CINEMA : Mad Max 4 contre le patriarcat – Black Out post-apocalyptique et éradication du matriarcat

Critique de Frédéric Mariez, président du Mouvement Matricien

J’ai eut peur d’un énième blockbuster navet. Je me suis dit qu’on allait encore souiller une trilogie légendaire, ou pondre un remake indigne… Le cinéma nous habitue tellement aux nanars à gros budget ces dernières années.

Et bien pas cette fois-ci ! Quelle belle surprise ! Un film au graphisme époustouflant, George Miller réalise le remake de son propre film… et quelle réussite ! Il redonne une seconde vie au vieux Mad Max des années 80, qui a mal vieilli, époque démodée oblige. Fini les punk à crête et les moumouttes permanentées de rockeurs hard-FM ringards… Qui a pourtant défini un style de SF pour des décennies, le « cyber punk apocalyptique ».

Le film désormais légendaire, qui cultive un style BD cliché bien dosé, plein d’extravagances, qui montre que pour faire un bon film, nul besoin d’un scénario complexe, ou de supers acteurs aux tirades shakespeariennes… L’art du cinéma réside dans les mains du réalisateur, le magicien de la caméra, qui saura donner un sens cohérent à l’ensemble des images structurées les unes par rapport aux autres dans une composition savante.

Les lunettes 3D n’étaient pas superflues. Vous ne perdrez pas votre argent. Préparez vos yeux et vos oreilles, sur fond de néo-metal de champ de bataille, et sur le cri de guerre « Valhalla !!! »

Analyse matricienne de Cyrille Cacciatori

Après un black out, un patriarcat se met en place et enferme des épouses-mères-pondeuses. Ce n’est pas un film féministe (victimisation misandre des femmes) mais un film qui défend le vrai matriarcat (droit maternel).

Max change de mentalité entre le début et la fin : de nihiliste il devient le défenseur du matriarcat. Il se trouve une cause à défendre, va la défendre quitte à se sacrifier si besoin est. Sans lui, personne n’est sauvé, et ceux qu’il sauve, sauvent son humanité.

Il faut aussi faire attention aux trois ressources « naturelles » obsessionnellement et violemment recherchées par les « patriarcaux » : le pétrole (l’essence), l’eau, le lait maternel, et le sang; car dans ce monde peu de monde vit sainement et a besoin du sang des hommes sains pour survivre. C’est ce mode de vie que propose le patriarcat qui essaie de survivre. Furiosa propose un monde sain et viable, qu’il faut donc confiner au secret.

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NITRO NI TROP PEU : MAD MAX 4, the surprise… par Didier Juan

Sont approchés les thèmes du patriarcat contre le matriarcat. Plein de très jolies filles (très étonnant). De l’humour et du spectacle en cascades (et non pas des effets spéciaux) et un méchant très très très réussi. L’apocalypse, la vraie, celle d’après le déluge, le dernier… mais sous la forme de l’après notre monde actuel. Les survivants qui bouffent n’importe quoi pour vivre. Le passé transposé dans l’avenir.

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Un site naturel, où la nature reprend ses droits. Mais violemment dominé par un patriarcat. Monde post apocalyptique ou une fratrie domine tout (eau pétrole armes à feu, à défaut d’une meilleure éducation). L’assujettissement à un petit groupe d’individu, corpuscule familial élitiste qui se reproduit entre eux (et donc composé de dégénérés, comme les gouvernants actuels….), et survie sur le dos des autres…. très actuel dans la forme donc.

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La seule survivance possible envisageable semble alors le vol du sang, devenu lui aussi matière première, et le viol des femmes pour la procréation, elles aussi matière première, et dévolues à l’unique usage de la fratrie, les autres, tous frères et demi frères ou cousins, étant de la chaire à canon, des kamikazes, faisant peu de cas du don qui leur est offert. La vie est en qualité et en quantité très limitée, et ne vivant que pour honorer et défendre la vie du Père, élu au rang de Dieu, qui traite les femmes comme du bétail pour du lait et une progéniture légitime saine…

Dans cette lutte pour la vie incestueuse, où la solution semble passer par une femme qui vient de l’extérieur, et capable de procréer des enfants normaux, tout tourne en rond et semble n’avoir aucune solution. Au milieu de ce maelstrom, une femme vend ses espoirs pour argent comptant, et la désillusion l’attend au coin du tournant….. mais la solution est elle réellement à l’extérieur et dans la fuite de cette folie ?

