Les femmes seraient plus obsédées sexuelles que les hommes, mais la morale patriarcale l’interdit

La gloire pour un homme à femmes, la honte pour une femme à hommes. Pourquoi ? Parce que l’identité du père de ses éventuels enfants est remise en question. Qui est le père ? La répression sexuelle est l’unique but de l’abaissement du statut des femmes, ce afin de préserver l’institution du mariage, garant de la reconnaissance de paternité, pilier du patriarcat.

Sexe : les hommes ne pensent qu’à ça ? Les femmes aussi, mais la société l’interdit

 Publié le 15-07-2013 sur le Nouvel Observateur

Couple s'embrassant, photo noir et blanc (SIPA).

Religions, cultures, théorie du confort, la société bride encore le désir des femmes (SIPA).

Des désirs sexuels plus divers que ceux des hommes

Une récente étude publiée sur le site du « New York Times » rapporte que les femmes aurait des désirs sexuels plus divers que ceux des hommes. Deuxième facette du constat, il ne leur est pas permis de l’assumer sans être stigmatisées. Pour notre chroniqueur sexo David Courbet, c’est la société entière qui encourage et entretient ce bridage. Et c’en est trop.

Plus obsédées que les hommes

Tiens tiens, une récente étude explique de nouveau à ceux qui ne veulent toujours pas l’entendre, que les femmes sont des êtres sexuels aux désirs et fantasmes divers. Plus divers que ceux des hommes apparemment. La simple vu d’une scène induisant – ou pouvant induire, consciemment ou inconsciemment – une arrière-pensée à caractère sexuel est beaucoup plus fréquente et variée chez mesdames. Deux singes copulant suffisent à ce que non seulement l’esprit mais tout le corps féminin réponde présent. Les femmes seraient donc « omnivores » selon ces chercheurs.

La pute et le Don Juan

En revanche, pour ne pas trop transgresser la morale, on se rassure : bien qu' »omnivores », elles seraient sexuellement plus contraintes que les hommes. Ce qui les pousserait davantage à être monogames. L’homme, génétiquement guidé pour être attiré par plusieurs cibles se voit pardonner ses transgressions alors que la femme plus difficilement. L’éternelle caricature du mâle conquérant à la Don Juan alors qu’un tel comportement du sexe opposé la voit de suite taxée de « pute ».

Plus de partenaires que les hommes ?

Mais pourquoi, malgré les multiples études et faits objectifs, certains s’obstinent toujours à croire et faire croire que seuls les hommes ne penseraient au sexe ? Ces femmes beaucoup plus portées sur la chose qu’on ne le croit auraient d’ailleurs aujourd’hui presque autant de partenaires sexuels au cours de leur vie que les hommes, selon une étude américaine de 2003. Et attention, il se pourrait même que, par le passé, elles aient eu davantage d’appétit pour le sexe que les hommes.

Douce, naïve et innocente

Il serait temps de sortir de cet essentialisme basique selon lequel, la femme douce, naïve et innocente par nature ne pourrait pas avoir les mêmes traits que son homologue masculin. L’homme est un prédateur sexuel dans l’âme, pas la femme.

La pédophilie au féminin

Quoi, il existerait entre 2% à 10% de femmes pédophiles ? Pas possible, les femmes ne peuvent pas avoir des comportements typiquement reconnus comme masculins ! Car oui, « la société a du mal à considérer les hommes comme victimes. Cela va contre l’idée de virilité, surtout si l’agresseur est une femme », déplore Jean-Raphaël Bourge, qui a notamment travaillé sur cet aspect trop méconnu de la violence pédophile au féminin.

L’idéologie du couple et du père

Pourquoi est-il toujours aussi difficile aujourd’hui pour une femme, plus de deux siècles après la Déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges, 70 ans après le droit de vote universel et plus de 45 ans après la légalisation de la pilule, d’avoir une sexualité débridée, libérée de tout carcan moral ?

George Sand, Lady Chatterley, vous êtes parmi nous

Il a bien existé des femmes à homme à travers l’histoire, mais pourquoi pas plus de Ninon de Lenclos, d’Aurore Dupin (alias George Sand), de Marquise de Merteuil, de Manon Lescaut ou de Lady Chatterley ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de Suzanne qui sortent de leur cachette ?

Film : À nos amours – trailer

Puritanisme protestant

Le socio-culturel, encore et toujours. Selon l’historienne Nancy Cott, le changement de paradigme pourrait s’expliquer avec l’apparition de la rigueur protestante.

« Les pasteurs protestants, dont les congrégations, majoritairement composées d’un nombre croissant de femmes blanches de la classe moyenne, ont probablement vu la sagesse dans la représentation de leurs fidèles (féminines) comme des êtres moraux particulièrement disposés à répondre à l’appel de la religion, plutôt que comme des séductrices souillées au sort scellé dans le jardin d’Eden ».

En gros, la fidèle devait plutôt l’être également dans sa vie privée pour mieux se consacrer à sa foi.

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La norme d’une société non-scientifique ?

