Un mari musulman violente une obstétricienne : « Ma femme ne sera pas accouchée par un homme »

Toute mixité entre les sexes est un risque de sexualité hors mariage (fornication et adultère) qui remet en cause la reconnaissance de paternité, pilier du patriarcat. Même dans le cas où une épouse est déjà enceinte, les risques de séduction ne sont pas nuls pendant la grossesse, pouvant aboutir après l’accouchement à une relation puis une autre grossesse illégitimes. C’est pourquoi même les contacts entre un médecin ou une sage-femme homme avec une parturiente, sont proscrits dans de nombreuses sociétés patriarcales.

Tourcoing : « Je ne tolérerai pas que ma femme soit accouchée par un homme »

PUBLIÉ LE 28/03/2014 par CHANTAL DAVID sur La Voix Du Nord

Le 17 février dernier, Tony M. 33 ans, agressait une obstétricienne du la maternité du CH Dron à Tourcoing, furieux qu’elle ne puisse lui garantir que son épouse enceinte serait accouchée par une femme médecin. Le tribunal l’a condamné à huit mois de prison avec sursis.

<br /><br /> Image d’illustration.<br /><br />

Certificat de mixité face à la violence des maris

Lorsque Tony M. se présente à la maternité du CH Dron le 17 février, son épouse est en fin de grossesse. Un mois avant, la jeune femme a signé le certificat de mixité actant le fait que son accouchement peut être dirigé par un homme ou une femme. Ce document a été mis en place il y a plusieurs années dans les maternités à la suite d’incidents où certains maris refusaient que leur femme soit accouchée par un homme.

Une civilisation moribonde et décadente

Le 17 février, vers 16 h, Tony M. vient dire que son épouse revient sur sa décision. L’obstétricienne qui reçoit le couple à la demande d’une sage- femme lui indique qu’elle ne peut garantir qu’une femme médecin sera au planning le jour de l’accouchement. Tony M. s’énerve : « je ne tolèrerai pas que ma femme soit accouchée par un homme ». Il peste contre « une civilisation moribonde et décadente » et insulte son interlocutrice. Il saisit un tabouret, le heurte violemment sur le sol à trois reprises avant de le jeter en direction du médecin. Il jettera de la même façon deux bouteilles d’eau. En esquivant les projectiles, le médecin se cogne la nuque contre un meuble métallique, ce qui lui occasionnera à l’examen de médecine légale, une incapacité de travail d’un jour.

« Appelle ton mari qu’on règle ça entre hommes »

Tony M. sort du bureau du médecin en hurlant puis revient, toujours hors de lui. « Il m’a précisé que j’avais de la chance d’être une femme, que je devais appeler mon mari pour qu’ils règlent ça entre hommes… » dira l’obstétricienne dans sa déclaration, reprise à l’audience par son avocat. Me François Rabier explique au tribunal que le préjudice total dépasse celui de sa cliente pourtant victime d’une véritable agression. Car des femmes enceintes en consultation dans la pièce voisine, ont dû recevoir des soins, choquées par la violence d’une scène qui aura duré dix minutes.

« Le sujet c’est la pudeur, ce n’est pas la religion »

« J’ai perdu mes nerfs, je le regrette amèrement » concède Tony M. à la barre du tribunal, contestant par ailleurs les menaces. Cet habitant de Villeneuve d’Ascq, père de six enfants (son bébé est né depuis dans une maternité lilloise) tente de légitimer sa colère, dit avoir été provoqué, évoque des mensonges… autant de propos qu’il glisse dans un discours de complot plus global où il plaque des discours stéréotypés empruntés aux extrémistes religieux. Il a beau assurer en préambule de ses explications :« Ma femme est très pudique. Le sujet c’est la pudeur, ce n’est pas la religion », tout dans son discours indique le contraire.

Converti à 16 ans

Tony M. s’est converti à l’islam à 16 ans après avoir grandi dans la religion catholique. « J’ai fait ma première communion » répond-il au président Eric Négron qui cherche à comprendre le parcours qui l’a conduit à ce comportement radical tout en rappelant des propos récents de l’Imam de Lille : « Rien dans le Coran n’interdit que des femmes soient soignées par des hommes. » Le procureur Thibaut Arnou relève que « le prévenu se vit comme une victime. C’est retourner le sens de la procédure. Ses exigences personnelles sont en contradiction avec la loi républicaine. Son comportement individuel inadmissible met en péril le bon fonctionnement des institutions. »

On ne juge pas ses idées

Me Nicolas Vandenbossche s’attachera à revenir aux plus près des faits : « on ne juge pas les idées de Tony M. Aujourd’hui, il reconnaît les faits, exprime des excuses. Au-delà de ce discours positif, je ne vois rien d’autre. » L’avocat insistera également sur le fait que son client n’a pas de casier judiciaire. Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur de la République en condamnant Tony M. à huit mois de prison avec sursis.

Publicités