Le patriarcat a-t-il provoqué l’apocalypse ?

Extraits de Real Estate Of The MindMelty, Mademoizelle

Trente ans après le dernier volet, George Miller redonne vie à sa saga culte avec Mad Max: Fury Road, un long-métrage dont la forme prend celle de la beauté absolue. Suivant les lignes d’un récit post-apocalyptique élémentaire, le film tisse sa toile de démence sur fond de Dies Irae affolant, prônant un discours indubitablement militant, féministe et contemporain.

Trente-six ans après le film originel et Mel Gibson, le réalisateur australien semble atteint d’une extravagance remarquable, lui permettant à la fois de nous redonner goût au blockbuster tout en laissant enfin place à une héroïne digne de ce nom, bien loin de l’imposture hollywoodienne habituelle.

Un empire patriarcal capitaliste

Alors que l’introduction nous plonge directement dans la dystopie post-punk-apocalyptique millerienne, d’une richesse impressionnante et sublimée par le travail du directeur photo John Seale et les décors de Colin Gibson, le préambule ne dure pas. Max (Tom Hardy) se fait emprisonner par les hommes d’Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne), gardien tyrannique de la Citadelle, un empire patriarcal, asservissant la population en restreignant l’accès à l’eau, une denrée rare. Max, enchaîné, sert de provision de sang aux « war boys », de jeunes soldats aliénés par le lavage de cerveau qu’ils ont subi en grandissant.

Exploitation des ressources humaines

Par ailleurs, les êtres humains sont eux aussi transformés en ressources, en particulier sanitaires et alimentaires, par le pompage du sang des prisonniers pour assurer la santé des guerriers, par l’enfermement des mères allaitantes dans des installations en batteries afin de pomper leur lait. Celui-ci est utilisé, comme l’eau de l’aquifère sur lequel est installée la cité, comme produit pour le troc avec les cités Etats voisines, que sont « Gastown » (« la ville de l’essence ») et « Bullet farm » (« le moulin à balles »).

Une héroïne renégate

En mission pour le tyran phallocrate dans un convoi de véhicules, tous plus déments les uns que les autres, Imperator Furiosa (Charlize Theron) décide soudainement de changer d’itinéraire, et de se rebeller contre le monstre misogyne qui lui sert de leader. Malgré lui, Max se retrouve embarqué dans la folle course-poursuite lancée pour rattraper la renégate, en tant que réservoir de sang mobile pour Nux (Nicholas Hoult), l’un des war boys. Le jeune garçon espère se distinguer et éventuellement mourir de façon assez honorable pour finir à Valhalla.

Libérer les épouses-esclaves-mères-porteuses

Sa liberté, Max ne la doit qu’à l’initiative de l’Imperator Furiosa qui, profitant d’une équipée pour aller chercher du pétrole, denrée rare et précieuse, en profite pour planifier l’évasion des 5 jeunes épouses de Joe. Face à ce qu’il considère comme un vol, les jeunes femmes pouvant lui donner des enfants sains, un miracle dans un monde où l’on naît condamné dès le départ par la maladie, ce dernier se lance à leur poursuite. Furiosa a commis l’impardonnable en s’enfuyant avec les « épouses »-esclaves-mères-pondeuses d’Immortan Joe dans son camion-citerne, bien décidée à les sauver et les conduire vers la terre promise végétale de leur monde déserté, « the Green Place » – la « terre aux innombrables mères » ndlr. D’autres y verront une critique de la GPA : les femmes s’insurgent car elles ne sont pas que des ventres. Porteuses sans être mères, elles ne sont que marchandises aux mains des pères. Immortan Joe a mis au point des « banques de lait maternel » pour nourrir ses propres rejetons.

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Le patriarcat : cette obsession de la lignée père-fils

mad-max-splendidSi Immortan Joe est obsédé à ce point par ses « épouses », c’est qu’il cultive le même rêve que tous les tyrans en fin de vie : celui de produire un fils en bonne santé, un fils « parfait » prêt à prendre la relève et à perpétuer son héritage. Il a déjà deux rejetons, l’un souffrant visiblement d’un retard mental (ainsi que de problèmes respiratoires) et l’autre d’un handicap physique. Lorsque la Splendide, sa favorite, enceinte jusqu’aux yeux, décède pendant la course-poursuite, l’affreux Joe n’est pas triste de l’avoir perdue mais de se rendre compte qu’elle portait un fils visiblement « parfait » qui ne verra jamais le jour. C’est cette obsession de la lignée père-fils qui signera la fin d’Immortan Joe ; il est réticent à attaquer de front, de peur de blesser ses précieuses machines à produire des héritiers.

