Elizabeth Gould Davis – Le Sexe Premier : de l’ancien secret de l’immaculée conception à la parthénogenèse

Extraits du livre de Elizabeth Gould Davis – 1971, Éditions de l’Évidence — 2008, 7, impasse du bon pasteur, 69 001 Lyon

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Après le cataclysme universel

« Oserons-nous supposer que le centre de la grande civilisation perdue, où qu’il se soit trouvé, fut détruit par le cataclysme universel général du dixième millénaire, lorsque le Pôle Nord se retrouva vers le Bassin du Soudan, et que les quelques rares
chefs survivants se réfugièrent dans les repaires montagneux de la Thrace égéenne ? Car en Thrace l’ancien savoir scientifique fut transmis jusqu’au temps d’Orphée ; en Thrace les Grecs classiques mirent en évidence une technologie antique dépassant largement leurs capacités. » – Richard Payne Knight

La tradition de la terre des femmes

La Thrace, selon Apulée, était le berceau originel de la sorcellerie (sagesse féminine), et à proximité de la Thrace résidait la nation des Amazones, la race de femmes aux yeux bleus qui vivaient sans aucun homme, tuant ceux qui osaient s’approcher de leurs frontières. (Dans la mythologie celtique, on évoque une terre habitée par des femmes semblable à la nation des Amazones de la légende égéenne. “La tradition de la terre des femmes”, écrit John McCulloch, “existe dans le folklore irlandais”). Peut-être que seules les sages-femmes ont échappé à la grande catastrophe et que, pour perpétuer la race, elles firent de la reproduction par parthénogenèse une chose banale.

Lire Parthénogenèse : quand le règne du vivant femelle se passait des mâles

Quand les ancêtres étaient des femmes

Cela expliquerait le mythe sauvé par Platon selon lequel, dans l’antiquité, tous les ancêtres étaient des femmes et des adeptes de la méthode de reproduction pratiquée par les Amazones. Car selon la légende, et bien que sans hommes, les Amazones élevaient leurs bébés filles et supprimaient les garçons. Ajoutons que la Thrace fut aussi le lieu de la naissance et de la mort d’Orphée, “l’homme mystère de l’antiquité”. Et surtout, c’est en Thrace qu’apparut le druidisme. Le druidisme pourrait bien être l’ancienne religion originelle, et il serait intéressant de suivre cette religion première depuis sa source jusqu’aux temps modernes, en passant par Sumer et l’Europe celtique.

Tiamat, déesse-mère de la civilisation

Dans la mythologie sumérienne, la déesse créatrice Tiamat sortit des vagues de la mer d’Érythrée (le Golfe Persique actuel), sous la forme d’une “femme-poisson” et enseigna aux hommes les choses de la vie : “construire des cités, fonder des temples, élaborer des lois, en bref, leur apprit tout ce qui pouvait adoucir les mœurs et humaniser la vie”, comme le rapporte Bérose de Babylone au 4ème siècle A.C. “À partir de ce moment, [ses] instructions étaient tellement universelles que rien de concret n’y fut ajouté”, dit Polyhistor. On pense que cet événement se passait en 16 000 A.C. approximativement, mais une date moins éloignée serait plus raisonnable.

La croix, symbole de la Déesse, et non du Christ

La relation entre la croix et la sirène ou déesse celte des eaux, telle qu’elle apparaît sur les anciennes pièces pré-chrétiennes, offre un fascinant champ d’étude. De telles pièces ont été retrouvées à Marseille, dans le Loiret, à Quimper et en d’autres lieux de la Gaule, de même qu’en Espagne et en Bretagne, et elles indiquent que la croix était le symbole ou l’insigne de l’ancienne déesse celte, qui ne faisait peut-être qu’une avec Tiamat elle-même.

Il est significatif que la croix soit aussi un emblème des druides ; et la croix des druides, comme celles figurant sur les pièces celtiques, avait des branches arrondies d’égale longueur – la forme d’un trèfle à quatre feuilles. C’est pour cette raison, et non par analogie avec le christianisme, que le trèfle est révéré en Irlande celtique et que le trèfle à quatre feuilles est considéré comme un porte-bonheur dans le monde celtique moderne.

Les sirènes, déesses marines des peuples celtes

Dans notre hypothèse d’une étroite relation verticale entre les Celtes matriarcaux et la civilisation perdue, il est pertinent que les sirènes de la mythologie tardive soient presque exclusivement celtiques. “La prédominance des contes de sirènes dans les populations celtes”, écrit Sabine Baring-Gould, “indique que ces nymphes ont été à l’origine les déesses de ces peuples”. Cela montre aussi que les Celtes, qui aux temps historiques n’avaient pas de marine, ont dû avoir à un certain moment une relation proche avec la mer, l’habitat des sirènes. Morgan la fée de l’épopée arthurienne, Morrigan dans le folklore irlandais, et Morgana dans les réminiscences celtiques danoise et italienne, sont la même et unique reine magique, dont le nom signifie “Enfant de la mer”, mor étant le mot celtique pour mer.

Quand les déesses devinrent des dieux

Il est curieux de découvrir que cette même croix aux branches égales était un emblème de Poséidon, le dieu grec de la mer, le “dieu de l’eau” qui, selon Platon, avait été une divinité des Atlantes, dont la cité principale porte son nom. Dans la mythologie gréco-crétoise, Poséidon était l’héritier de la Grande Déesse de Mycènes et de Crète, la déesse Potnia. Avec l’évolution naturelle du mythe, les déesses se sont immanquablement transformées en dieux, en particulier lorsqu’elles étaient de grandes déesses créatrices. W.R. Smith écrit qu’il fut ébahi de découvrir que les déesses des anciens Sémites “changèrent de sexe et devinrent des dieux” aux temps historiques. Et Buck note qu’il y a 500 ans seulement, Atea, le grand dieu de Polynésie, était une déesse. Il se peut que ce fût aussi le cas avec Poséidon. Il était peut-être une déesse à l’origine – la déesse Tiamat-Potnia en fait, la Grande Déesse créatrice de Sumer, de la Crète, de l’Atlantide et des Celtes. Son emblème, la croix, aurait donc été l’emblème originel de la Grande Déesse, comme il paraît l’être resté dans la religion celtique.

