Afrique : lutter contre la surpopulation par l’émancipation des femmes et l’abolition du patriarcat

LE PATRIARCAT SOURCE DE SURPOPULATION : Dans tout patriarcat (droit du père), l’épouse est une mère-porteuse à l’usage exclusif de son mari (devoir de fidélité), pour lui procurer des héritiers légitimes, dont il est l’unique propriétaire (patria postesta du pater familias romain). En vertu du contrat conjugal, elle est sa propriété (tutelle) et son esclave sexuelle (devoir conjugal). Puisqu’elle doit toujours être disponible pour son mari et maître, elle ne maîtrise pas ses grossesses, et se retrouve sans cesse enceinte, pour satisfaire aux besoins impérialistes des sociétés patriarcales (main d’oeuvre corvéable et chair à canon). Redonner la propriété des enfants aux mères, c’est redonner le contrôle de leur maternité, mais cela implique l’abolition de l’autorité paternelle, et donc de la reconnaissance de paternité : l’abolition du patriarcat par une restructuration du modèle familial vers le matriarcat.

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LA SOLUTION CONTRE LES FAMINES? LE FÉMINISME

Pour nourrir les affamés, commençons par apprendre à lire aux filles. Il y a une urgence de plus en plus vitale.

Dans une école de Bangui, en mars 2014. REUTERS/Siegfried Modola

Comment nourrir la surpopulation africaine ?

Les chercheurs qui travaillent sur le lien entre population et alimentation sont surtout inquiets pour l’Afrique subsaharienne. La moitié de l’augmentation estimée de la consommation alimentaire est liée à l’augmentation démographique, et c’est là que la population croît le plus rapidement.

Diminuer le taux de fécondité des mères africaines

«Alors la question c’est qu’est-ce qu’on peut y faire?, demande Searchinger. Vous pouvez par exemple tuer les gens. Mais on ne va pas faire ça! Alors il va nous falloir trouver des moyens de ramener le taux de fécondité de ces populations au niveau du seuil de renouvellement des générations.»

Nourrir l’humanité en émancipant les femmes

Voilà pourquoi l’une des principales solutions pour nourrir l’humanité passe par l’autonomisation des femmes. La plupart des pays du monde ont atteint un taux de natalité correspondant au seuil de renouvellement des générations, soit environ deux enfants par femme. Mais en Afrique subsaharienne, le taux de fécondité est de 5,6 enfants par femme, principalement parce que les filles ne connaissent pas les choix reproductifs qui s’offrent à elles, qu’elles vont peu à l’école et qu’elles ont des enfants très tôt.

La religion interdit la contraception

Les taux de fécondité sont plus élevés dans les pays où les femmes n’ont pas d’accès à la contraception ou aux soins de santé maternels ou pédiatriques. Les bébés meurent souvent avant leur cinquième anniversaire, et les mères surcompensent en faisant beaucoup d’enfant dans l’espoir que quelques-uns au moins survivront jusqu’à l’âge adulte. Si le statut des femmes ne change pas en Afrique subsaharienne, nous aurons bien plus d’un milliard d’affamés au milieu du siècle.

Quand les femmes sont propriétaires de leur ventre

Lorsque les femmes ont accès à l’éducation et au planning familial, le taux de natalité décline. L’auteur Gordon Conway explique très bien le rapport dans son livre One Billion Hungry [un milliard d’affamés]. Il fait le lien entre droits des femmes, meilleures production et consommation de nourriture et progrès futurs en termes de sécurité alimentaire.

Les mères nourrissent l’humanité

Quarante trois pour cent des agriculteurs du monde sont des femmes. Parce qu’elles sont mères, éducatrices et innovatrices, avance Conway, protéger les femmes de la discrimination et de l’exploitation, et les aider à être plus productives, empêchera une famine à grande échelle.

Lire Permaculture matriarcale universelle : les trois sœurs – les femmes gardiennes des semences

Instruire les filles pour qu’elles maîtrisent leur avenir familial

Si on donne aux femmes un contrôle sur leur vie et sur leurs choix, alors les filles pourront être scolarisées plus longtemps. Elles auront des enfants plus tard. Elles auront accès à des services de santé reproductive et de planning familial lorsqu’elles en auront besoin. Et elles pourront se dire que leurs enfants vivront et deviendront des adultes en bonne santé. Ce qui débouchera sur un taux de croissance démographique au niveau du seuil de remplacement des générations, et à une meilleure sécurité alimentaire.

Des résultats éprouvés

Au Mali, les femmes bénéficiant d’une éducation secondaire ou supérieure ont en moyenne trois enfants; celles qui ne vont pas à l’école en ont sept. Et le bébé né d’une femme qui sait lire a 50% de chances de plus de survivre à son 5e anniversaire que celui d’une femme analphabète.

L’éternelle famine de l’Afrique

Les habitants d’Afrique subsaharienne sont les plus affamés du monde. Un quart d’entre eux sont sous-alimentés. Ils ont les pires rendements agricoles de la planète. Ils consomment 9% des calories et représentent 13% de la population mondiale. Mais le taux de croissance démographique de la région, ainsi que les estimations selon lesquelles la consommation alimentaire va y augmenter, puisque ses habitants sont sous-alimentés aujourd’hui, signifient que les besoins caloriques de l’Afrique subsaharienne représenteront 37% des calories supplémentaires nécessaires d’ici le milieu du siècle.

Donner plus de contrôle aux femmes

«Si vous prenez les connaissances des experts en démographie et que vous réfléchissez à ce que cela implique en termes de sécurité alimentaire et d’utilisation des sols, affirme Searchinger, l’idée de donner plus de contrôle aux femmes et de réduire la mortalité infantile saute aux yeux et paraît totalement logique

On ne peut produire d’avantage de nourriture

Cultiver davantage sur chaque parcelle reste difficile. Nous n’allons pas nourrir 2,6 milliards de bouches supplémentaires juste en utilisant de meilleures semences ou en irriguant un peu plus. Réduire la consommation de viande et les déchets alimentaires et améliorer notre efficacité y contribuera. Mais c’est donner le contrôle de leur vie aux femmes qui empêchera l’Afrique subsaharienne de mourir de faim.

Lisa Palmer

Traduit par Bérengère Viennot

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