’un mariage sur deux se termine aujourd’hui par un divorce. La banalisation des ruptures d’union a transformé la conception de la vie à deux puisque l’éventualité de la rupture  de la vie de couple est une issue tout à fait possible. La vie commune est désormais avant tout fondée sur la volonté et la liberté personnelles et se soumet moins à la loi et au contrôle social.

L’autonomie des femmes, déclin du mariage

C’est ce qu’explique Martine Segalen dans un article sur « Les nouvelles formes de la conjugalité : du désordre dans l’institution ? » (publié dans « Comment va la famille ? « , Cahiers français, n° 371, novembre-décembre 2012, La Documentation française) :

« L’union conjugale contemporaine se caractérise par sa fragilité et son instabilité. En témoigne le niveau de divortialité. Sa très forte augmentation à partir des années 1980 est à corréler avec les taux d’emploi féminin, car le développement du salariat est allé de pair avec l’autonomie financière des femmes.

Mariage et divorce consentants

Des réformes ont peu à peu assoupli les procédures et depuis 2005, il existe trois types de divorce qui sont autant de reflets des formes de la vie conjugale : maintien de la procédure de divorce par faute ; divorce par consentement mutuel, selon la loi de 1975, prononcé à l’issue d’une audience au lieu de deux ; divorce pour altération définitive du lien conjugal ( …), qui peut désormais être engagé sur la demande d’un des deux conjoints (…) Ce nouveau type de procédure qui instaure un droit unilatéral à divorcer constitue une petite révolution (…) Au mariage librement consenti correspond l’idée que le divorce ne sanctionne plus une faute, mais constate un mauvais choix. Le contrat amoureux, même assorti des droits et des devoirs du mariage, doit pouvoir être défait sans que la rupture ne rajoute aux aigreurs de l’échec ou de l’erreur ».

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