Don de sperme : Faut-il préserver l’anonymat? La paternité, noeud de la civilisation patriarcale

« La question de la paternité – père biologique et/ou père qui élève ? – traverse notre société sans obtenir une réponse forcément cohérente (dans les conflits en héritage, par exemple, on privilégiera l’origine biologique). »

La reconnaissance de paternité est le nœud de toute civilisation et religion patriarcale, c’est à dire, la grande majorité de l’humanité actuelle. C’est pour cette paternité que l’on a mis les femmes en esclavage à travers l’institution du mariage. A l’heure ou la procréation hors mariage est légal, quelle place pour le don de sperme hors mariage, hors couple, et hors paternité ?

Homoparentalité: les droits du donneur de sperme reconnus

La future loi de bioéthique propose de lever en partie l’anonymat des donneurs

Par Marie-Christine Deprund sur Le Figaro Madame, le 11 décembre 2010

La boîte de Pandore

En France, où 50 000 enfants sont nés d’une insémination avec donneur (IAD), les petits tubes de paillettes congelées menacent de se transformer en boîte de pandore. La future loi de bioéthique propose de lever en partie l’anonymat des donneurs de sperme. Enfants apaisés ou vertige des familles ?

 

Ça se dit Dès 1973, la France encadre la pratique de l’insémination avec donneur (IAD) : gratuit, le don de sperme provient d’un homme en bonne santé psychologique, physique, et déjà père. Et le tout est chapeauté par des Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (les fameux Cecos). La première loi de bioéthique en 1994 confirme le principe. En trente ans, pourtant, la ligne bouge.

Ainsi la Suède en 1985 donne-t-elle aux enfants nés par IAD la possibilité de connaître l’identité du géniteur, suivie par l’Autriche, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. Alors que la révision de la loi française s’impose courant 2011, l’ex-ministre de la Santé Roselyne Bachelot a proposé de lever en partie le voile sur l’identité des donneurs, uniquement pour les enfants à naître. Devenus majeurs, ces enfants pourraient accéder à certaines informations – origines géographiques et sociales, motivations du donneur – mais pas à son nom.

Qui est le Père?

Protéger les familles des donneurs et des receveurs (attaque en paternité)

Ça se diffuse Quelles seraient les conséquences d’une telle révolution ? Si certains craignent de voir surgir des parents fragilisés ou des enfants en souffrance, des donneurs confrontés à un questionnement abyssal, la sacro-sainte question qui tourmente est bien celle de l’accès aux origines. À l’heure où la génétique fait loi (explosion des recherches en paternité, de certains tests de dépistage), pourquoi l’occulter quand il s’agit de l’IAD ? Inflexible, le Dr Jean-Marie Kunstmann, responsable du Cecos Paris-Cochin, répond : « Il s’agit de protéger des familles, celles des donneurs comme celles des receveurs. »

Abolition du libre don : il sera désormais monnayé

Ça se déchaîne De nombreux donneurs, qui estiment avoir agi par solidarité, entendent par l’anonymat protéger leurs propres enfants des conséquences d’un acte qui n’engage qu’eux-mêmes. Par ailleurs, de jeunes adultes nés grâce à l’IAD regroupés en association (1) montent au créneau. Telle Laurence, 30 ans, qui voudrait connaître l’histoire médicale de son donneur, des détails, une photo peut-être…, autant d’informations qu’on lui refuse. Avec la levée de l’anonymat, « les dons risquent de chuter ou de se monnayer », alerte le Dr Kunstmann, relayé par l’Académie de médecine, elle aussi opposée au projet.

Père biologique ou père social ?

Ça se discute « Avoir recours à l’IAD implique d’admettre qu’il ne s’agit que de cellules, même si elles sont particulières. Si les parents n’y parviennent pas, un tiers se glisse entre eux et les enfants, et chacun risque de graves difficultés », estime le Dr Kunstmann.

La question de la paternité – père biologique et/ou père qui élève ? – traverse notre société sans obtenir une réponse forcément cohérente (dans les conflits en héritage, par exemple, on privilégiera l’origine biologique).

Pour la psychanalyste Claude Halmos (2), un enfant peut comprendre très tôt que « ce qui fait un père, c’est le désir qu’il a eu de concevoir un enfant et de l’élever. Le donneur, lui, a seulement aidé un couple à devenir des “parents de naissance”, comme disait Françoise Dolto ».

« Je ne fantasme pas sur mon donneur »

Ça promet Christophe Masle, 26 ans, prévenu depuis toujours sur l’origine de sa naissance, est serein. « Je n’ai pas fait l’économie d’interrogations à mon adolescence, mais le dialogue était ouvert avec mes parents ; je ne fantasme pas sur mon donneur. » Ce jeune homme vient de fonder une association (3) dans laquelle se regroupent ceux qui, issus d’un don, veulent discuter de leur origine… Le débat est loin d’être clos.

1) Association Procréation médicalement anonyme (PMA) www.pmanonyme.asso.fr
(2) Auteur d’Aimer ne suffit pas, éditions du Nil.
(3) Association des enfants du don : www.adedd.fr

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