Riane Eisler : Le Calice et l’Epée – l’avènement du patriarcat, et la symbolique matriarcale du Graal

Riane EISLER, Le Calice et l’Epée, traduit de l’anglais par Eléonore Bakhtadhzé, R. Laffont, Paris, 1989, 302 p.

La fracture de l’histoire de l’humanité

Riane Eisler se profile, dans son ouvrage Le Calice et l’Épée, paru en 1987, comme un auteur interdisciplinaire. En effet, elle s’appuie sur des travaux de divers scientifiques, tels que des archéologues, des anthropologues, des physiciens, des chimistes…, qu’elle semble concilier avec talent. L’originalité de son ouvrage ne réside pas seulement dans cette approche, mais également dans sa perception de l’histoire de l’humanité, en rupture avec un évolutionnisme classique, puisqu’elle suggère une discontinuité historique importante, notamment dans les relations entre hommes et femmes.

Quand régnait l’harmonie entre les sexes

Riane Eisler a exhumé un passé enfoui où régnait une harmonie au sein du genre humain, entre les moitiés féminine et masculine. A l’instar d’autres scientifiques, elle a mis en évidence des civilisations du paléolithique et du néolithique fonctionnant sur une logique de non domination, en fait, très éloignées du modèle qui prévaut actuellement. Ces sociétés, d’une essence résolument pacifique, partageaient une dévotion pour les valeurs féminines, n’impliquant pas une subordination de l’homme à la femme.

Un virage cataclysmique à la fin du néolithique

Selon Riane Eisler, la brutalité et la violence qui semblent caractériser nos sociétés ne constituent pas un modèle unique dans l’histoire de l’humanité, il est apparu après un basculement qui laissa place à un système social marqué par une culture de domination. Une partie importante de son ouvrage est consacrée à ce virage cataclysmique survenu dès le Ve millénaire avant notre ère. Pour saisir les mécanismes de ce passage qui déterminera les millénaires à venir, Riane Eisler s’appuie sur la théorie de la transformation culturelle, lui permettant, notamment, de mettre en lumière les instants d’incertitude pendant lesquels une société peut basculer vers un modèle alternatif ou perdurer dans un système.

Un renversement des valeurs

Le Calice et l’Épée exerce une séduction, au niveau de son contenu théorique, dans la mesure où il fait montre d’une grande érudition, tout en proposant un schéma explicatif simple, voire simplificateur: un modèle très ancien ayant fonctionné sur des valeurs féminines et un autre, le plus «récent», faisant prévaloir les valeurs masculines ou androcratiques. Le premier semble avoir correspondu à des civilisations accomplies et harmonieuses, propices au développement spirituel et matériel et cela dans un respect profond de la vie. Alors que le second, déchiré par la brutalité, la violence, est en proie à une régression spirituelle et au culte de la mort.

Pour mieux comprendre le monde contemporain

Riane Eisler, auteur féministe engagé, ne s’est pas limitée dans cet ouvrage à une description de ces deux étapes successives, mais a opéré un travail de militante, particulièrement dans son analyse du monde contemporain. Elle perçoit, dans ce dernier, une brèche d’optimisme dans laquelle elle nous incite à nous engouffrer, puisque nous semblons avoir atteint une phase d’incertitude où de nouvelles valeurs féministes, écologistes et pacifistes entrent en rivalité avec celles du système établi. Dans le modèle eislerien associant hommes et femmes dans une harmonie égalitaire, on peut regretter que l’auteur n’ait pas davantage développé les apports masculins qui ne semblent pas niés mais curieusement restent occultés, ce qui a pour conséquence de fragiliser son édifice théorique, auquel on aspire pourtant à croire.

Sandrine Baume, Genève

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Riane Eisler – Le Calice et l’Epée – Résumé

Traduction française de « The Chalice and the Blade – Our History, Our Future »

Marija Gimbutas, archéologue matristique

L’auteur reprend les termes d’androcratique et de gylanique, propres à Marija Gumbatas, qui sont bien plus révélateurs que les termes « matriarcat » et « patriarcat » : 

Gimbutas connut la faveur du grand public grâce à ses trois derniers livres : Dieux et déesses de l’Europe préhistorique (The Goddesses and Gods of Old Europe, 1974); Le langage de la déesse (1989, thème d’une exposition au musée de Wiesbaden), et La Civilisation de la déesse (The Civilisation of the Goddess, 1991), qui passe en revue ses recherches sur les cultures néolithiques d’Europe : l’habitat, les structures sociales, l’art, la religion et la nature des savoirs.

Civilisations androcratiques et gylaniques

Dans La Civilisation de la déesse, Gimbutas formalise son analyse des différences entre la société européenne primitive, selon elle de type matriarcal et articulée autour du culte d’une déesse mère, et la culture patriarcale (ou « androcratique », pour reprendre l’hellénisme de l’auteur) de l’Âge du bronze qui finit par la supplanter. Selon son interprétation, les sociétés matricarcales (« gynocentrique », « gylanique » pour reprendre les mots de Gimbutas) étaient pacifiques, révéraient les homosexuels et favorisaient la mise en commun des biens. Les tribus patriarcales des kourganes auraient, en migrant vers l’Europe, imposé aux populations matriarcales indigènes un système hiérarchique guerrier.

La civilisation de la « vieille Europe »

Selon Riane Eisler, reprenant Marija Gimbutas, les cultures préhistoriques européenne du paléolithique et plus tard du néolithique (la « vieille Europe », 7000 av. J-C à 3500 av J-C) connaissaient une société dont la structure était totalement différente de celle que nous avons connue à partir des « invasions indo-aryennes » depuis 4300 av. J.-C. La civilisation de la « vieille Europe », de type « matriste »/ »gylanique », était basée sur la coopération et le don, symbolisés par la figure de la Déesse.

