Merlin Stone – Quand Dieu était femme

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La répression par les religions du Père

À l’aube des religions, Dieu était une femme, Créatrice de la Vie, Reine du Ciel. Elle a été adorée par plusieurs peuples depuis le début de la période néolithique jusqu’à la fermeture de ses derniers temples, environ 500 ans après J.C. Son culte s’est éteint, mais pas de lui-même: il a été victime de siècles de répression de la part des adeptes des nouvelles religions chrétiennes, judaïques et islamiques qui imposèrent la suprématie des divinités mâles. C’est de ces nouvelles religions que nous viennent le mythe de la création d’Adam et Ève et de la fable du Paradis perdu.

Effacer jusqu’au souvenir de ce premier culte

Le pouvoir des mythes est tel qu’ils orientent notre perception du monde, conditionnent notre pensée et même notre sensibilité. Quelles pouvaient être alors les légendes issues d’une religion où l’on vénérait des divinités féminines pour leur courage, leur force et leur sens de la justice? Quelle pouvait être la vie des femmes et des hommes dans des sociétés où régnaient de telles idées? Et, pourquoi les adeptes des nouvelles religions se sont-ils battus si férocement pour effacer jusqu’au souvenir de ce premier culte, et pour imposer l’image de la femme éternelle servante ou séductrice?

Trente siècles d’obscurité

Les réponses à ces questions et à bien d’autres forment le contenu de cet ouvrage étonnant. L’auteur présente sous un jour nouveau un chapitre de l’histoire, que trente siècles de pouvoir de la religion des hommes avaient réussi à reléguer dans l’obscurité. Elle apporte des données essentielles aux luttes que les femmes mènent encore aujourd’hui pour leurs droits, et chemin faisant, elle ouvre aux hommes qui sont intéressés à en faire la démarche une vision plus large de l’évolution historique de leurs propres stéréotypes sexuels.

Dix années de recherche

Merlin Stone est sculpteur, écrivain, mère et titulaire d’une maîtrise en Histoire de l’art. Elle a enseigné à l’université d’état de New York à Buffalo. Il lui aura fallu dix années de recherches pour aboutir à cet ouvrage dont le titre original est The Paradise Papers (UK) mais il est bien plus connu sous celui-ci When God Was A Woman (US). Suite à quoi, elle a publié Ancient Mirrors of Womanhood, un recueil de légende sur les Déesses à travers le monde. L’un comme l’autre sont toujours disponibles en anglais. En revanche, Quand Dieu était femme est difficilement trouvable en français.

  • titre: Quand Dieu était femme
  • auteur: Merlin Stone
  • éditeur: Éditions l’Étincelle
  • collection: Opuscule
  • année de publication de l’édition française: 1978
  • année de publication de l’édition originale: 1976
  • ISBN: 2-89019-013-X
  • broché: 349 pages

Les Éditions l’Étincelle sont une maison d’édition canadienne du groupe SCE (Services Complets d’Édition) distribuée en France, Suisse et Belgique. Vous pouvez donc trouver un exemplaire de ce livre dans chacune des bibliothèques nationales des pays distributeurs si le livre vous intéresse et que vous ne parvenez pas à en acquérir une copie.

Table des matières

  • Préface
  • Introduction
  • Chapitre 1: Une certaine vision du monde
  • Chapitre 2: Qui était-elle?
  • Chapitre 3: La vie des femmes, là où Dieu était femme
  • Chapitre 4: Les envahisseurs du Nord
  • Chapitre 5: Un de leur race
  • Chapitre 6: Si le roi ne pleure pas
  • Chapitre 7: Les coutumes sexuelles sacrées
  • Chapitre 8: On brûlait de l’encens en l’honneur de la Reine du Ciel
  • Chapitre 9: Et les hommes de la cité la lapideront
  • Chapitre 10: Dénouer l’écheveau du mythe d’Adam et Ève
  • Chapitre 11: Nous sommes toutes les filles d’Ève
  • Tableaux chronologiques
  • Bibliographie

L’ouvrage est agrémenté de deux folios rassemblant des représentations de la Déesse sous différentes formes à travers la période historique couverte par l’auteur.