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L’émancipation des femmes : fuir le mariage

La fuite des épouses, esclaves d’un tyran qui ne les considère que comme des génitrices de choix, s’apparente ainsi à l’émancipation de la femme, alors qu’est dépeint un système patriarcal corrompu et mortifère. La scène où l’une d’entre elles se voit enfin débarrassée de sa ceinture de chasteté en est un symbole particulièrement flagrant. L’on pourrait arguer que ces très jolies jeunes femmes, vêtues de lambeaux de tissus blancs, reproduisent le cliché de la belle demoiselle qui n’est là que pour faire de la figuration et satisfaire le regard masculin. Seulement voilà que débarquent les Vuvalini, ces vieilles guerrières de la route aux visages tannés, brunis par le soleil, aussi mortelles avec un fusil et une machette que leurs homologues masculins. De quoi donc contrebalancer cette vision d’une femme idéalisée réduite à un simple objet. Des objets, les épouses n’en sont pas et ne cessent de revendiquer leur indépendance.  » Nous ne sommes pas tes objets « , voici la phrase gravée sur les murs qu’Immortan Joe découvre en constatant leur disparition.

La véritable héroïne

Fury Road laisse la part belle aux femmesFilm d’action pure, Mad Max : Fury Road opère en effet une sorte de renversement des codes. À commencer par la présence fascinante et magnétique de Furiosa. Yeux bleus hantés mais déterminés qui brillent dans un visage crasseux, crâne rasé, bras mécanique qui vient s’imbriquer sur son moignon, c’est elle, la véritable héroïne, celle qui déclenche les événements. Loin d’être une demoiselle en détresse, Furiosa connaît le monde impitoyable qui l’entoure et est aussi douée pour conduire un camion de plusieurs tonnes, véritable machine de guerre, cernée par des myriades d’ennemis, que pour atteindre une cible avec un fusil sans gâcher une seule munition.

La guerrière féroce en quête de rédemption

Furiosa, en tant que figure féminine forte, éveille rapidement chez le spectateur une immense fascination, accompagnée de son lot de questionnements. Cette héroïne, aux caractéristiques genrées masculines, se révèle être plus qu’un personnage : elle personnifie le symbole de la sauveuse rédemptrice. Furiosa mène une révolution contre le patriarcat, et conséquemment le modèle capitaliste, qui dans cette réalité a tout bonnement fini par faire des femmes un bien d’échange.

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Guide et protectrice

Mais au-delà de ses prouesses au combat, c’est son rôle de guide et de protecteur qui la définit. Exit le chevalier sans peur qui vole au secours de jeunes filles en danger. C’est une femme qui, cette fois, par sa seule force de caractère et sa seule conviction, parvient non seulement à les libérer mais aussi à pousser Max sur la voie de la rédemption. Et c’est elle qui, à la fin, s’élève au-dessus des masses en délire pendant que notre héros disparaît pour reprendre sa route en solitaire.

Un amour fraternel sans romance

Ne vous attendez donc pas à voir une quelconque romance. Les personnages s’aiment ici, mais de cet amour fraternel qui unit les êtres humains que les circonstances rapprochent. Furiosa est une femme d’une force physique et mentale hors du commun, du genre que le cinéma d’action nous offre finalement très peu.

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Les femmes marchandises comme symboles

mad10-647Lors de la première apparition des « épouses », George Miller joue d’un double discours et d’une double perspective, entre bourreau et victime, en donnant à Max la vision de créatures irréelles se lavant dans une oasis paradisiaque (alors qu’elles sont en réalité en train de se défaire de leur ceinture de chasteté). Mais le mirage ne dure pas longtemps, car derrière les objets supposés et ainsi montrés à Max, se cachent des femmes violées, vendues, esclavagées, violentées, qui tentent de fuir Immortan Joe, et tous les hommes en général.

