Le couple est un trop petit clan – La famille élargie vers plus d’indépendance affective et de sécurité

La famille nucléaire (papa + maman + enfants) est-elle efficace pour subvenir aux besoins de chacun ? Vu tous les problèmes familiaux actuels, on peut répondre par la négative. Ce modèle familial est-il naturel ? De quand date-t-il ? La famille fondée sur le couple ne créé-t-il pas trop de dépendance financière et affective vis à vis du conjoint ? La famille clanique, élargie, ne permet-elle pas de s’affranchir des contraintes du couple ? C’est ainsi que vivent encore les Moso, le peuple le plus ancien du monde : Matriarcat Moso (Chine) : sans père ni mari, mais pas sans oncles, le paradis de la déesse-mère Gemu

LE COUPLE EST UN TROP PETIT CLAN

24 janvier 2014 · par  · dans réflexion. · sur Les fesses de la crémière

Depuis même avant que nous soyons humains, l’humanité a évolué en groupes para-familiaux (comme nos cousins chimpanzés). Pour subvenir à ses besoins, chacun pouvait compter sur le groupe, le clan, la tribu, le village. Maintenant c’est le couple qui endosse tous ces rôles. Et c’est une charge trop lourde pour un si petit clan.

dessin numérique à l'encre - deux femmes assises enlacées

Le couple est un trop petit clan (ref. photo (c) aaronjenkins sur deviantart.com)

La paléoanthropologie pour expliquer les phénomènes humains contemporains

C’est la grande mode en ce moment : se pencher sur les enseignements de la paléoanthropologie pour essayer de voir si nos atavismes de primates sociaux et de chasseurs-cueilleurs nomades n’expliquent pas une partie des phénomènes humains ou sociaux qu’on observe de nos jours. Comparés aux centaines de milliers d’années qui ont vu évoluer l’humanité en bandes de chasseurs-cueilleurs nomades, les quelques milliers d’années de société agricole et les deux ou trois siècles de culture industrielle occidentale que nous venons de vivre semblent bien insignifiants. Pourtant ils ont tellement redéfini nos modes de vie qu’on en oublierait presque d’où l’on vient.

La psychologie de l’évolution, une discipline spéculative

On appelle ça la psychologie de l’évolution. C’est une discipline très casse-gueule parce qu’elle est essentiellement explicative. Les chercheurs émettent beaucoup de conjectures mais ont très peu de moyens expérimentaux pour vérifier le caractère prédictif de leurs théories. Cela dit, je suis fan. Et tant qu’à émettre des conjectures, j’en propose une ici. On peut espérer qu’un jour un projet de recherche se penchera sur la question et nous proposera un protocole expérimental pour asseoir ou démonter l’idée.

Quand le groupe subvenait à l’individu

A l’époque où nous vivions en groupes de chasseurs-cueilleurs nomades relativement égalitaires, c’était le groupe qui subvenait aux besoins de chacun. Nourriture, habitat, vêtements, éducation des enfants, sécurité physique et affective : le groupe y pourvoyait collectivement. Pas l’individu.

De la famille élargie à la famille nucléaire

Depuis le néolithique, ce genre de groupe para-familial fluide constitué classiquement d’une petite centaine d’individus (et qu’on peut appeler tribu ou clan) a rétréci comme peau de chagrin. Restreint d’abord à la famille stricte autour de l’aïeul, il a maintenant été réduit à sa plus simple expression : le couple (et éventuellement ses enfants, formant alors ce composé toxique qu’on appelle ‘famille nucléaire’). On est juste deux pour s’occuper d’une maison, pourvoir aux besoins des enfants, prendre soin l’un de l’autre. Certes il y a d’autres cercles de soutien (les amis, la famille élargie) qui peuvent intervenir en seconde ligne, mais en général ils viennent loin derrière ce qu’on attend de notre partenaire.

Pourtant nos besoins n’ont pas de raisons d’avoir diminué : besoin de sécurité matérielle et affective, de reconnaissance sociale, d’attachement, de proximité, d’intimité, de familiarité. Simplement maintenant, la plus grande partie de ces besoins pèsent sur le couple.

Quand séparation devient bannissement

Non seulement c’est un peu lourd à porter pour le couple, quand il faut pouvoir apporter à l’autre tout ce qu’un clan est sensé apporter. Mais il y a pire.

Quand on se fait larguer, on se retrouve seul, donc sans clan (et souvent sans maison). Ça s’appelle le bannissement. C’était la punition ultime dans les sociétés nomades où la prison n’existait pas (et rarement la peine de mort). Pas étonnant que la perspective de la séparation suscite chez beaucoup une peur panique et des comportements possessifs et irrationnels. La peur primordiale de l’abandon, héritée de plusieurs millions d’années d’évolution comme primates sociaux, la peur de se retrouver seul(e) et désemparé(e) dans la savane inhospitalière peut être terrorisante.

Une dépendance affective accrue

Ce qui fait porter une terrible responsabilité sur le couple. Même quand on peut s’affranchir de la dépendance financière, la dépendance affective demeure considérable, alors qu’au sein d’un clan chacun aurait été suffisamment bien entouré pour amortir la fission. Et donc la séparation prend des proportions dramatiques par rapport à ce que ça devrait représenter « en vrai ». Au lieu de simplement pouvoir dire « je ne veux plus vivre auprès de toi tous les jours », on se retrouve à dire « je te bannis de ton clan ». Le simple exercice de mon droit inaliénable de partir fait de moi quelqu’un de terriblement cruel, puisque la contrepartie de ma liberté, c’est ton exil. Mon départ te condamne à la punition suprême, même si potentiellement tu n’y es pour rien.

Alors quand on ajoute le bannissement au désarroi de ne plus être désiré et à la douleur d’être rejeté, la séparation prend vraiment l’ampleur d’un cataclysme.

La famille élargie pour être indépendant du couple

Bon, en fait on s’en fiche un peu de savoir si ça nous vient de la nuit des temps ou pas. Toujours est-il que je suis persuadé que plus on peut compter sur un groupe large de personnes très proches pour apporter à chacun la sécurité affective, moins les chagrins d’amour seront violents, moins on s’accrochera à son couple, moins on paniquera à l’idée qu’on puisse un jour se séparer, et moins on s’enfermera irrationnellement dans des histoires de couple insatisfaisantes.

L’amour va et vient comme les saisons

On devrait peut-être prendre exemple sur les histoires d’amour des cours d’école. Elles se font, elles se défont au gré des saisons et les enfants savent que ni leur existence, ni leur subsistance, ni leur cercles sociaux, rien ne dépend fondamentalement de leur amoureux-se du moment. Alors à part quelques élans de nostalgie romantique, ils se remettent assez bien de leurs chagrins d’amour.

Amour secret dans la chambre des fleurs – Chant Moso – Liberté sexuelle – Matriarcat, Chine

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