La croix des civilisations « gynécocratiques »

La croix aux branches égales a été retrouvée sur les urnes funéraires des Étrusques gynécocratiques et, cela est plus intéressant, sur une ancienne pièce phénicienne portant côté face une image du bœuf sacré, symbole de la gynécocratie. Sur le site de l’ancienne Byblos, on a retrouvé une pièce représentant la déesse Astarté (Ishtar- Tiamat) portant une croix identique, le pied posé sur la proue d’un navire !

Le voyage de la Croix autour du monde

Cette croix celtique, différente des très nombreuses autres croix qui existent, voyagea loin et beaucoup aux temps préhistoriques, car on l’a retrouvée dans la lointaine Océanie représentée sur les pierres sacrées de la Nouvelle Guinée et de l’Ile de Pâques. En Australie, on a découvert un pendentif amulette en pierre verte, en forme de croix celtique, copie conforme d’une amulette trouvée en Égypte à Tel el Amarna, le site de l’ancienne cité où Néfertiti et le Pharaon Akhenaton régnèrent il y a 3500 ans.

Le Taureau Sacré

Le culte le plus répandu dans le monde antique était peut-être celui du taureau, l’animal consacré à la Grande Déesse. Même si l’on remonte aux plus anciens temps et mythes, quand la déesse régnait en maîtresse absolue, on trouve le taureau sacré derrière elle. Poséidon, l’ancien dieu crétois, fils de Potnia (la Puissante), était un dieu-taureau en même temps qu’un dieu-poisson. Platon nous dit que Poséidon était le dieu de l’Atlantide, et que sur l’Atlantide on adorait le taureau.

Basilée, fondatrice de l’Atlantide

Le premier gouvernant de l’Atlantide, mentionné par Diodore de Sicile au 1er siècle A.C., mais pas par Platon, était la reine Basilée, qui précéda Poséidon. C’est elle, écrit Diodore dans sa monumentale Bibliothèque Historique, qui apporta l’ordre, la loi et la justice au monde, après une guerre sanglante contre les forces du mal et le chaos. C’était une reine guerrière, à la mode celtique, prototype de Cartismandua, Velléda, Boadicée et Tomyris.

La Grande Déesse “aux cent noms et une seule personnalité”

La reine Basilée devint la Grande Déesse “aux cent noms et une seule personnalité”, qui fut ensuite révérée dans tout le monde antique [Lewis Spence]. L’ancienneté de cette grande reine est inimaginable ; mais un fait en témoigne : on la disait fille de Gaïa, la déesse primordiale qui, dans la mythologie hellène plus tardive, créa le monde du Chaos, et avait donc précédé Chronos, le “père du temps” lui-même, qui était le fils de Gaïa.

Le compagnon cornu de la Déesse

Là où le culte de la déesse se répandait, le taureau sacré l’accompagnait. En Inde, où l’on adore toujours le taureau, le culte du taureau faisait partie du culte de la déesse qui domina jusqu’à l’époque de Rama. Apis, le dieu-taureau de l’Égypte, consacré à Isis, resta longtemps célèbre, de même que le dieu-taureau, le “veau d’or”, des antiques Palestine et Syrie. Ce dernier était Moloch, consacré à Éa (Tiamat), la déesse syrienne, qu’on connaissait et adorait sous le nom de Anat ou Nèith chez les juifs.

Les fouilles de Ninive, Babylone et Ur, de même que celles des villes plus petites de la vallée du Tigre et de l’Euphrate, montrent que le taureau accompagnait le culte de la grande déesse-poisson Tiamat, souvent représentée par une sirène, comme sur un sceau découvert à Ninive [André Parrot]. Poséidon fut identifié comme une version plus tardive de la même déesse-poisson [Lewis Spence].

Au cours de la dernière décade, les fouilles archéologiques effectuées sur le site de la “plus ancienne ville de l’histoire” [U. Bahadir Alkim], Çatal Hüyük en Anatolie, ont établi un lien entre la mythologie et l’histoire. Car là-bas, où la suprématie de la Grande Déesse était indéniable, la seule créature qui partageait ses sanctuaires et ses temples était le taureau sacré. “Elle était la Divinité, et cohabitait avec le taureau sacré du continent perdu de Platon” [Lewis Spence].

Les 5 Âges de l’Homme

L’Âge d’Or : lorsqu’il n’y avait pas de dieux

Selon les Grecs helléniques, il y eut cinq âges de l’homme, qui furent tous matriarcaux sauf le dernier, l’âge de fer helléno-dorique. Le premier âge, l’Âge d’Or, était celui du paradis terrestre, lorsqu’“il n’y avait pas de dieux” ou de rois, et que “les êtres humains vivaient sans travailler, sans vieillir, en riant beaucoup, et que leur mort n’était pas plus terrible que le sommeil” [Hésiode27].

L’Âge d’Argent : l’ère matristique, sans guerres, ni sacrifices, ni chasse

Le deuxième âge, l’Âge d’Argent, était le temps des puissantes gynécocraties caractéristiques d’une civilisation revitalisée après le trépas de la civilisation perdue. Cet âge dura des milliers d’années pour se terminer aux temps historiques. Ce fut le
temps de l’épanouissement des grandes civilisations de Sumer, de l’Égypte, de la Crète et le stade de la civilisation que les poètes désignent comme l’Âge d’Or. À l’Âge d’Argent, “les hommes étaient totalement soumis à leurs mères, et n’osaient pas leur désobéir même si elles vivaient jusqu’à cent ans”. Ils ne faisaient jamais de sacrifices, jamais la guerre, et n’apprenaient jamais à chasser et à tuer [Hésiode].