Les furies pré-olympiennes

« La Route de la fureur » est peut-être aussi celle des Furies, ces divinités romaines non soumises à Zeus qui tourmentaient les criminels pour les faire expier. Car le cortège des femmes vengeresses du film, jeunes et vieilles, de la plus blanche à la plus basanée, n’est pas sans rappeler ces Chiennes d’Hadès. Telles des Parques alternatives que l’on aurait décidé d’enchaîner, celles qui furent autrefois les maîtresses du destin de l’humanité, contrôlant la vie et la mort à leur gré, ne sont ici que de la chair à canon. Quasi-désincarnées, elles n’ont plus aucun contrôle, si ce n’est sur leur propre corps une fois libérées.

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Humaniser les bimbos

Le cinéaste australien décide d’amener le spectateur en terre inconnue, puisque, généralement, le scénario d’un film d’action ne va pas au-delà des personnages stéréotypés qui le composent – et répondent parallèlement aux attentes d’un public préformaté. George Miller, lui, décide de leur donner vie et tente de les humaniser.

Chacune des « épouses » a sa personnalité, ses forces et faiblesses, ses envies, ses doutes, ses peurs. Si certaines ont plus de développement que d’autres à l’écran, elles sont loin d’être des bombes interchangeables mises là pour remplir le quota « meufs à poil ».

Qui a tué le monde ?

Le voyage de Furiosa est une lutte contre la pensée dominante du monde qui l’entoure, celle qui a, semble-t-il, détruit l’humanité et créé le chaos. Si Max fait à terme partie de ce soulèvement, ce n’est que parce qu’après différentes péripéties, il réussit finalement à prouver sa fiabilité et est donc autorisé à devenir un véritable allié pour la création d’un système différent, loin des extrêmes. « Who killed the world ? », demandent régulièrement l’Imperator et ses compagnonnes de route. La réponse, bien qu’implicite, se trouve dans les yeux de Max.

Les patriarches ont tué le monde

Qui a tué le monde ? Serait-ce les mâles ? Ou les pèresobsédés par la conquête et le pouvoir, prêts à tout sacrifier pour sauver la possibilité de produire un fils, ces hommes qui attachent des femmes à des trayeuses et kidnappent des jeunes filles ?

mad-max-rictusFury Road ne met pas tous les hommes dans le même panier. Max, bien sûr, s’intègre avec un naturel confondant au groupe de femmes en cavale, et Nux n’est finalement qu’un adolescent au cerveau ravagé, qui craint de ne pas mériter la vie après la mort, et croit ce qu’on lui a toujours raconté. Même Rictus (ci-dessus), l’un des fils de Joe, ne peut pas vraiment être blâmé, vu qu’il semble un peu limité intellectuellement.

Les lobbys militaro-industriels

Ce ne sont pas les hommes qui ont tué le monde, mais ce qu’ils représentent. Immortan Joe contrôle l’eau, l’écologie, les plantations, la nourriture ; le vieux Bullet Farmer a la mainmise sur les armes, les munitions et autres machines à semer la mort ; l’hideux People Eater s’est approprié le pétrole, l’or noir pour lequel tant d’humains ont succombé. Et ils travaillent à l’unisson, loin d’être ennemis, comme on pourrait le croire. Les deux alliés de Joe le suivent dans sa course pour récupérer ses femmes, tout en lui faisant remarquer qu’une telle obsession, c’est pas bon pour le business…

Non, ce ne sont pas les hommes qui ont tué le monde

mad-max-immortan-joeMais les immenses corporations qu’ils dirigeaient et dirigent toujours. Le monopole et la guerre d’intérêts autour de matières premières essentielles, comme l’eau, ou d’outils sans lesquels tout combat est forcément inégal, comme les armes à feu, a mis la Terre à genoux et a rendu l’humanité folle à lier.

Mad Max Christ & Mater Dolorosa Furiosa

L’image de Max crucifié à l’avant d’une voiture au début du film n’est pas la seule représentation biblique exploitée par George Miller. En tout point, Furiosa incarne une autre illustration bien connue de la religion : la « mater dolorosa ». Quoique le sens du terme changea sensiblement au cours de l’histoire, il s’agit généralement de la « figure archétypale de la mère éplorée par la mort de son enfant ». Si Furiosa ne pleure aucun enfant réel, elle n’est pourtant pas étrangère au concept. Furiosa est telle une mère adoptive pour ses consœurs, une représentation de l’amour maternel et universel qui semble avoir fui la Terre, et d’une compassion qu’elle destine avant tout à ses semblables.