Résumé

L’introduction relate les difficultés de l’auteur dans ses recherches. Elle insiste notamment sur le parti-pris évident des sources des XIXe et XXe siècles. Leur point de vue et leur mode de pensée, formés par une éducation judéo-chrétienne, auraient entraîné un grand manque d’objectivité dans leurs observations et analyses. Déformant ainsi le sens des textes et, ce faisant, celui des cultes des civilisations étudiées.

Le chapitre 1 évoque les découvertes sur le statut des femmes sous l’ancienne religion. Il met en exergue que notre vision du monde et tout ce que nous sommes ont été conditionnés par les mythes. Stone nous invite à exercer notre esprit critique en posant quelques questions très pertinentes sur le pourquoi et le comment d’un tel état de faits.

Le chapitre 2 est consacré à un large tableau historique de la Déesse depuis ses origines.

Le chapitre 3 traite de la place de la femme dans l’ancienne religion et plus particulièrement du système de filiation matrilinéaire. Elle souligne le fait que le culte d’une divinité féminine est étroitement lié au statut social de la femme, aussi bien dans les anciennes civilisations que dans les sociétés primitives actuelles.

Le chapitre 4 nous parle des envahisseurs venus du Nord, région par région, de façon chronologique. Il met en avant les modifications apportées notamment dans le domaine religieux mais aussi politique.

Le chapitre 5 fait le lien entre les différentes cultures indo-européennes et le peuple hébreu. Stone avance l’hypothèse que le patriarcat et le culte d’une divinité mâle viendraient de l’influence exercée par les envahisseurs du Nord sur la culture hébraïque.

Le chapitre 6 démontre que le statut de grande prêtresse est à l’origine du concept de royauté.

Le chapitre 7 analyse le rôle et la signification des rites sexuels de l’ancienne religion. Notamment son incidence politique et économique sur le statut des femmes via le système matrilinéaire.

Le chapitre 8 aborde l’existence du culte de la Déesse, résurgence ou maintien, au sein des territoires hébraïques.

Le chapitre 9 expose les motivations et les procédés des tenants de la nouvelle religion pour détruire le culte de la Déesse.

Le chapitre 10 décortique le mythe d’Adam et Ève et démontre ainsi comment les symboles de l’ancienne religion ont été utilisés contre elle en devenant les attributs du démon.

Le chapitre 11 effleure les débuts du féminisme en abordant notamment le statut des femmes d’aujourd’hui (1976).

Critiques

Passée l’introduction au ton féministe assez soutenu, le livre se révèle une mine d’informations sur le statut des femmes à travers les religions pré-chrétiennes depuis le néolithique jusqu’à la fin de l’Empire Romain d’Occident. Et ce, malgré quelques inexactitudes historiques ou contradictions. Le contexte de l’époque explique sans doute le fait que l’auteur accorde, semble-t-il, plus de valeur aux travaux de ses consœurs que de ses confrères. Particulièrement celles mais aussi ceux qui vont dans sons sens tels Margareth Murray et Robert Graves qui sont décriés pour les nombreuses inexactitudes historiques qui parsèment leurs œuvres. Ceci dit, Stone s’appuie énormément sur les travaux de Joseph Campbell et Edward Chiera, ce qui fait remonter la balance dans le bon sens. Il est dommage de constater que les hypothèses de l’auteur prêtent toujours à controverse alors même qu’elle fait la lumière sur bien des faits occultés par ses prédécesseurs. Ce livre constitue donc un véritable atout pour qui s’intéresse au féminin sacré. Pour finir, je voudrais ajouter que sa construction scientifique, avec en outre de longs enchaînements d’exemples, peut le rendre un peu rébarbatif par moments mais l’effort en vaut la peine.

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