L’Âge de Bronze : l’ère carnivore

Le troisième âge, succédant à l’Âge d’Argent, fut le premier Âge de Bronze – époque où la Crète régnait encore souverainement sur la région égéenne et le reste du monde. C’était aussi le temps où les premiers Grecs quittèrent l’Anatolie, traversèrent la mer pour atteindre le Péloponnèse, vers 3000 A.C. [Stuart Piggott], et adoptèrent le culte crétois de la Grande Déesse Potnia, qu’ils assimilaient bien sûr à leur ancienne divinité anatolienne propre. Ce furent les Achéens qui, 1500 ans environ après leur arrivée en Grèce, absorbèrent la culture crétoise et établirent la grande civilisation minoé-mycénienne sur le continent. C’est à cette époque que les hommes apprirent pour la première fois à manger la chair des animaux [Robert Graves]. Le deuxième Âge de Bronze, quatrième âge de l’homme, fut l’âge héroïque des Grecs. Le peuple était constitué des Achéens d’Homère, les héros mycéniens de Troie. Leur dernier grand roi fut Agamemnon, et sa grande cité était Mycènes.

L’Âge de Fer : le déferlement du patriarcat

La cinquième et dernière race fut celle des Doriens de l’Âge de Fer, qui déferlèrent d’Europe à travers la Thrace vers 1000 A.C., 200 ans après la guerre de Troie, détruisirent la civilisation minoé-mycénienne et introduisirent l’Âge des Ténèbres en Grèce. Les Doriens, comme les Achéens et les Mycéniens, étaient des Indo-européens, mais, contrairement aux premiers Grecs, ils amenèrent avec eux leur nouveau dieu propre – Zeus, un dieu mâle. Ils abolirent le culte de la déesse et installèrent des lieux saints dédiés à Zeus et sa famille à travers toute la Grèce. Ce fut en Thrace, terre de mystère, que Zeus et les Doriens livrèrent leurs premières batailles contre la déesse, événements relatés dans la mythologie.

Nôtre-Dame, reine du Ciel et Mère de Dieu

Dans la mythologie originelle, nous l’avons dit, y compris la mythologie juive (et donc, celle du fils aîné du judaïsme, le christianisme), il existe une Grande Déesse originelle qui crée l’univers, la terre et les cieux, et crée finalement les dieux et le
genre humain. Elle porte éventuellement, par parthénogenèse, un fils qui devient ensuite son amant, puis son héritier, et son remplaçant, et finalement, dans le patriarcat, usurpe son pouvoir [E.O. James].

L’assomption : disparition et naissance de la constellation de la vierge

La similitude entre Isis la déesse vierge, et Marie, la déesse vierge des chrétiens, est mise en évidence par Carpenter : “La Vierge Marie avec son divin enfant dans les bras peut être suivie en descendance directe jusqu’à Isis l’Égyptienne et son petit enfant Horus, et donc jusqu’à la constellation de la Vierge brillant dans le ciel.

Sur la représentation du zodiaque dans le temple de Dendéra en Égypte, le dessin de la Vierge est accompagné d’un dessin plus petit montrant Isis avec Horus dans les bras ; en outre, l’église romaine a fixé la célébration de l’Assomption de Marie vers la gloire à la date même où la constellation de la Vierge disparaît de la vue en été, de sa naissance à la date où la même constellation réapparaît en septembre”.

“Le matriarcat originel est évident”, écrit Graves, “en dépit de l’interprétation patriarcale de l’Ancien et du Nouveau Testaments”. Et l’Encyclopédie de la Religion et de l’Éthique de James Hastings affirme : “il est certain que l’évolution la plus fréquente, et de loin, dans le monde fut le passage du droit maternel [matriarcat] au droit paternel [patriarcat]”.

Une terre ruisselante de lait et de miel

À l’âge d’or de la mythologie judéo-chrétienne, le paradis était une terre “ruisselante de lait et de miel”.  Le lait symbolise la gynécocratie pour des raisons évidentes, et le miel parce que l’abeille “représente le principe féminin de la nature. La vie de
l’abeille figure le matriarcat dans sa forme la plus nette et la plus pure”, et Aristote considérait la société des abeilles comme plus avancée que celle des humains [Bachofen].

Le symbole du pouvoir matristique

La double hache, “signe du pouvoir impérial”, était le symbole du pouvoir gynécocratique en Crète comme chez les Lyciens, les Lydiens, les Amazones, les Étrusques, et même les Romains [Bachofen]. On l’a découverte dans les tombes des femmes du paléolithique en Europe, creusées il y a 50 000 ans [Frédéric-Marie Bergounioux]. Et elle est sculptée dans les pierres sacrées du Stonehenge préceltique en Angleterre ; cela témoigne de la relation étroite entre l’Europe du premier Âge de Pierre, les mystérieuses constructions de Stonehenge, et les adorateurs de la double hache du monde préhistorique égéen et anatolien [J.F.S. Stone]

L’humanité végétarienne

Parmi les découvertes faites à Çatal Hüyük, le régime végétarien est une preuve intéressante ; elle nous forcera à revoir la vieille image des hommes des cavernes chassant et ramenant les animaux abattus à la maison, à leur femme et leurs enfants. Car, comme nous le verrons, le caractère carnivore ne fut acquis que plus tard dans l’histoire humaine, et le chasseur ne vint qu’après l’agriculteur [Kenneth MacGowan].