Dans une société régie davantage par la religion et ses préceptes que par la science et la connaissance, le plus fort gagne et fait sa loi. En l’occurence le sexe fort :

« La vision négative de la sexualité ou du désir féminin est donc parfaitement logique dans l’application de la norme moralo-culturelle contemporaine. Le problème provient donc bien de la norme qui a été établie à un moment où la connaissance scientifique était quasi-inexistante. La norme mérite donc d’être complètement reformatée à l’aune de ces connaissances : la variabilité des expressions du désir, tant masculin que féminin, doit désormais être perçue comme naturelle, et ne faire l’objet d’aucun jugement de valeur » prévient Arthur Vernon, auteur de « La vie, l’amour, le sexe ».

L’instinct sexuel, une infériorité animale

Car qui dit société où l’obscurantisme l’emporte sur le savoir, implique une population peu éduquée. « Ce manque d’informations aboutit au syllogisme suivant : l’Homme est un être supérieur, donc non-animal. L’instinct sexuel est animal. Donc l’Homme ayant un instinct sexuel est un être inférieur », poursuit l’auteur. « Dans les sociétés contemporaines, la culture crée également l’illusion que l’homme a plus de désir sexuel qu’une femme.

Il s’agit d’une norme culturelle, complètement subjective, et absurde au regard des connaissances scientifiques les plus récentes. D’abord, cela n’a pas toujours été le cas, ensuite, cette norme culturelle a une influence déterminante sur le comportement de chacun, plus particulièrement de chacune, et la perception que la société va en avoir ».

En application de cette norme, une femme ne peut pas avoir un désir sexuel expansif. Elle passera pour une a-normale : une « salope », « pute », etc. ».

Que reste-t-il de Mai 68 ?

L’auteur de « What do women want ?« , Daniel Bergner, confirme que cette chape de plomb est encore et toujours présente au-dessus de ces dames, plus contraintes par l’environnement social et culturel pour décider de leur sexualité. Pourtant, il est avéré que parmi les personnes arrivant à maturité sexuelle après la révolution sexuelle des années 60, ce sont les femmes qui ont davantage changé leur attitude que les hommes. L’évolution reste donc quand même possible.

Sorcières, freudisme, et pulsions génétiques : ce que doivent ressentir les femmes

Bergner rappelle qu’au Moyen Âge, ce désir était contraint par l’idée que « les sorcières ivres de luxure… rendaient les hommes ‘lisses’, privés de leurs génitoires ». Puis ce fut les théories freudiennes au XXe selon lesquelles les femmes auraient « un instinct sexuel plus faible » que les hommes. Ce désir serait aujourd’hui contraint par la psychologie évolutionniste moderne selon laquelle « les femmes sont manipulées par leurs gènes qui les poussent à chercher le confort d’une relation« .

« Avec un aplomb scientifique ou inspiré par Dieu, on dicte aux filles et aux femmes ce qu’elles sont censées ressentir », et ce, dans toutes les cultures, rappelle ce très bon article de Slate.

Quand les femmes se transforment elles-mêmes en objets

Et Bergner de conclure que « les hommes ont transformé les filles et les femmes en objets ; les filles et les femmes, vivant dans un monde dirigé par les hommes, se sont approprié cette vision masculine et se sont transformées elles-mêmes en objets ». La messe est dite.

L’adultère est toujours un péché

Cette norme, malgré l’émergence de mouvements féministes libérateurs, se poursuit toujours insinueusement en enfermant socialement et sexuellement la femme. Et rappelant à une femme adultère, par exemple, que c’est pas bien du tout du tout.

Les mag’féminins néo-puritains

« Un homme baise alors que la femme veut faire l’amour« . Merci les mag’ féminins, plus d’un siècle de combat libérateur pour une avancée… minime. Comme si la femme pouvait être un objet de désir, mais pas l’homme. Ne peut-on pas admettre que l’homme puisse susciter du désir sexuel et que la femme puisse être une consommatrice de sexe au même titre que l’homme ? Une fille devrait pouvoir « tirer son coup », sans craindre l’opprobre, au même titre qu’un mec.

Zemmour : quand les féministes voulaient avoir le droit de baiser comme les hommes

Manque de supports adéquats

Et voilà pourquoi les femmes ont aujourd’hui toujours du mal à assumer leur sexualité. Pas étonnant que les femmes mentent toujours sur le nombre de leurs partenaires par exemple.

« Il y a ce quelque chose d’unique dans la sexualité qui amène les gens à se soucier plus de correspondre aux stéréotypes attachés à leur sexe », rappelle la psychologue Terri Fisher.

Et quand les femmes décident (enfin) de se défaire de cette norme, elles sont rattrapées par le fait qu’elles disposent encore trop peu de supports adéquats pour alimenter leur sexualité. « Il devient à la mode d’embrasser les désirs sexuels des femmes – tant qu’ils s’adaptent bien comme il faut à ceux des hommes »rappelle Amanda Hess.

Allez, on continue le combat ?

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