Matriarcat Chamorro (Guam, îles Mariannes) : une fratrie utérine à l’origine du monde

Quand Magellan arriva sur Guam en 1521, l’île principale des Mariannes, celle-ci était habitée par les Chamorros, une société matriarcale guerrière. L’ancien peuple Chamorro, qui fut le premier à habiter les îles Mariana, est venu de l’Indonésie et des Philippines, possiblement aussi tôt que 2000 av. J.C. Leurs langues austronésiennes de l’ouest sont étroitement apparentées à celles des insulaires de Yap et Palau. Leur société était stratifiée et organisée en clans matrilinéaires constamment engagés dans des guerres inter-tribales. C’était une société matriarcale où le pouvoir et le statut de la femme étaient prédominants (les espagnols n’ont pas réussi à le reconnaitre). La virginité n’avait aucune valeur. Des hommes se faisaient payer pour déflorer les vierges.

Une culture résistante

La culture chamorro a survécu à plusieurs siècles d’occupation. Les traditions sont plus particulièrement visibles dans les villages du sud de l’île, où les habitants perpétuent leur mode de vie à travers les danses, la navigation, la cuisine, les jeux et les chants. L’artisanat chamorro repose sur le tressage (paniers, sacs, tapis, chapeaux ou récipients en feuilles de pandanus ou de cocotiers) et le tissage (jupes en fibres de bananiers et d’hibiscus, linceuls…). Les artisans utilisent aussi les coquillages et les carapaces de tortues pour fabriquer colliers, bracelets, ceintures ou peignes. On pourra avoir un bon aperçu de cet artisanat au marché de Chamorro Village, à Agaña.

Pêcheurs, chasseurs, horticulteurs et navigateurs

La société chamorro s’est développée grâce à leur grande habilité à pêcher, chasser et à l’horticulture. En maints endroits, les propriétaires de domaines particuliers travaillent ensemble les jours de fête, et la terre redevient commune. On retrouve aussi d’excellents navigateurs et des artisans doués dans l’art du tissage raffiné et de la poterie. Ils construisent des maisons et des pirogues uniques parfaitement adaptées aux contraintes du pays. La culture, la langue, la danse et les traditions sont aussi empreints de ce que les locaux ont enduré.

Une cosmogonie utérine

La légende de Puntan et de Fu’una, frère et sœur, est la plus célèbre. Ils sont deux des nombreux Dieux de cette ancienne civilisation. Dotés de forces surnaturelles, ils créent le monde en utilisant les parties de leurs corps. Un des yeux de la jeune femme devient le soleil, l’autre la lune. Les sourcils du jeune homme se transforment en arc-en-ciel tandis que son dos se change en terre. Et selon la légende, Fu’una jette ensuite son corps dans cette nouvelle terre et crée ainsi Fouha Rock, un rocher qui se situe au sud de l’île, à Utamac Bay. Ce conte traduit la suprématie de la relation frère-sœur ainsi que le système matrilinéaire de transmission de la propriété, de l’héritage et du nom par le lignage féminin. Il est aussi analysé comme une forme d’animisme avec les multiples références à la nature. L’île de Guam se situe dans l’archipel des îles Mariannes.