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Furiosa vient d’un peuple matrilinéaire

furiosa-mad-max-fury-roadElle a été kidnappée alors qu’elle était enfant par la tribu d’Immortan Joe. Elle a vu sa mère mourir au bout de quelques jours. Elle s’est alliée à son ravisseur, jusqu’à devenir son bras droit, chargée de la plus délicate des missions. On ne peut qu’imaginer ce qu’elle a dû accomplir en son nom — peut-être est-elle devenue kidnappeuse à son tour, peut-être a-t-elle arraché les « épouses » à leur famille, elle a probablement tué, détruit, saccagé. Et en sauvant ce que la colonie a de plus pur, en protégeant au prix de sa vie cinq jeunes femmes qui refusent d’être des « choses », en tentant de les mener au paradis dont on l’a déracinée, Furiosa cherche sa rédemption, pour racheter des années de mauvaises actions.

L’impératrice matriarche

Il est important de noter que Furiosa est née au sein d’une matriarchie. Il n’y a pas de hasard. Le tableau qu’est en train de peindre le réalisateur ne laisse que peu de doutes sur sa portée. Si l’on ne sait pas comment, après son enlèvement, la guerrière a pu finir commandante, à la tête d’une armée d’hommes, nous ne pouvons qu’imaginer l’horreur que fut son existence.

Mad Max: Fury Road, réalisé par George Miller (2015) © Warner Bros.Furiosa représente bel et bien la personnification de la douleur, que ce soit par ce que l’on devine de son passé ou ce que l’on sait de son présent. Ce sentiment de tourment et de souffrance conjugué au féminin a un rôle clé dans Fury Road. Furiosa, combattante au corps mutilé, est en quête de rédemption, non de revanche. Elle est la victime directe d’Immortan Joe, et pourtant, son désir n’est pas tant de lui arracher les parties génitales que de retrouver les siens, de se reconstruire et plus tard dans le récit, de bâtir un monde nouveau.

Le matriarcat : une harmonie entre hommes et femmes

Face à ce système archaïque et inégalitaire, ce sont les femmes qui représentent l’avenir : elles ouvrent les vannes, distribuent l’eau, symbole de vie, amènent aussi les graines qui permettront de faire revivre des cultures oubliées. Furiosa veut visiblement mettre en place, avec l’aide de chacun, un régime plus juste, peut-être démocratique, qui sait ? Mais cette avancée n’est nulle part présentée comme se faisant sans les hommes, contre les hommes ou au détriment des hommes.

Les matriciens triomphent des patriciens

Si tout se passe bien, on peut imaginer que les War Boys seront peu à peu intégrés dans cette nouvelle société, pris en charge, à l’image de Nux qui n’a malheureusement jamais revu la colonie. La dichotomie entre la « plèbe » qui vénérait Joe, gardien tout-puissant de l’eau, et les gens « d’en haut » sera probablement atténuée, jusqu’à disparaître complètement. Cette société plus harmonieuse risque d’attirer d’autres laissés-pour-compte, d’autres errants du désert ou des marais, et à défaut d’avoir trouvé sa « Terre Verte », Furiosa pourra créer la sienne. Et ça, c’est la plus belle des rédemptions.

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Le meilleur film de l’année, divertissant et intelligent ?

Mad Max: Fury Road, réalisé par George Miller (2015) © Warner Bros. D’aucuns diront que Mad Max: Fury Road n’est pas vraiment ce que l’on pourrait qualifier de « film profond ». Pourtant, son scénario fluide et son imagerie multi-référencée offrent un terrain fertile à l’analyse. En changeant la tendance d’un cinéma d’anticipation blockbusterisant qui préfère les révolutions technologiques (et essayant constamment de faire passer le moindre rôle féminin pour féministe), à l’aridité d’une Terre condamnée à souffrir, George Miller réalise ce qui est certainement l’un des meilleurs films de 2015. Visuellement virtuose, le long-métrage de l’Australien prouve à tous les prêcheurs de goûts aigres et aux tristes bonnets de nuit qu’il est encore possible de concilier divertissement sans complexe et discours intelligent.

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