Indonésie : test de virginité pour entrer au lycée, contre « le sexe libéré du mariage »

La virginité au mariage est le scellé qui suppose que la paternité de l’enfant à naître est fiable. Ainsi, la reconnaissance de paternité et le droit du père est garanti. Ce sont les fondements indispensables à toute société patriarcale. Lire Culte de la virginité : l’hymen, un mythe patriarcal

Indonésie : un projet de test de virginité pour les lycéennes fait polémique

Par Assma Maad, publié le 22/08/2013 à 15:37 sur Étudiant Le Figaro

Un responsable indonésien entend ainsi lutter contre la prostitution et les relations sexuelles avant le mariage (assimilé aussi à de la prostitution). Députés et associations ont dénoncé d’une même voix une violation des droits humains.

« Contre le sexe libre »

Soumettre les lycéennes indonésiennes  à des tests de virginité obligatoires… Un projet polémique évoqué par Muhammad Rasyid, un responsable du gouvernement de la province sud de Sumatra, afin de «protéger les enfants contre la prostitution et le sexe libre», rapporte le journal britannique The Guardian .

Récemment, l’arrestation de six lycéens soupçonnés de prostitution avait fait grand bruit.

La virginité, un droit ou un devoir ?

«La virginité est sacrée, c’est pour leur bien», a déclaré Rasyid en ajoutant que «chaque femme a le droit à la virginité». Le test ciblerait les jeunes filles âgées de 16 à 19 ans, et aurait lieu chaque année jusqu’à l’obtention du diplôme. Les garçons, en revanche, n’auraient pas à subir ce type d’examen.

Ce projet controversé n’est pas une première. Des projets similaires avaient été proposé dans l’ouest de la province de Java en 2007, et de nouveau à Sumatra en 2010, sans être appliqués par la suite.

Indignation générale

Si le plan a rencontré un certain appui auprès des politiciens locaux, cette mesure a provoqué l’indignation de nombreux membres de la société civile indonésienne. Des députés nationaux, des militants, des groupes de défense des droits ainsi que le Conseil consultatif islamique local ont tous dénoncé le plan de Rasyid comme étant une négation du droit universel à l’éducation. Il considèrent surtout ces tests comme une discrimination et une violation des droits de la femme.

Le ministre indonésien de l’Éducation, Muhammad Nuh, a fustigé le plan. Selon lui, la région a besoin «d’une manière plus sage d’aborder la question de la sexualité des adolescents». La Commission nationale pour la protection de l’enfance voit dans ce test de virginité, une tentative de satisfaire les conservateurs religieux. «La perte de la virginité n’est pas seulement due à l’activité sexuelle», a signalé Arist Merdeka Sirait, membre de cette Commission. «Elle peut être causée par le sport ou des problèmes de santé, ainsi que de nombreux autres facteurs.»

Le sexe avant le mariage de plus en plus répandu

Depuis des années, le pays aux 240 millions d’habitants fait face à une évolution rapide de ses mœurs, avec l’augmentation des relations sexuelles avant le mariage, indique le site local Kompas .

Cette évolution rapide, en particulier dans les zones rurales, génère des tensions entre conservateurs et jeunes qui désirent une vie plus libre. L’année dernière, certains responsables régionaux avaient proposé d’interdire les minijupes, qualifiées de «vêtements provocants».

Le test de virginité, un passeport pour le lycée

La proposition d’imposer un test de virginité à l’entrée du lycée fait bondir l’éditorialiste du Kedaulatan Rakyat. A ses yeux, elle illustre une subsistance du patriarcat dans la société.

Kedaulatan Rakyat| Fadmi Sustiwi 16 Septembre 2013 sur Le Courrier International

Flickr/CC.Un écho d’un autre âge, humiliant pour les femmes

L’annonce par le département d’éducation de la municipalité de Prabumulih [130 000 habitants], Sumatra sud, d’instaurer un test de virginité pour les lycéennes de la ville a aussitôt retenti comme un écho d’un autre âge aux oreilles de toutes les femmes. Le contraire aurait été étonnant. Sous prétexte de préserver les jeunes d’actes négatifs, il faudrait que chaque adolescente qui veut entrer au lycée passe un test de virginité !