Le matriarcat étrusque

Quand les tombeaux de Toscane (Italie) furent mis à jour au 19ème siècle, les conséquences furent retentissantes. Car, dans chaque tombeau, la place d’honneur était réservée à la mater familias, la femme chef de famille. Cette règle était incontournable, si bien que Raniero Mengarelli, l’archéologue du 19ème siècle, “édicta une nouvelle loi : dans les tombes étrusques, le corps de l’homme, à gauche, était disposé sur une plateforme ; celui de la femme, toujours à droite, dans un
sarcophage… Il semble”, écrit Jacques Heurgeon, “que le sens de cette différence était de s’assurer qu’une certaine catégorie de défunts – les femmes – aurait un caractère plus sacré… Lire Matriarcat étrusque (Italie), une civilisation idyllique à l’origine de Rome

Quand les indo-européens ne connaissaient pas le mot Père

En fait, la première famille humaine consistait en une femme et ses enfants. “La famille patriarcale était totalement inconnue”, écrit Lewis Henry Morgan. “Ce ne fut qu’avec l’arrivée de la civilisation attestée qu’elle s’établit”. La paternité et l’idée d’un couple permanent apparurent très tard dans l’histoire humaine. Si tardive, en fait, fut l’idée de paternité que le mot père n’existait pas encore dans la langue indoeuropéenne originelle, comme le fait remarquer le philologue Roland Kent. Lire Matriarcat indo-européen : les guerrières amazones antiques d’Asie centrale

Le sexe et la grossesse n’ont rien à voir

Même aujourd’hui il y a des peuples qui pensent que le sexe et la grossesse n’ont rien à voir. Bronislaw Malinovski décrit des tribus qui croient qu’un homme doit ouvrir le vagin d’une vierge pour faciliter l’entrée dans l’utérus de l’esprit du futur enfant ; mais l’idée que l’homme ait quelque chose à voir avec la conception du bébé dépasse l’entendement des indigènes.

Quand les femmes vénéraient le Phallus

Les sanctuaires de la déesse récemment mis à jour au Proche Orient révèlent des phallus de toute forme et de toute taille. Le fait que ceux-ci, et des symboles phalliques tels que les cornes de taureaux, soient le seul signe masculin découvert dans les anciens lieux saints, indique que les adorateurs originels du phallus étaient les femmes elles-mêmes.

“Ces symboles masculins étaient en rapport avec la Déesse, et c’était pour lui plaire qu’ils abondaient dans ses sanctuaires” [Jacquetta Hawkes]. Notons que dans la mythologie égyptienne, ce fut Isis elle-même, la divinité première, qui établit le culte du phallus.

La Castration et la Prêtrise

L’adoration du phallus par les femmes a conduit aux temps archaïques au sacrifice du pénis – la castration du mâle – en tant que rite religieux. À l’époque matriarcale, après que les hommes aient finalement été admis à la prêtrise, c’était évidemment ces castrats que l’on choisissait pour partager le gardiennage des temples avec les prêtresses de la déesse en longue robe.

Le taureau du pape

L’ancien caractère sacré du taureau dans les sociétés gynécocratiques se perpétue aujourd’hui dans l’expression “bulle du pape” [bull = taureau, en anglais] – décret papal. Cette expression s’explique par l’habitude qu’avait la reine de dicter ses lois au centre d’un croissant formé par ses prêtresses assemblées, le croissant étant en forme de cornes de taureau et, aussi, en forme de nouvelle lune.

La nouvelle lune de la justice

Le croissant de lune était sacré pour la déesse, et Mommsen dit que, dans l’antiquité, il était habituel de rendre la justice pendant la nouvelle lune. La double hache courbe de Crète, symbole inévitable de la justice royale (de la reine) était une survivance à la fois des cornes de taureau et de la nouvelle lune, les deux étant sacrées pour la déesse.

Les 13 mois lunaires du malheur

Le temps se mesurait par les phases de la lune, et “dans toutes les langues, la lune doit son nom au fait que les hommes mesurent le temps (mensis) [= mois, en latin] grâce à elle” [Theodor Mommsen]. Les mots “menstrues” et “menstruation” viennent de là, de même que “mensuration”, mesure. L’année lunaire du calendrier matriarcal comprenait treize mois – donc le chiffre treize porte malheur, toutes les survivances des anciennes gynécocraties européennes étant signes de malheur et de mauvais augure selon l’église chrétienne.

L’Arche, matrice de la Déesse

“L’Arche est un symbole féminin”, écrit Goldberg. Comme la Torah des juifs, il représente le principe féminin – la divinité originelle des juifs et le créateur de Dieu et de l’homme [Theodor Reik].

L’arche fut rapportée aux juifs par Moïse depuis les temples égyptiens de la déesse Isis, pour laquelle l’arche était sacrée depuis des millénaires avant Moïse. Pour les juifs, elle représentait la matrice, le berceau de toute vie. L’arche des juifs devint le Tabernacle des chrétiens, et il est révélateur que, dans l’église romaine, la Vierge Marie soit appelée le “Tabernacle de Dieu”. L’Arche de Noé symbolisait la matrice de la déesse qui sauve et protège toutes ses créatures.
Le mythe de Noé n’est pas un mythe hébreu mais sumérien, reposant sur des idées ouvertement gynécocratiques, comme le montre l’épopée de Gilgamesh dont il est issu.

Le sphinx égyptien – animal à tête de femme – représente la domination de la femme sur l’homme, et symbolise “la primauté d’Isis sur Osiris” [J.J. Bachofen]. Encore que son grand âge suggère qu’il est infiniment plus ancien qu’Osiris, et date de l’époque où “il n’y avait pas de dieux”.

La Filiation Matrilinéaire dans la Bible

“Sara était supérieure à son mari, Abraham”, disent les légendes juives. Abraham devait ses troupeaux et sa position de chef de tribu à sa femme Sara [Louis Ginzberg].

Il ressort des légendes, mais beaucoup moins du récit de la Genèse, que Sara était une princesse chaldéenne qui conféra son statut à Abraham en l’épousant. Elle était le personnage le plus important ; l’Ancien Testament le laisse entendre et les légendes le prouvent largement.

