Islam : une québécoise part épouser un saoudien. Sous tutelle de son mari, elle est séquestrée en Arabie

Dans toute société patriarcale traditionnelle, la femme est sous tutelle du père puis du mari, afin de surveiller sa sexualité, pour garantir la reconnaissance de paternité et le droit du père, piliers du patriarcat. La mère n’a aucun droits sur ses propres enfants qui sont la propriété exclusive du père, son mari et maître.

Femen-Québec pour la libération de Nathalie Morin et contre l’apartheid sexuel en Arabie saoudite

Je ne soutiens pas toutes les actions des Femen. Mais je leur donne raison dans leur dénonciation de l’Arabie saoudite.

FemenQC a manifesté à Ottawa en faveur de la libération de Nathalie Morin et de ses enfants, et contre l’apartheid sexuel en Arabie saoudite.
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Source : Twitter FemenQC

Québec : l’Assemblée nationale se mobilise pour sauver Nathalie Morin de la barbarie saoudienne

Source : Journal des débats de l’Assemblée nationale, 10 juin 2011

Nathalie Morin est une jeune Québécoise séquestrée en Arabie saoudite par le père de ses trois enfants, un homme violent et manipulateur. Elle n’a aucun droit, vivant dans un pays régi par la charia misogyne et barbare.

Le Canada a récemment accepté d’assouplir les règles d’attribution de visas aux Saoudiens. Pourquoi ne pas annuler ces mesures, ou demander, comme condition de leur maintien, le retour de Nathalie Morin avec ses enfants ?

Voici un extrait du Journal des débats de l’Assemblée nationale du 10 juin. Les membres de l’Assemblée ont adopté à l’unanimité une motion pour venir en aide à Nathalie. Ils ne mâchent pas leurs mots. Je salue leur prise de position.

Nathalie-morin-deuxCette photo de Nathalie Morin et de deux de ses trois enfants a été prise par sa mère Johanne Durocher, lors de sa dernière visite, en juillet. Photo: La Presse

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La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): …je cède la parole à Mme la ministre des Relations internationales et de la Francophonie.

Mme Gagnon-Tremblay: Merci, Mme la Présidente. Je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion suivante, conjointement avec le député de Lac-Saint-Jean, le chef du deuxième groupe d’opposition, le député de Mercier, le député de Chutes-de-la-Chaudière et le député de La Peltrie:

«Que l’Assemblée nationale salue le dévouement et la ténacité de madame Johanne Durocher dans sa lutte pour obtenir le retour au Canada de sa fille madame Nathalie Morin et de ses trois petits-enfants, Samir, Abdullah et Sarah;

«Que l’Assemblée nationale exprime sa plus vive inquiétude quant aux poursuites judiciaires intentées contre Nathalie Morin et quant aux conditions générales dans lesquelles, elle et ses trois (3) enfants, doivent vivre; [et]

«Que l’Assemblée nationale demande instamment au gouvernement du Canada et au ministre des Affaires étrangères de prendre, sans délai, les mesures qu’exigent ce cas exceptionnel pour obtenir le rapatriement de Mme Nathalie Morin et de ses trois enfants.»

Mme Gagnon-Tremblay: Tout d’abord, j’aimerais saluer la présence, dans les tribunes, de Mme Johanne Durocher, la mère de Nathalie Morin, qui est accompagnée de son fils, Dominique Morin.

Mme la Présidente, depuis 2006, Mme Nathalie Morin, une jeune Québécoise de 27 ans, est retenue en Arabie saoudite contre sa volonté par son mari. Elle y vit avec ses trois enfants et elle est prisonnière de son domicile. Elle voit aussi l’état de santé de ses enfants, notamment de son fils aîné Samir, se détériorer devant ses yeux sans pouvoir rien faire. Durant un séjour en Arabie saoudite, sa mère, Mme Johanne Durocher, a constaté par elle-même les conditions de vie difficiles auxquelles Mme Morin et ses enfants sont confrontés: isolement, demeure familiale inadéquate, manque de nourriture, absence de soins de santé. Mais, Mme la Présidente, il faudra surtout rappeler que la liberté de Mme Morin n’est pas respectée, et ses droits sont brimés.

Pour obtenir la liberté de sa fille, Mme Durocher mène un combat sans relâche. Elle a alerté les médias et les politiciens. Elle a mis sur pied un comité de soutien. Elle a aussi sollicité l’appui du ministère canadien des Affaires étrangères du Canada, qui de son côté a effectué des démarches auprès des autorités saoudiennes compétentes, tant au niveau consulaire qu’au niveau ministériel.