Bientôt dans la constitution ?

Cette idée est non seulement insensée mais en plus discriminatoire. Elle est non seulement contre-productive mais humiliante pour les femmes. Le plus tragique, c’est qu’elle semble obtenir le soutien de certains politiciens et du Conseil des oulémas indonésiens de Java. Ce dernier en rajoute en proposant que ce test de virginité soit inscrit dans la Constitution.

Le sexe ou l’école

Heureusement, le ministre de l’Education et de la Culture a rapidement réagi avec cette phrase plutôt rassurante : « Et alors, si elles ne sont plus vierges, qu’allez-vous faire ? Leur interdire d’aller à l’école ? » Il a ajouté que si les fonctionnaires du département d’éducation de Prabumulih s’obstinaient à vouloir faire passer cette loi, il les convoquerait à Jakarta.

La prolifération des vidéos pornographiques

Le ministre a rappelé que le gouvernement central dispose de l’autorité pour intervenir dans les réglementations des gouvernements régionaux : « Les départements et les villes jouissent certes d’une certaine autonomie, mais ils ne peuvent pas, comme bon leur semble, franchir certaines limites qui violent les principes fondamentaux de la nation. »

En fait, la municipalité de Prabumulih n’est pas la première à avoir ce projet de test de virginité. Au cours d’une conférence de presse organisée pour s’opposer à ce projet, l’institut des femmes [Institut Perempuan] a rappelé qu’à l’an 2000 les membres du parlement régional de Jambi [Sumatra] avaient proposé d’instaurer un test de virginité pour les lycéennes et les étudiantes. En 2007, le maire d’Indramayu avait lancé la même idée en avançant la prolifération des vidéos pornographiques.

Pourquoi seule la moralité de la femme est mise en cause ?

Dans les deux cas, cette proposition avait soulevé un tollé de protestations. Les législateurs de Prabumulih peuvent-ils nous expliquer pourquoi seule la moralité de la femme est mise en cause ? Alors que si on l’accuse de relations libres, il est impossible qu’elle ait agi seule ! Et si on associe la non-virginité avec la rupture de l’hymen, il se peut très bien qu’elle soit causée en faisant du sport, par un accident ou encore par un viol dont l’auteur est bien évidemment un homme, que ce soit le petit ami, le voisin, un parent proche, voire un professeur.

Le sceau de la discrimination et de la violence

Cette annonce arrive comme une nouvelle gifle infligée aux jeunes filles qui se verraient soudain privées des droits que leur accorde l’article 28 C de la Constitution de 1945 : « Chaque personne jouit du droit de se développer conformément à ses besoins essentiels, du droit d’étudier et de bénéficier des bienfaits des sciences et des technologies, des arts et de la culture pour améliorer la qualité de sa vie et pour le bien-être de toute la communauté humaine. »

Une relique du patriarcat traditionnel

Ce test de virginité souligne à quel point notre société est encore gouvernée par une pensée patriarcale. « Associer la non-virginité à la morale de femmes dépravées » est une preuve de plus que les valeurs de notre monde sont toujours définies du point de vue des hommes, alors que les rapports de nombreuses ONG montrent que les violences sur les enfants et les femmes sont en croissance continue, plus particulièrement les violences sexuelles sur les jeunes filles.

Quel sens a ce test de virginité ?

L’ironie, c’est que le propre de l’éducation est de former le caractère de l’enfant et non pas de détruire son avenir en l’humiliant par des mesures discriminatoires. L’éducation transmet les valeurs d’égalité des sexes et de la non-violence. Alors on se demande vraiment quel sens a ce test de virginité marqué du sceau de la discrimination et de la violence, précisément, pour pouvoir entrer au lycée ?

Cela règlera-t-il le problème de la fornication ?

Ces jeunes filles qui ne sont plus vierges n’auraient donc plus accès à l’éducation ? Ce n’est pas par un test de virginité qu’on va régler le problème des adolescents dévergondés. L’éducation doit faire comprendre aux jeunes comment fonctionne la sexualité afin que garçons et filles apprennent, dès la préadolescence, à respecter leur corps et celui de l’autre. C’est par ce respect mutuel qu’ils sauront s’apprécier, sans discrimination ni humiliation.

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