Le fait est qu’Abraham était le “simple prince consort”. Sa tribu était à l’origine la tribu de Sara, et c’était à elle que la prétendue promesse de Dieu avait été faite – la promesse qu’elle fonderait une grande nation. Selon les légendes, quand Sara apprit qu’Abraham se préparait dans les collines à sacrifier Isaac, ou Israël comme on l’appela ensuite, “elle se changea en pierre” et mourut sur le champ [Louis Ginzberg]. Elle ne sut donc jamais que Dieu avait arrêté la main d’Abraham et que son fils était vivant. Les juifs ne tiennent donc pas leur nom d’“Israélites” du père, Abraham, mais du fils de Sara, Isaac ou Israël.

Les spécialistes du Talmud, les rabbins juifs, savent tous depuis longtemps que les matriarches, Sara, Rebecca, Rachel et Léa, étaient des personnages plus importants que leurs époux, Abraham, Isaac et Jacob [Robert Briffault].

Sigmund Freud fut “abasourdi” (c’est son mot) d’apprendre que, au 5ème siècle A.C. encore, une colonie juive de Haute Égypte, près d’Éléphantine, adorait toujours la divinité originelle et primitive juive, la déesse Anat.

Dans le Nouveau Testament, comme dans l’Ancien, la filiation matrilinéaire relève à nouveau son auguste tête, en dépit des efforts des rédacteurs pour l’éliminer. Car il est évident que la filiation de Jésus proposée dans l’Évangile de Matthieu était, à
l’origine et en fait, la filiation de Marie et non de Joseph. Jésus tenait son autorité et son sang royal de sa mère, Marie, “descendante de la tribu de Juda et de la maison royale de David” [Joseph Gaer].

Selon la tradition du Nouveau Testament, les légendes de Jésus et Marie furent transmises oralement par leurs propres voisins : “Matthan engendra Anna, qui porta Marie, de laquelle est né Jésus, qu’on appelle Christ”.

Caïn et Abel : du végétarisme au régime carnivore

L’histoire biblique d’Abel et Caïn reflète le passage de l’âge antérieur non-violent et pacifique à la barbarie de l’âge patriarcal. Sous la déesse, dit Bachofen, “Une culpabilité particulière était liée à la blessure physique de toute créature vivante” – homme ou bête. Aussi, en acceptant l’offrande de viande faite par Abel, “des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse“, et en repoussant l’offrande faite par Caïn, “des fruits de la terre”, le nouveau Dieu mâle annonçait sa loi : l’harmonie entre hommes et bêtes était terminée, et le massacre et la violence faisaient leur entrée.

L’histoire pourrait être une version modifiée d’un récit sumérien plus ancien dans lequel la déesse acceptait le présent de Caïn et condamnait Abel à mort pour sa soif de sang. La marque de Caïn aurait pu être à l’origine un signe favorable de la part de la déesse, exprimant son approbation de l’ancienne race des agriculteurs frugivores au détriment des nouvelles bandes de carnivores représentées par Abel.

Après le meurtre d’Abel, dit Ginzberg, “la terre changea et se dégrada, et les arbres et les plantes refusèrent de donner des fruits”. Cela pourrait fournir une indication sur la cause de la “mutation” de l’homme, de son passage d’agriculteur pacifiste à prédateur [Robert Eisler]. Si une sècheresse mondiale avait eu lieu, comme le suggère la légende et l’affirme Velikovsky dans La Terre dans le Cataclysme, l’homme aurait été dans l’obligation de tuer pour survivre. “À l’issue de l’épisode pluvieux”, écrit Eisler, “l’homme rendu agressif par la faim apprit à chasser en groupe, dévorant vivant le maigre butin”. Cette théorie est en accord avec l’antique légende babylono-sémitique disant qu’il fallut attendre l’époque de Noé, lorsque la terre avait vu sa surface réduite par les inondations, pour que Dieu autorisât l’homme à manger ses semblables animaux [Louis Ginzberg].

La mythologie grecque relate qu’il fallut attendre l’Âge de Bronze, presque encore dans la mémoire de l’homme, pour que
l’homme défie le matriarcat et apprenne à manger de la viande. « Lucrèce, comme Platon, raconte que l’homme primitif vivait de racines, baies, glands, graines et fruits ; et Porphyre dit que nos ancêtres ne sacrifiaient que des fruits et des légumes” [Montesquieu].

Caïn et Abel personnifient la guerre entre le Taureau et le Bélier, et leur conflit est le premier rapporté dans la Bible après la Création. La violence a caractérisé la révolution patriarcale.

La Contre-révolution égyptienne matriarcale

Il est historiquement reconnu que, en Égypte au 18ème siècle A.C., se déroula une contre-révolution qui chassa les rois bergers patriarcaux, les Hyksos, et restaura l’ancien mode de vie matriarcal. Hérodote, écrivant au 5ème siècle A.C., 1200 ans après l’expulsion des Hyksos partisans du Bélier, rapporte qu’en Égypte, à cette époque, les femmes participaient aux affaires, faisaient du commerce et prenaient en charge la famille, “tandis que les hommes étaient occupés à tisser à la maison”. Et il ajoute que, “en Égypte, les fils n’avaient pas à assister leurs parents, mais les filles le devaient”. Jusqu’au 1er siècle, les filles égyptiennes devaient, en tant qu’héritières de la propriété familiale, doter leurs frères afin qu’ils puissent trouver une épouse. Cela semble prouver que la contre-révolution égyptienne fut une totale réussite.

Les Kauravas contre les Pândava

Mais dans la lointaine Inde indo-européenne, la révolution du Bélier, menée par Râma lui-même, amena le triomphe des patriarches. Râma attaqua de l’intérieur, pour ainsi dire, en obtenant d’abord la main de la princesse héritière Sîtâ, puis dominant cette dernière, la maltraita et usurpa finalement sa place de souveraine. Râma est mort en Inde il y a 5000 ans, et son règne a été suivi de siècles de guerre entre le peuple matriarcal du Taureau, les Kourava, et le peuple patriarcal du Bélier, les Pandava. Il fallut attendre la venue de Krishna (Vishnou) pour que le peuple du Bélier l’emporte enfin et que l’Inde s’installe dans un patriarcat intégral et ininterrompu.

