Indonésie / Islam : excision « douce » pour empêcher la procréation hors du mariage, garant de la paternité

Tous les moyens sont bons pour empêcher toute sexualité hors mariage qui remettrait en cause la reconnaissance de paternité et le droit des pères.

Contre la pression mondiale, l’Indonésie défend une excision dite « douce »

LE MARS 26, 2013PUBLIÉ DANS INTERNATIONAL sur Excision Parlons En !

L’Indonésie défend une excision dite exempte de mutilation

Le pays musulman le plus peuplé au monde

Malgré les appels internationaux à bannir tout ce qui est considéré par l’ONU comme une mutilation génitale féminine, l’Indonésie veut préserver une tradition bien ancrée dans le pays musulman le plus peuplé au monde, en défendant une variante qu’elle dit largement symbolique et exempte de mutilation.

Reportage AFP à Bandung (Indonésie)

Non, non, non !!!

« Non, non, non », hurle Reta, cinq ans, jetant dans le vide des coups de poings et de pieds quand on la couche sur la table d’opération. La tête baignée de larmes enfouie dans la poitrine de sa mère, la fillette tremble quand on lui écarte les jambes.

Mais elle aura plus de peur que de mal : d’une geste furtif, le médecin pique le capuchon du clitoris avec une aiguille stérilisée. L’instrument n’aura touché que la couche supérieure de l’épiderme, sans faire couler le sang. « L’opération », qui ne prévoit aucune ablation, n’a duré qu’une fraction de seconde.

Purifiées par des fondations islamiques

« Je suis heureuse. Ma fille est pure maintenant », lance sa mère, Yuli, une couturière de 27 ans venue profiter de la gratuité offerte par la fondation islamique Assalaam dans son école de Bandung, sur l’île de Java (centre).

Cent vingt fillettes et bébés sont réunies en ce dimanche dans le hall de l’école transformée en clinique, hurlant et pleurant toutes leurs larmes. Les enfants ont pourtant bien moins à craindre qu’avant.

Des ciseaux pour couper un bout du clitoris

« Dans le passé, on utilisait des ciseaux pour couper un bout du capuchon clitoridien. Nous avons abandonné cette pratique il y a de nombreuses années », explique Eulis Sri Karyati, coordinatrice de la Fondation Assalaam.

A la différence de certains autres pays musulmans, l’excision du clitoris ou du capuchon clitoridien sont dorénavant interdits en Indonésie, tout comme l’ablation ou la suture des lèvres.

Seul « le frottage du capuchon clitoridien, sans blesser le clitoris », est autorisé en vertu d’une réglementation adoptée en 2010. En pratique, le « frottage » du capuchon consiste soit à piquer le prépuce avec une aiguille, soit à le frotter avec une compresse antiseptique, un bout de bambou ou une racine de curcuma, comme le veut une tradition séculaire.

Mais la méthode, même si elle est « light », constitue encore une mutilation génitale féminine (MGF), selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, agence de l’ONU).

140 millions de jeunes filles

Ces mutilations sexuelles, qui affectent sous diverses formes quelque 140 millions de jeunes filles et de femmes dans le monde selon l’OMS, peuvent provoquer des complications médicales, notamment lors de l’accouchement. L’Onu a réclamé fin 2012 leur interdiction totale.

De quoi faire enrager l’Indonésie. « La circoncision féminine en Indonésie n’a rien à voir avec la mutilation comme celle pratiquée en Afrique. Il n’y a aucune ablation. On ne fait qu’érafler », tempête le responsable en charge du dossier au ministère de la Santé, Budi Sampurno.

Vers un geste symbolique ?

Pour sortir définitivement de la mutilation, les autorités indonésiennes veulent encore restreindre la réglementation en cours « pour remplacer le frottage (du capuchon clitoridien) par un geste symbolique consistant à passer un coton-tige sur les organes génitaux », explique M. Sampurno. « Ainsi l’Indonésie ne sera plus associée à une forme quelconque de mutilation », assure M. Sampurno.

Mais les militants anti-excision sont dubitatifs. « L’efficacité de la réglementation actuelle est discutable », estime Martha Santoso Ismail, du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP).

Des pratiques plus sévères persistantes

« La circoncision (féminine) a encore cours et je ne peux pas exclure qu’elle comprenne des formes plus graves que les piqûres d’aiguille et qui soient pratiquées par des personnes sans formation médicale », avertit-elle.

Le gouvernement assure qu’il n’a reçu aucune plainte concernant des blessures dues à cette variante mais la presse locale se fait régulièrement l’écho de pratiques plus sévères, dont l’existence est difficile à vérifier.

Pratiquées par des incompétents

L’Indonésie avait totalement interdit l’excision en 2006, « mais les gens se retournaient vers les médecins traditionnels non formés, avance M. Sampurno.  C’est impossible d’interdire une tradition aussi ancienne ».

« L’islam n’oblige pas les filles à être excisées »

rappelle cependant Amidhan, président du Conseil des Oulémas indonésiens (MUI), plus haute instance religieuse du pays. Le MUI s’oppose malgré tout à une interdiction, préférant laisser le libre choix aux parents.

Islam ou pas, la très grande majorité des Indonésiennes sont excisées, selon les ONG, les familles estimant qu’il s’agit d’un passage obligé pour « purifier » les enfants.

« De nos jours, de nombreuses filles tombent enceinte hors des liens du mariage, juge Yuli. L’excision va empêcher ma fille de devenir une obsédée sexuelle quand elle grandira.»

Patriarcat islamique (Indonésie) : excision à la chaîne contre le sexe hors mariage (paternité)

Advertisements