Suède – Statistiques : abolir la prostitution augmenterait-il les viols ?

En voulant abolir de force la prostitution, le Parti Socialiste marche dans les pas des pays islamiques et de l’Eglise Catholique d’antan, qui luttent contre tout écart au mariage, garant de la paternité, pilier du patriarcat. Face à son échec, et afin de lutter contre les viols, l’homosexualité, la fornication et l’adultère sources d’enfants illégitimes, le Vatican a fini par entretenir et exploiter les maisons-closes (taxées à 60%), où l’on enfermait les mères-célibataires et les pauvresses… Lutter contre la prostitution est une entreprise vouée à l’échec si l’on ne s’attaque pas à sa racine : le mariage, la paternité, et l’idéologie du couple.

L’abolition de la prostitution ferait-elle exploser les violence sexuelles ?

Prostitution

Najat Vallaud-Belkacem l’a dit et répété, le gouvernement souhaite s’inspirer du modèle suédois qui consiste à pénaliser le client afin d’abolir la prostitution. Cette semaine, la porte-parole du gouvernement, invitée chez BFMTV, a donc réitéré sa position abolitionniste, critiquant au passage le choix de l’Allemagne d’avoir légalisé et encadré la prostitution. Si elle a vertement tancé le modèle allemand, Mme Vallaud-Belkacem a soigneusement oublié d’évoquer quelques sujets qui fâchent sur les conséquences du modèle suédois, et non des moindres. Intéressons-nous donc ici aux commodes omissions de la Ministre des Droits des Femmes.

La troublante explosion des violences sexuelles en Suède

Au mois d’octobre dernier, Brigitte Lahaie pronostiquait dans les colonnes de Contrepoints que la pénalisation de la prostitution allait déboucher sur une augmentation des viols et des violences sexuelles. Afin de vérifier ce pronostic, nous avons à notre disposition le cas de la Suède, pays où l’achat de faveurs sexuelles est pénalement répréhensible depuis 1999.

Dans ce pays, la prostitution de rue a diminué de moitié entre 1999 et 2008 d’après un rapport gouvernemental de 2010, et même si les autorités se montrent plus prudentes sur les effets de la loi sur la prostitution cachée (sur internet, etc), il est indéniable que l’offre de prostitution – pour employer la terminologie de Mme la Ministre – y a été tarie.

Des statistiques inquiétantes

Près de 14 ans après le début de l’initiative suédoise, le Conseil National Suédois pour la prévention du crime (Brottsförebyggande rådet – Brå), publie des statistiques inquiétantes sur le nombre de violences à caractère sexuel pendant la même période :

Violences sexuelles en Suède

Masquer la hausse des viols

Si le Brå reconnait ouvertement une tendance haussière indéniable, l’organisme avance aussi l’hypothèse d’un changement dans la classification statistique de certains actes en 2005 et l’augmentation du pourcentage de crime reporté comme explications annexes à cette hausse dramatique des violences sexuelles.

Comme le constate très justement le Brå, on estime que seul 10 à 20% des violences sexuelles font l’objet d’une plainte. Il est aussi vrai que les récentes campagnes de sensibilisation du public à ces violences ont eu pour effet d’augmenter le pourcentage des violences débouchant sur une plainte, poussant donc à la hausse les statistiques des crimes sexuels dans tous les pays européens comme au Royaume-Uni, où les britanniques surnomment maintenant cet effet le « Yewtree effect » du nom de l’inspecteur qui incita les victimes à témoigner dans le procès Savile.

Il n’en demeure pas moins que les violences sexuelles ont fortement augmenté ces dernières années, et on ne peut qu’être estomaqué par la triste performance du modèle suédois en matière de viols :

Viols dans le monde

Figure 1: Source: Institute for the Study of Civil Society, 2010

S’il est important de préciser que les procédures policières suédoises [1] expliquent en partie le fait que la Suède soit le 2ème pays avec le plus de viols dans l’OCDE, il est indéniable que la société suédoise connait une situation dramatique en matière de violences sexuelles.

  1. La définition juridique du viol y est moins restrictive et chaque agression fait systématiquement l’objet d’un décompte statistique même s’il s’agit du même agresseur contrairement à la plupart des pays de l’OCDE. 

Poussons l’étude plus loin. Le United Nations Office on Drugs and Crime ayant des données historiques sur les viols (disponible ici), tentons une comparaison internationale du nombre de viols rapportés dans les principaux pays européens :

Evolution du nombre de viols en Europe

+ 57% de violences sexuelles

Les procédures policières et classifications juridiques variant de pays en pays, évitons de nous lancer dans des comparaisons directes hasardeuses et raisonnons plutôt en termes de tendance. En Europe, comme nous l’indique la moyenne, le nombre d’actes est en très légère hausse (3% de 2005 à 2009) et même en baisse dans la moitié des pays, mais là encore la Suède se démarque avec une augmentation de 57%, soit la plus forte hausse enregistrée en Europe. Remarquons au passage que les Pays-Bas et l’Allemagne dont Najat Vallaud-Belkacem honnit la politique de légalisation de la prostitution s’en tirent tous deux avec des baisses du nombre de viols (respectivement -38% et -5%).

Y a-t-il corrélation?

Évidemment, pour prouver l’existence d’une corrélation entre cette explosion de violences et l’abolition de la prostitution, il faudrait conduire une enquête plus poussée. Avec à l’appui une étude statistique afin de s’assurer de l’incidence de l’abolition de la prostitution sur l’évolution du nombre de viols en Suède.

Cependant, devant les lacunes des explications proposées actuellement, à savoir, les biais statistiques importants (évoqués plus haut) et le machisme inhérent à la société suédoise selon Amnesty International (explication d’autant plus ridicule quand on sait que la Suède était déjà le pays avec le moins d’inégalité homme-femme en 2006), on peut en toute honnêteté proposer l’abolition de la prostitution comme élément d’explication de cette vague de crimes sexuels. D’autant que les pays ayant ouvertement fait le choix inverse, c’est-à-dire la légalisation et la régularisation du travail du sexe, affichent des résultats bien meilleurs que la moyenne en matière de lutte contre les violences sexuelles.

Conclusion

À l’heure où la France envisage de suivre l’exemple Suédois, peut-être serait-il judicieux de s’intéresser de plus près aux violences sexuelles qui sévissent en Suède. Celles-ci touchant en très grande majorité les femmes, il serait d’une ironie tragique de défendre une position abolitionniste pour se retrouver in fine avec une situation à la suédoise où les femmes se retrouvent victimes des frustrations sexuelles de certains individus.

N’en déplaise aux hygiénistes de tous bords, les travailleuses et travailleurs du sexe ont un rôle social essentiel, sinon le plus vieux métier du monde n’aurait pas perduré jusqu’à nos jours. Et contrairement à ce qu’affirme Mélenchon, on peut très bien ne pas souhaiter à sa fille de devenir une prostituée tout en acceptant que d’autres filles fassent des choix différents de leur plein gré. Que ceux qui mènent une vie d’une droiture morale impeccable leur lancent la première pierre.

Enfin, à ceux qui prétendent défendre ces femmes, militez pour les réintégrer sous l’égide de la loi en légalisant leur activité au lieu d’utiliser le code pénal afin de les pousser dans la clandestinité et dans les bras des réseaux mafieux.

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