Après la grossesse, le corps des femmes est moins désirable – Quel pouvoir féminin leur reste-il ?

La séduction est un pouvoir essentiel des femmes sur les hommes, sur la société. La séduction attire le sexe, et le sexe attire la maternité. Mais une fois l’enfant né, le corps est bien souvent abîmé. Alors le pouvoir de séduction diminue, s’estompe, ou disparaît carrément. Alors que reste-t-il aux femmes de pouvoir féminin sur les hommes et la société ? Dans le patriarcat, la femme n’existe qu’à travers le mariage et les enfants qu’elle donne à son mari. Dans le patriarcat libéral, c’est à dire l’idéologie du couple, alimenté par ce qui reste de paternité, la femme existe à travers son couple. Son avenir, et celui de ses enfants, dépend du géniteur, ou du moins, de celui qui couche avec elle. Le couple est donc un contrat économico-sexuel : sexe contre sécurité. Que reste-t-il du couple quand le désir n’est plus là ? Quand la femme n’hypnotise plus son homme, et les mâles en général ? Et bien il reste la maternité. La maternité est le pouvoir suprême des femmes. Un peuple sans maternité est voué à l’extinction. S’il est facile de trouver des géniteurs, il est bien plus dur de trouver des mères. Alors il faut restaurer l’ordre naturel : le pilier de la famille et de la société, ce n’est pas la paternité, mais la maternité. Si la mère est cheffe de famille, et si la filiation passe par la mère, alors la femme en tant que mère devient le pilier de la société. Après la séduction de la jeunesse, la beauté fanée par les ans et la maternité, il est temps pour la femme de devenir matriarche. Elle tire son pouvoir de la nation qui est sorti de son ventre et qu’elle dirige désormais.

Corps meurtris par les grossesses : une photographe libère les mères

Blandine Grosjean | Rédactrice en chef Rue89 le 05/08/2013 à 18h40

Des bosses, des bourrelets, des marques

L’histoire a commencé par une série de clichés qu’une photographe américaine, jeune mère, a pris dans son studio avec son bébé de cinq semaines, tous deux nus.

Elle n’a pas aimé ce qu’elle a vu d’elle. Elle ne connaissait pas ce corps-là. Des bosses, des bourrelets, des marques qui n’existaient pas avant la grossesse. Elle a pourtant posté sur son blog les photos, celles qu’on ne montre jamais. Et alors, raconte-t-elle :

« J’ai été submergée d’e-mails de mères qui voulaient partager avec moi leurs incroyables, si riches et parfois douloureuses histoires. J’ai compris que je devais raconter leurs histoires jamais confessées. »

Le travail de Jade Beall (« a beautiful body project ») a déclenché un vaste coming out en Angleterre et outre-Atlantique.

Moches, pas belles, pas sexy, inutiles

Près de 1 000 mères, photographiées par Jade Beall, lui ont raconté les souffrances liées à leur corps depuis l’enfance. L’obsession du poids, leur apparence, le sentiment de ne plus être désirable, d’être nulle car incapable de perdre du poids après la naissance. Moches, pas belles, pas sexy, inutiles. Puis s’en fichant, fières et revendiquant leurs blessures.

« Je ne veux plus que les gens disent, “oh, tu es grosse”, mais “oh cette femme, c’est une femme tellement humaine” ou “c’est une femme qui a des cicatrices et des traces qui racontent des histoires”. »

« A beautiful body project » (Capture)

Pousser les femmes à partager leur vulnérabilité

Au-delà de l’initiative artistique, « a beautiful body project » a lancé un véritable mouvement de défoulement et de confessions. J’ai vu passer, au début de l’été, les premiers posts sur les pages Facebook d’amies. Textes impudiques, parfois gênants et touchants.

Jade Beall était déjà en passe de réussir son pari, pousser les femmes à partager leur vulnérabilité :

« Les femmes américaines ont besoin plus que jamais de sororité. Nous devons nous unir pour impulser plus d’amour entre nous et nous complimenter les unes et les autres sur notre beauté authentique, notre maternité authentique et nos histoires à nulle autre pareille. Je veux initier une révolution d’amour et un activisme de la beauté authentique. »

Pour une femme normale, c’est trop de pression

Après avoir posté un premier article le 16 juillet dernier, le site de la BBC a publié dimanche une sélection de témoignages qui racontent tous cette solitude au moment des retrouvailles avec son corps. Sélection :

  • « J’ai pleuré en lisant cet article. Je n’avais jamais réalisé à quel point j’avais été affectée par les changements de mon corps après l’accouchement. J’avais l’impression d’être une baleine, mes seins ressemblaient à des montgolfières, je les haïssais. »
  • « Pour moi, ce fut un choc. J’étais horrifiée. Je n’avais jamais vu de ma vie un ventre avec des vergetures, de la peau qui pendait. Je n’en avais jamais entendu parler. Ma mère m’a dit que je pouvais toujours faire de la chirurgie esthétique. Mon compagnon, lui, m’a dit que j’étais comme ça, pas à cause du bébé, mais parce que j’avais pris trop de poids. »

Extrait du « beautiful body project » (Jade Beall)

  • « Maintenant, quand je me regarde dans la glace, je vois une femme, qui a été assez chanceuse de pouvoir avoir des enfants. Je ressens de la gratitude pour ces vergetures et ces cicatrices. »
  • « Mon corps a été détruit par une césarienne. Ma confiance en moi et ma relation avec mon mari aussi. Pour une femme normale, c’est trop de pression cette obligation de ressembler à ces people qui “démoulent” le bébé et sautent aussi gracieusement dans leur jeans taille 36. »
  • « Au total, j’ai pris douze kilos. Ça m’a fait de la peine quand mon mari a demandé, après la naissance de mon deuxième enfant “quand est-ce que tu les perdras ?” J’ai l’impression qu’il a fait la paix avec mon poids, mais je pense qu’il ne réalise pas à quel point je pense toujours à son commentaire, et comment je me bats pour retrouver la sensation d’être sexy et belle. »
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