Mme la Présidente, je comprends la complexité de la situation et des dimensions multiples entourant le cas de Mme Morin, mais elle est prisonnière de son domicile, elle mène un vie très difficile.

Je tiens à réitérer que ce que j’ai dit hier en cette Chambre, à savoir que nous avons contacté le cabinet du ministre Baird, qui nous a assurés être en contact avec sa collègue, la ministre d’État des Affaires étrangères, qui suit également le dossier de très près. On nous a également confirmé que Mme Morin a reçu et continue de recevoir du support de l’ambassade du Canada à Riyad.

En terminant, nous éprouvons beaucoup d’empathie pour Nathalie Morin et sa famille devant cette situation préoccupante et nous souhaitons que notre message, véhiculé par la motion d’aujourd’hui, combiné aux autres efforts déployés, mène enfin à l’aboutissement de ce combat mené par elle et les membres de sa famille.

M. Cloutier [député du Lac-Saint-Jean] Les Québécois ont été profondément touchés lorsqu’ils ont pris connaissance de la situation extrêmement délicate dans laquelle se retrouvent Mme Morin ainsi que ses trois enfants en Arabie saoudite. Mme Morin est maltraitée physiquement, psychologiquement, manque de nourriture. Elle est prisonnière d’un appartement dont seul son mari a la clé.

Depuis avril 2008, il y a eu des conférences de presse, il y a eu des marches qui ont été organisées, il y a nos confrères à Ottawa qui ont mis beaucoup de pression sur le gouvernement fédéral. Il y a Amnistie internationale qui a aussi collaboré pour aider Mme Morin à revenir ici, au Québec.

L’Arabie saoudite, Mme la Présidente, est réputée pour violer systématiquement les droits fondamentaux. Il n’y a ni parti politique, ni Parlement, ni élections. Le recours à la torture, malheureusement, est légion fréquente.

Mme la Présidente, quand on sait que nos compatriotes québécois sont pris dans une situation où leurs droits fondamentaux sont violés, le gouvernement du Québec a une responsabilité morale de tout mettre en oeuvre pour mettre fin à ces violations et pour rapatrier Mme Morin avec ses trois enfants ici, au Québec, l’obligation de faire pression sur les organisations internationales mais aussi sur tous les diplomates qui sont en lien avec le Québec et qui ont un lien avec cette affaire, Mme la Présidente.

J’ose espérer… Nous sommes à la deuxième motion à cette Assemblée nationale sur le même sujet. Il y a eu des motions similaires qui ont été adoptées aussi à la Chambre des communes. J’ose profondément espérer, Mme la Présidente, que la prochaine motion que nous adopterons à l’unanimité sera celle pour célébrer le retour de Mme Morin et de ses trois enfants.

M. Deltell [chef du deuxième groupe d’opposition]: Tout d’abord, je tiens à remercier et à féliciter le député de Mercier d’avoir saisi, hier, à la période de questions, la Chambre de cette délicate question.

Nathalie Morin, qui, après avoir subi un traitement inhumain de la part de son mari, doit faire face aujourd’hui à un système de justice fondé sur des valeurs barbares et sexistes.

Rappelons les événements. Mme Morin a rencontré son mari il y a une dizaine d’années dans un restaurant de Montréal, un mari qui s’est avéré violent, sexiste et dangereux. C’est pourquoi le Canada l’a expulsé du pays quelques années plus tard et l’a renvoyé en Arabie saoudite. Mme Morin est allée s’y installer avec leur fils et, maintenant mère de trois enfants, son enfer s’est rapidement aggravé. Elle a été agressée et aujourd’hui elle se retrouve accusée d’enlèvement uniquement parce qu’elle a voulu sortir de sa maison, où son mari l’avait enfermée depuis des jours, pour aller acheter de la nourriture à ses enfants.

Mme la Présidente, c’est tout à fait ignoble, ce qui s’est passé. Elle a voulu nourrir ses enfants et voilà qu’elle fait face à un système de justice qui a l’habitude d’emprisonner les femmes qui ne sont pas accompagnées de leurs maris dans certains lieux publics. La barbarie, la brutalité que vivent les femmes en Arabie saoudite constitue une horreur absolument indéfendable, une horreur qu’il nous faut ici dénoncer à toutes les occasions.

Le Québec ne peut accepter de telles injustices, et cette motion est de la plus haute importance pour que nous envoyions un message clair au ministre des Affaires étrangères du Canada. Il doit faire tout en son pouvoir et tout son possible pour rapatrier au plus vite Mme Morin et ses trois enfants.

