Nos fiançailles (Arte) : mariage et virginité disparaîssent chez les catholiques traditionnalistes

Le mariage, et son fondement la paternité, ne peuvent que disparaître sans répression de toute sexualité hors mariage, et sans mise sous tutelle de la femme. C’est la dure expérience que vivent les derniers catholiques traditionalistes de France, qui goûtent l’amer échec du mariage traditionnel, et de ses dures contraintes de virginité, et d’interdiction du couple avant le mariage.

La famille chrétienne, fondement de la société ?

Sources diverses, dont Le Monde en Février 2014

Fleur, Thibaud, Joseph et Frédéric sont des fidèles de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, où des messes sont célébrées à la mémoire du général Franco, « bon serviteur de sa patrie et de la chrétienté ». Ils ont 20 ans, et se considèrent « en état de guerre » contre un monde qui met à mal la famille chrétienne, regardée comme le fondement même de la société. Défilés aux flambeaux, manifestations contre l’avortement ou la gay pride, mais aussi prières et retraites rythment leur jeunesse. C’est dans ce cadre qu’ils font leur apprentissage spirituel, politique et… amoureux. Cet excellent documentaire de 2011, diffusé en 2012, a été rediffusé le 14 février, jour de la Saint-Valentin, sur Arte. Il prend une force nouvelle après les mouvements de la « Manif pour tous » et du « Jour de colère ».

Rupture de fiançailles

Les deux réalisatrices ont suivi de mars 2009 à octobre 2011, Fleur et Frédéric. Tout deux sont proches, au début du film, des catholiques intégristes et de l’institut Civitas. Frédéric finira par entrer au séminaire, dans le cadre de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX). Dans une succession de petites scènes très éclairantes (dialogue entre mère et fils, discussions entre amis…), Nos fiançailles s’attache plus particulièrement à suivre l’histoire de Fleur et Thibaud, entre certitudes idéologiques et doutes personnels, jusqu’à la rupture de leurs fiançailles.

Le patron de Civitas (catho-trad folklorique), 42 ans, célibataire sans enfants – La fin du mariage

En concubinage avec un païen

Côté vie personnelle, nous suivons donc Fleur jusqu’à la cérémonie religieuse des fiançailles. On la voit en discussion aussi bien avec des abbés de la  FSSPX qu’avec ses parents qui multiplient les mises en garde quant au fait que les deux jeunes ne forment « pas encore un couple », au sens marital du terme. Nous la retrouvons quelques temps après à Paris au départ d’une manifestation d’extrême droite. Le style a changé. Elle est en compagnie de militants du GUD Paris. Une de ses connaissances l’interpelle et lui demande de ses nouvelles depuis la rupture de ses fiançailles. Effectivement, Fleur n’est plus avec Thibault du RF, mais avec Joseph, du GUD. Un « païen », tatoué du marteau de Thor. Loin des jeunes biens sous tous rapports qu’affectionnent ses parents. Ces derniers ne sont pas ravis, d’ailleurs, de cette union « maritale »: Fleur vit avec son nouveau compagnon.

« Nos fiançailles » : dans l’intimité de jeunes cathos d’extrême droite

Publié le : 18/02/2014 sur Rue 89

Les parents refusent un mariage sans virginité

Fleur et son futur fiancé sont assis sur le canapé, face aux parents de la jeune fille. Discussion serrée autour de la virginité avant le mariage. Personne ne prononce le mot, mais tout le monde se comprend :
« C’est là où la partie du contrat risque de ne pas être remplie » se lance la mère qui poursuit :
« Donc, si on vous invite, nous dirons non. »Le père explique :« Quand vous serez fiancés, des gens t’invitent et nous on dira non, c’est notre devoir, car on détectera des dangers que vous ne détecterez pas. »

Le couple interdit avant le mariage

Fleur acquiesce :

« Oui si une famille ultra libérale nous invite… »

Son futur fiancé, Thibaud rassure les parents :

« Oui, nous ne sommes pas un couple. »

Des valeurs communes avec l’islam

Puis on les retrouve lors d’un rassemblement en souvenir de Jeanne d’Arc. Ils reprennent les slogans « Ni islamique, ni laïque, la France est catholique ». De l’intime (le mariage, question centrale) au politique, la caméra absorbe et réunit des personnages d’une France qu’on regarde souvent de loin.

Blandine Grosjean

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