Cependant, la religion indienne n’a pas éliminé totalement la femme de sa hiérarchie comme l’ont fait les religions juive et chrétienne avec leur trinité toute masculine. Car, dans la trinité hindoue, il y a le père, la mère, et le fils ; et la mère vierge de Krishna, Devaki, est la seconde personne de la trinité. Elle est l’objet d’un culte en tant que “Déesse de la Raison, Mère des Dieux, Auteur de la Création”. La prière à Devaki dit : “Tu es l’Intelligence, la mère du savoir, la mère du courage ; le firmament et les étoiles sont tes enfants ; tout ce qui existe vient de toi ; tu es descendue sur terre pour le salut du monde” [Edouard Schuré].

Un mariage divin incestueux

Tous les mythes de la création sont en accord : la déesse engendre un fils qui devient ensuite son époux, comme dans les mythes de Marduk, Zeus, Tammuz, Osiris, Attis, Adonis, Poséidon, et beaucoup d’autres. Même dans le mythe chrétien
central, ce thème est fidèlement repris : Marie donne naissance à Jésus qui est à la fois Dieu le père et le Saint Esprit – en d’autres termes Marie épouse Dieu avant de le créer.

Le Jardin d’Éden dans l’histoire de la Genèse représente l’âge d’or perdu de la Grande Déesse, Ève. “Jéhovah ne figure pas dans le mythe originel. C’est la Mère de Toute Vie [Ève], qui [crée Adam, puis le] chasse des terres fertiles car il a usurpé
quelques unes de ses prérogatives” [Robert Graves].

Le nom de Dieu est féminin

“Ève constitue les trois quarts de l’essence de Dieu”, écrit Schuré, “car le nom de Dieu est composé du préfixe Jod (j) et du mot Ève« . Une fois par an, le grand prêtre prononce le nom divin, en l’épelant : Jod, he vau, he”. Le “E-Vo-E” des Bacchantes et le cri des ménades pourraient être les échos de l’ancien culte d’Ève qui précéda Yahvé d’innombrables millénaires.

Les Femmes de l’Époque Préchrétienne dans le Monde Celto-Ionien

« La religion de Déméter, ses mystères, sa gynécocratie culturelle et civile, tout cela portait en germe les réalisations les plus nobles, mais qui furent réprimées ou minimisées de mille manières par les évolutions ultérieures. » – J.J. Bachofen

Hérodote écrit, à propos de la Lydie, que la chose la plus remarquable du pays à cette époque – 5ème siècle A.C. – était “une énorme structure, d’une taille à peine inférieure à celle des gigantesques monuments égyptiens, dont la base était formée d’immenses blocs de pierre, l’ensemble mesurant six furlongs et deux plethron de circonférence” [environ 1600 m]. Voilà encore une autre survivance du travail de construction des peuples de la mer, dont l’art de travailler la pierre ne peut pas être reproduit même par les bâtisseurs actuels.

Les femmes bâtisseuses des mégalithes

Une autre chose rappelle la civilisation perdue : la tradition, chez les Lydiens du temps d’Hérodote, selon laquelle les monuments grandioses avaient été bâtis “par les femmes d’autrefois”, souvenir manifeste de l’ancien pouvoir des femmes de bâtir des murailles et de déplacer des pierres par de mystérieux moyens. La Lycie possède encore aujourd’hui un mégalithe semblable – une colonne de pierre pesant huit tonnes – dont les origines se perdent dans les brumes du temps [John M. Cook].

Notons que les grands ouvrages en pierre et les constructions merveilleuses de la Babylone historique, comptant parmi les sept merveilles du monde antique, sont attribués au génie de deux femmes, les reines Nitocris et Sémiramis.

Lug et la Grande Déesse

Hérodote dit que la grande divinité des Celtes de cette époque était la déesse Tabiti. Pouvait-il s’agir de la Grande Déesse, Tiamat, Tibirra ou Tibir, la grande civilisatrice adorée des premiers Sumériens et connue sous le nom de “Tubal”, la
découvreuse des activités civilisées, chez les Hébreux ? Tabiti ou Tabirra était peut-être une ancienne reine de la civilisation perdue qui devint une déesse pour les survivants de cette civilisation, Sumer et les nations celtiques.

Un autre lien possible entre les rejetons sumériens et celtiques de cette grande civilisation réside dans le mot Lug – en langue sumérienne le mot pour “fils”, et dans la mythologie celtique le nom du plus grand des héros celtes, le fils de la reine Ethne [Robert Graves].

Le fait que les jeux tailtiens irlandais aient été instaurés par Lug [Terence G.E. Powell] renforce le lien entre les Celtes, l’antique Sumer, et la civilisation perdue. Car les érudits ont remarqué une grande similitude entre les jeux tailtiens irlandais et les rites funéraires étrusques [Robert Graves]. Et les Étrusques, on le sait, avaient ramené les rites de Lydie en Anatolie, l’antique demeure des Celtes et la source de la civilisation sumérienne.

Le jour de la mort de Lug, le premier dimanche d’août, fut nommé Lug-Mass et était une période de deuil chez les Celtes. L’église, à sa manière expéditive, incapable de se débarrasser de cette fête païenne, l’intégra dans le calendrier et l’appela
Lammas, une célébration longtemps combinée à la Toussaint mais encore appelée Lammas dans certaines parties de l’Angleterre, du Pays de Galles et de l’Irlande [Robert Graves].

Ishtar, la fête de Pâques

Un aspect intéressant de l’histoire des religions réside dans le fait que la mère de Lug, Ethne, a été assimilée à la déesse celte Oestre, et que la fête du printemps dédiée à cette dernière devint pour l’église le jour du Christ ressuscité et fut appelée Easter (Pâques) d’après le nom de la déesse, qu’on nommait ainsi chez les Celtes depuis le commencement des temps.