Mme la Présidente, aujourd’hui, l’Assemblée nationale salue également le courage de la mère de Mme Morin, Johanne Durocher. Depuis des années, cette mère a fait preuve d’une détermination exceptionnelle pour aider sa fille. Aujourd’hui, c’est à nous de lui offrir tout le support possible pour l’aider à ce que sa fille puisse revenir ici, au Québec. Mme Durocher en a beaucoup sur les épaules, mais elle doit savoir que tout le Québec est avec elle pour la soutenir. Merci.

M. Khadir [député de Mercier]Merci, Mme la Présidente. Je voudrais remercier mes collègues d’avoir apporté toutes ces précisions et s’être joints à cette motion de la ministre des Relations internationales, que je salue.

Je voudrais simplement profiter de ces quelques instants pour rappeler que Mme Durocher, son conjoint et son fils Dominique ne sont pas seuls dans ce combat. Depuis plusieurs années, ils sont accompagnés par plusieurs députés de l’opposition, au niveau du Parlement fédéral aussi bien qu’ici, au Québec.

Je voudrais souligner particulièrement Marie-Ève Adam, du bureau de Mme Francine Lalonde, députée du Bloc québécois, ainsi que Jean Dorion, qui se sont occupés du cas de Nathalie Morin. Il y a aussi Christelle Bogosta, du NPD, et le député du NPD du comté d’Outremont, Thomas Mulcair, qui ont fait des démarches. Et je voudrais aussi souligner les incessantes interventions en coulisses du sénateur Jean-Claude Rivest, ancien collaborateur du premier ministre Bourassa qui se sont, disons, offerts pour aider Mme Morin.

Ce que je pense que nous sommes en train de conclure ici, dans le fond, c’est qu’il s’agit d’une situation exceptionnelle, d’une situation urgente, exceptionnelle parce qu’il n’y a aucune loi qui permette, en Arabie saoudite, de protéger les droits fondamentaux de Nathalie Morin et de ses enfants, aucune loi qui soit, disons, à leur disposition, qui soit compatible avec les lois internationales et les droits fondamentaux, notamment parce qu’en Arabie saoudite l’application de la charia fondamentaliste, c’est un véritable système d’apartheid appliqué contre les femmes. Les femmes ne jouissent pas des droits considérés aujourd’hui comme des droits fondamentaux pour tout être humain dans des systèmes démocratiques ou dans des systèmes judiciaires qui se tiennent. En fait, il y a un système judiciaire excessivement arbitraire, où le juge peut interpréter la charia et la loi à sa façon. Donc, il y a quelque chose de très arbitraire qui menace actuellement le sort de Nathalie Morin. Le gouvernement canadien peut faire quelque chose.

Le gouvernement canadien, si elle ne fait pas quelque chose, au mieux, ce qui pourrait arriver à Nathalie Morin, c’est d’être extradée, c’est d’être expulsée de l’Arabie saoudite, ce qui veut dire que ses enfants, propriété du père littéralement, sont à la merci du bon vouloir de ce père abuseur, de ce père violent, de ce père qui pourrait marier, par exemple, sa fille Sarah, qui a actuellement, je crois, deux ans, dès l’âge de neuf ans, comme ça se pratique malheureusement en Arabie saoudite.

Alors, il y a une urgence. Ce n’est pas facile ni pour la ministre ni pour le gouvernement fédéral, mais, comme il s’agit d’une situation exceptionnelle, nous implorons le gouvernement fédéral d’agir en humanité et de manière exceptionnelle, même s’il y a un coût, disons, un coût minime à payer sur le plan politique et légal. Merci.

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Alors, je vous remercie, M. le député de Mercier.

Cette motion est-elle adoptée?

M. Fournier: Adopté, Mme la Présidente. Je vous suggérerais de faire peut-être un envoi au président de la Chambre des communes, au président du Sénat. Dans ce cas-ci, nous pourrions l’envoyer au premier ministre du Canada et nous pourrons l’envoyer au ministre des Affaires étrangères et aussi à l’ambassadeur de l’Arabie saoudite au Canada, Mme la Présidente, si tel est le consentement de la Chambre.

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Alors donc, j’ai le consentement pour la demande d’envoyer cette motion. Donc, je peux vous assurer, M. le leader du gouvernement, que la présidence va se charger d’envoyer cette motion, adoptée unanimement, au président de la Chambre des communes, au président du Sénat, au premier ministre du Canada, au ministre des Affaires étrangères du Canada et à l’ambassadeur de l’Arabie saoudite au Canada.

Je voudrais vous rappeler, parce que je suis profondément et personnellement touchée par cette motion-là, vous rappeler que nous avons adopté ici même, dans cette Assemblée, le 26 mai 2005, une motion unanime interdisant l’application de la charia au Québec et au Canada, et nous en avons un exemple concret devant nous aujourd’hui.

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