Etat Islamique : les femmes armées pour leur émancipation, ou pour la propagande militaire ?

Armer les femmes, c’est leur donner les moyens de leur émancipation : liberté sexuelle et amoureuse, droit maternel sur leurs propres enfants, accès à la propriété… Une religion patriarcale qui arme ses femmes se tire une balle dans le pied. L’émancipation des femmes amène à la fin du mariage, du père, et donc de Dieu lui-même.

Les femmes-soldats, arme de propagande contre l’État islamique

Par Edouard de Mareschal Publié le 26/09/2014 sur Le Figaro

Le major Mariam al-Mansouri, la première femme pilote de chasse des Emirats Arabes Unis, pose dans le cockpit de son F-16 le 13 juin 2014.

Les émirats progressistes ?

Les Emirats Arabes Unis ont largement médiatisé la participation d’une femme à leurs frappes contre l’Etat islamique. L’opération vise à se donner une image progressiste et à humilier les djihadistes.

«L’homme et la femme ont le droit d’intégrer tous les domaines pour se hisser au plus haut niveau»

Le symbole est fort. A la tête d’une escadrille des Émirats Arabes Unis, une femme a participé aux premières frappes aériennes menées par Washington et ses alliés contre les djihadistes du groupe État islamique (EI) en Syrie. Mariam al-Mansouri, 35 ans, est très populaire dans son pays. Diplômée en 2007 du Khalifa bin Zayed Air Force College, elle a été la première femme émiratie à piloter un avion de combat, selon des médias locaux. Dans son pays, la jeune femme court les plateaux télévisés pour défendre le droit des Emiraties à servir leur pays, y compris dans l’armée. «L’homme et la femme ont le droit d’intégrer tous les domaines pour se hisser au plus haut niveau», déclarait-elle récemment à la télévision d’Etat d’Abou Dhabi.

Pas de paradis pour ceux tués par une femme

Sa photo a été largement reprise sur les réseaux sociaux, pour saluer son courage et moquer les djihadistes, censés craindre les femmes combattantes. Selon une rumeur persistante, notamment véhiculée par les peshmergas du Kurdistan irakien, les djihadistes pensent qu’ils n’accéderont pas au paradis s’ils sont tués par une femme.

Combattre les inférieures des hommes

«Ce n’est sûrement pas vrai», tranche Mathieu Guidère, professeur spécialiste du monde arabe. «Mais la mise en avant de femmes combattantes fait clairement partie d’une stratégie de propagande pour humilier l’Etat islamique. Ils devront se battre contre des femmes, alors qu’ils les considèrent comme inférieures aux hommes.» La réaction des djihadistes ne s’est pas faite attendre sur les réseaux sociaux. Ils ont attaqué la femme pilote et proféré des menaces à son encontre. «On ne doit pas oublier le visage d’un criminel. Gardez-le en mémoire jusqu’à ce qu’il soit puni», a menacé un partisan de l’EI, alors qu’un autre tweet a dénoncé «une pilote émiratie criminelle».

Armées pour leur émancipation

Les peshmergas communiquent également très largement sur la présence massive de femmes dans leurs rangs. Les réseaux sociaux sont remplis de photos de femmes kurdes, en treillis et armes à la main, avec des messages défiants les combattants de l’Etat islamique. «Les femmes luttent pour leur émancipation, mais aussi pour les femmes arabes et chrétiennes, expliquait l’une d’entre elles la semaine dernière au Figaro. Les étrangers qui débarquent d’Afghanistan ou d’Europe sont hallucinés d’être confrontés à des femmes qu’ils imaginent soumises et écrasées. Ils n’en reviennent pas. On leur inspire une vraie crainte. Une femme libérée est très forte.»

La charia islamique reste la loi

Cette communication bien huilée ne fait pourtant pas l’unanimité en Occident. «La première femme pilote de chasse des Emirats Arabes Unis bombarde l’EI, mais les Emirats Arabes Unis sont loin d’être les parangons des droits des femmes», note Andrew Stroehlein, le directeur de la communication Europe de Human Rights Watch. En 2013, l’organisation dénonçait en effet l’application de la loi islamique aux Emirats Arabes Unis. Celle-ci ne donne pas les mêmes droit patrimoniaux aux hommes ou aux femmes, et autorise les hommes à «discipliner» leurs femmes et enfants.

Un Kurdistan marxiste féministe ?

La situation est très différente au Kurdistan irakien, dont les principales forces politiques sont d’inspiration marxiste. Les Kurdes sont des sunnites modérés. «Mais la société kurde reste tout de même patriarcale, et la présence de femmes fait partie intégrante de la guerre psychologique menée contre les djihadistes de l’État islamique», estime Mathieu Guidère.

Publicités