On croit que Cuchulainn, le grand héros irlandais de l’époque historique naissante, aurait été la réincarnation de Lug, son âme étant entrée sous la forme d’un éphémère dans la bouche de sa mère, Dichtire. Dichtire rappellerait-elle Dictynna ?

La coupe en or consacrée à la déesse

Dictynna était la déesse protectrice d’Égine, et ce fut d’Égine qu’un jour les Tuatha Dé Danann émergèrent des brumes du temps. L’île d’Égine dans le golfe Saronique, entre l’Attique et le Péloponnèse, fut colonisée au 4ème millénaire A.C. par les Grecs ioniens d’Anatolie ; et ce fut à Égine qu’Hérodote vit la coupe en or consacrée à la déesse. Cette coupe en or était l’une des reliques celtiques “tombées du ciel” dans un passé lointain ; et Plutarque, dans De Defectu Oraculorum [La Disparition des Oracles], dit qu’on l’utilisait encore dans le rituel druidique du 2ème siècle.

Son prototype, un calice en chêne sculpté en forme de coupe de trophée, a été récemment déterré à Çatal Hüyük en Anatolie. La forme en verre à vin de cette coupe est inhabituelle, mais pas unique, dans l’archéologie primitive. Des coupes à pied
mais sans base ont été découvertes, de même que des coupes avec une base sans pied. Les anciennes coupes, comme nos tasses à café modernes, reposent sur leur base aplatie. Mais la forme unique du calice du 19ème siècle A.C. découvert à Çatal Hüyük est parvenue, on ne sait comment, en Europe moderne et est devenue le modèle des calices d’autel de l’église chrétienne.

Et, lui-même, le calice sacré des anciens Celtes, se métamorphosa en Sacré Graal dans la légende chrétienne. La similitude entre les représentations imaginaires du Sacré Graal dans l’art médiéval et la coupe en chêne du Çatal Hüyük “préhistorique” est saisissante [James Mellaart].

La quête du Graal

Dans la légende populaire, le Sacré Graal fut apporté à Glastonbury, dans le sud de l’Angleterre, par Joseph d’Arimathée en l’an 37. Il n’existe aucune preuve historique, pas même la plus petite, que quelqu’un n’ait jamais vu cette coupe à Glastonbury. Au 6ème siècle, cependant, la légende fut ressuscitée et la quête du Graal, partie de Camelot au sud de l’Angleterre, parcourut toute la chrétienté, comme la “chevalerie” des chevaliers celtes du Roi Arthur, et devint le plus noble aspect – peut-être le seul noble aspect – de la vie médiévale européenne.

On a donc vu la hache sacrée, le labyris, passer de Çatal Hüyük – 9ème millénaire – à Stonehenge en Angleterre, les cornes sacrées de Çatal Hüyük devenir les torques d’or des tombes celtiques dans l’Angleterre du 2ème siècle, et le calice sacré de
l’antique Anatolie finir en Sacré Graal de la légende chrétienne. Tous ces objets étaient des reliques consacrées à la Grande Déesse. Toutes remontent au moins au Çatal Hüyük anatolien du 9ème ou 10ème millénaire. Et toutes étaient empreintes d’une profonde et mystique importance dans la grande civilisation celtique d’Europe.

Marie et la Grande Déesse sauvent la secte juive de Rome

Ce qui gêne le christianisme c’est que le vieux thème religieux de la déesse mère et le nouveau thème d’un Dieu tout puissant soient fondamentalement inconciliables. Robert Graves

L’église semblait vouée à l’échec, prête à descendre vers une mort violente au milieu des corps ensanglantés de ses victimes, lorsque le peuple a découvert Marie. Et c’est seulement quand Marie fut tirée, malgré les sombres décrets de l’église, de l’oubli auquel l’avait condamné Constantin et qu’elle fut identifiée à la Grande Déesse, que le christianisme fut finalement toléré par le peuple. Saint Patrick, le Dale Carnegie de l’église primitive, fut le premier à comprendre comment gagner des convertis volontaires.

“Puisqu’on avait affirmé que le Logos s’était fait chair à travers sa mère humaine”, écrit James, “quand la secte juive de Rome devint l’église catholique… l’antique culte à la déesse et au nouveau dieu fut rétabli dans une nouvelle combinaison” [E.O. James].

En bref, le christianisme l’emporta finalement car il représentait un retour au culte à la déesse originelle, que les dieux de l’Olympe avaient temporairement remplacé, mais qui n’avait pas été totalement remplacé dans l’esprit et le cœur des gens.

Et à cause de Marie et de son identification dans l’esprit médiéval à la Grande Déesse primordiale des Celtes, le christianisme put en définitive triompher des dieux mâles “artificiels et sans racines” qui avaient été délibérément inventés à l’époque patriarcale pour masquer l’Éternel.

L’Éternel peut-il être une femme ?

“L’Éternel peut-il être une femme ?” se demande Gide sans attendre de réponse. Pourtant, on l’a déjà dit, il est intéressant de noter que c’est toujours la Vierge Marie qui se manifeste dans les apparitions – jamais Dieu, jamais le Saint Esprit, et très rarement Jésus. Les grands mystiques chrétiens, hommes ou femmes, déclarent tous avoir vu Marie en personne à un moment ou un autre. Et il se passe rarement une semaine sans qu’un paysan ou un curé n’ait une apparition de “Notre-Dame”.

Les apparitions de la Reine du Ciel

Ceux qui s’intéressent à la recherche psychique peuvent se demander si les gens voient vraiment quelque chose – le corps astral ou éthéré d’une femme réelle. Mais de quelle femme ? King Numa l’a vu dans une grotte de Nemi et l’appela Egeria.
Bernadette l’a vu dans la grotte de Lourdes et l’a appelé Marie. Qui peut dire qu’il ne s’agit pas de la matérialisation d’une “Notre-Dame” réelle, la Grande Déesse elle même, “la Déesse Blanche aux noms multiples, vestige de la civilisation matriarcale, ou qui sait, présage de son retour” [Robert Graves].

L’immaculée conception – 1854

L’église a tout fait, dans son fanatisme patriarcal, pour détruire le culte à la déesse ; mais elle se trouva obligée, sous la pression populaire et afin d’assurer sa propre survie, de reconnaître Marie. Elle ne put se résoudre à l’inclure dans la Trinité, à laquelle elle appartenait selon l’antique tradition populaire, mais elle lui accorda finalement et à regret, 1900 ans plus tard, une place au paradis avec son fils et la dota, comme lui, d’une pureté surhumaine exempte de péchés.

“L’église a refusé pendant des siècles de se prononcer sur l’immaculée conception de Marie, une pureté qui l’aurait placée, elle Marie, à égalité avec Jésus, en tant que personne née sans péché. Les grands théologiens y étaient opposés et les moines instruits luttèrent contre jusqu’au bout. Pourtant les grandes masses populaires y étaient tellement favorables que l’église dut en définitive l’accepter” [G.G. Coulton].

Matérialisme masculin contre l’immatériel féminin

Quand l’homme décida pour la première fois d’exalter les particularités de son propre sexe, la musculature et l’immaturité d’esprit, il adopta la politique suivante : la réalité signifiait la tangibilité et ce que l’on ne pouvait pas voir ni toucher n’existait pas. “Tout ce qui était imperceptible… pour ses sens était déclaré pseudo-valeur douteuse et fictive”, dit Pitirim Sorokin. En discréditant le pouvoir divin de la femme, l’homme se priva lui-même des meilleures choses, les “vérités éternelles” dont la conscience en avait fait un être différent des animaux inférieurs.

En éliminant toute manifestation de vérité super ou extrasensorielle, et en n’adorant que la matière perceptible par les sens, l’homme fit de lui-même un simple organisme biologique et refusa la lumière divine qu’un jour la femme lui avait révélée. La femme en tant que magicienne, celle qui lui avait permis de se voir avec un halo minimal et une faible aura d’immortalité, devait maintenant être déclarée sans valeur. Cependant, le corps animal de la femme resta un accessoire indispensable au
nouvel homme concret, et il décida de transformer sa matière fondamentale en un simple organisme biologique sur son modèle – une compagne adéquate, une épouse “convenable” pour lui – son complément biologique. À travers les siècles, il a réussi à lui laver le cerveau au point de lui faire croire qu’elle était vraiment issue de sa côte, qu’elle était conçue pour le satisfaire, pour recevoir sa semence, et pour incuber ses héritiers, les continuateurs de son nom.

La flamme sacrée de l’autorité primordiale et divine de la femme fut ainsi enfermée, étouffée et finalement affaiblie jusqu’à sa presque extinction. À travers les ères matérialistes et troublées du Bélier et du Poisson, la nature plus primaire de l’homme tint bon tandis que la lumière éthérée de la femme resta cachée sous le boisseau de la domination masculine.

L’ère du Verseau : le retour de l’ordre matristique

Nous sommes au seuil de la nouvelle Ère du Verseau, que les Grecs nommaient Hydrocoos, le chargé d’eau, le porteur de renouveau et de vie, l’éteignoir du feu dévorant et l’étancheur de la soif. Ce fut à l’aube d’une autre ère du verseau, il y a
52 000 ans, que la grande reine Basilée ramena l’ordre et la justice dans un monde de chaos, vivant dans l’illégalité et les conflits, un monde semblable au nôtre, celui du 20ème siècle. Alors comme maintenant, les femmes étaient à l’avant-garde de la civilisation naissante ; et c’est des femmes que viendra le salut dans les eaux apaisantes et reconstituantes du Verseau.

Les déesses reconstruisent l’Humanité

L’histoire écrite la plus ancienne que nous connaissions parle de la déesse sumérienne Tiamat qui, il y a des milliers d’années, ramena la civilisation à une race humaine moribonde. En Égypte, la grande déesse-reine Isis apporta une nouvelle civilisation revivifiée après que Typhon et Osiris aient détruit par leurs guerres la civilisation primitive. Platon écrit que la déesse Athéna créa une nouvelle race de Grecs après que les Titans aient entraîné le vieux système vers une fin violente. Et dans la mythologie polynésienne, la déesse Atea a recréé le monde après que le ciel soit tombé, embrasé par la terrible guerre entre les anciens dieux.

Dans Critias, Platon dit que la déesse Athéna “veille sur nous, les humains, comme un berger veille sur ses moutons – sans brutalités ni force physique, mais à l’aide de la persuasion. C’est ainsi qu’elle guide ses créatures mortelles”. Aux âges d’or et d’argent du gouvernement de la déesse, écrit Hésiode, “les êtres humains vivaient sans soucis, sans vieillir ni se fatiguer, dansant et riant beaucoup ; la mort ne leur semblait pas plus terrible que le sommeil”. Au contraire, après le renversement de la déesse, “la vision optimiste de l’autre monde, où [le genre humain] se voyait ressusciter dans le sein de la Grande Déesse, fit place à un pessimisme lugubre… Avec la disparition du monde maternel primitif et l’apparition des nouveaux dieux mâles, le monde devint horrible” [Sybille von Cles-Redin].

Les physiciens de nombreuses nations sont arrivés aujourd’hui à comprendre différemment le monde invisible à mesure qu’ils découvrent presque quotidiennement de nouveaux phénomènes naturels inexplicables par les lois admises de la physique. Il existe apparemment une physique du surnaturel dont les lois sont totalement inconnues de l’homme et auxquelles il commence juste à s’accoutumer. C’était cette connaissance de l’autre monde, que possédaient les femmes du passé et qui fut largement discrédité par l’homme matérialiste ultérieur, qui donnait à la femme primitive son pouvoir sur l’homme.

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