La civilisation des mégalithes

Cette société ancienne était aussi la civilisation des mégalithes, très présente en Irlande, à Malte, en Sardaigne, en Grande-Bretagne, en Scandinavie, en France, en Espagne, en Italie…  A la fin du Néolithique, on retrouve ces influences positives autour de la Méditerranée, avec les civilisations minoennes et mycéniennes. Mais peu à peu, avec l’agriculture et la métallurgie martiale, on voit des influences sombres s’étendre et former des « empires », comme Sumer, Akkad, l’Egypte pré-dynastique, la civilisation de l’Indus, et les tribus hébraïques. A noter que Riane Eisler associe l’agriculture à la civilisation de la déesse, mais il se pourrait plutôt que ce soit la pire erreur de l’humanité, ayant favorisé le pouvoir despotique.

L’âge d’or de la race d’or

Partout sur la planète se retrouve l’idée d’un « Âge d’Or ». Hésiode parlait d’une « race d’or« , et le mythe de l’expulsion du jardin d’Eden est bien connu. Ces traditions orales faisaient référence à une époque préhistorique où la Déesse était révérée, et où les qualités « efféminées » comme le service des autres, la compassion, et la non-violence étaient extrêmement importantes. Cette société préhistorique formait un modèle de société basé sur le « partenariat » qui s’opposait directement au modèle « dominateur », basé sur la hiérarchie (hieros, « sacré », et –archie, « pouvoir »). Le premier modèle est représenté par le « calice », tandis que le second se caractérise par le culte de « l’épée ».

Absence de violences dans l’art néolithique

De nombreux indices suggèrent que la société préhistorique n’était pas violente. Il y a une absence de représentations de violence, cruauté ou armes dans l’art néolithique. On ne trouve pas d’images d’un Dieu vengeur, avec la foudre, l’épée, ou la lance, mais il y a au contraire des représentations de la nature, et de riches formes géométriques. On retrouve la trace de cet art dans la civilisation minoenne. « Il n’y avait pas de séparation entre le profane et le sacré. Comme les historiens des religions l’indiquent, dans la préhistoire et, dans une large mesure, dans les temps historiques, la religion était la vie, et la vie était la religion. »

Dans la Chine antique

Comme le relate Tchouang-tseu :

« J’ai entendu dire que dans la haute Antiquité, il y avait beaucoup d’animaux et peu d’hommes. Pour éviter les bêtes sauvages, les hommes habitaient dans des nids. Durant le jour ils ramassaient des glands et des châtaignes; le soir venu ils perchaient sur les arbres. C’était là ce qu’on appelle l’Âge des Nicheurs.
« Les hommes de l’Antiquité ne connaissaient pas les vêtements; ils entassaient du bois en été pour se chauffer en hiver. C’était là ce qu’on appelle l’Âge où l’on sut vivre. Du temps de Chen-nong, le Divin Cultivateur, on dormait tranquillement, on se levait joyeusement. On connaissait sa mère, mais non son père; on vivait avec les élans et les cerfs; on labourait pour se nourrir et l’on filait pour se vêtir. Personne n’avait l’intention de nuire à son voisin. C’était là l’âge où la vertu parfaite prospérait.
« Mais le Souverain Jaune n’était plus capable de vertu parfaite. Il livra bataille à Tch’e-yeou dans la plaine de Tchouo-lou; le sang coula sur une étendue de cent stades. Puis Yao et Chouen entrèrent en action. Ils instituèrent la hiérarchie officielle. T’ang exila son souverain Kie. Wou tua son souverain Tcheou. Depuis lors, les forts ont opprimé les faibles; la majorité a tyrannisé la minorité. Depuis l’époque de T’ang et celle de Wou, il n’y a plus eu que fauteurs de désordres. (Tchouang-tseu, L’oeuvre complète, Pléiade, p.321)

Quand règne la vertu parfaite, on n’honore pas les sages, on n’emploie pas les hommes compétents. Le dirigeant domine comme les branches supérieures de l’arbre; le peuple est libre comme le cerf dans la campagne. Chacun va son droit chemin sans connaître le sens du devoir; les hommes s’aiment les uns les autres sans connaître l’idéal de l’amour humanitaire. Ils sont véridiques sans savoir ce qu’est la loyauté; ils tiennent parole sans connaître la valeur de l’engagement. Ils s’entraident sans considérer qu’ils font des libéralités. C’est pourquoi leurs actes ne laissent pas de traces et pourquoi leur histoire n’est pas transmise à la postérité. (p.173)

Il se peut que cette civilisation globale préhistorique s’est donc éteinte sans laisser de traces, comme l’a expliqué Tchouang-tseu. Le symbole de la femme, du sacré féminin, « qui donne », s’est vu peu à peu remplacé par le symbole de l’homme conquérant, « qui prend », et pour qui il est important de laisser des traces.

Un renversement destructeur en 3000 av. J.-C

Une tablette d’argile Cunéiforme qui défiait les tentatives d’interprétation depuis plus de 150 ans, vient de révéler la description d’un impact d’astéroïde qui a frappe Koefels (Autriche) en 3123 BC, laissant sur son passage une trainée de destruction, qui pourrait expliquer l’histoire biblique de Sodome et Gomorrhe. (Voir plus d’informations)

Dès 3500 av. J.-C, on remarque des changements importants dans les types d’habitations, la structure sociale, économique, et religieuse. Les influences patristes commencent à infiltrer la civilisation européenne de la Déesse, en se servant des structures locales pour établir un système hiérarchique.

Invasions patristes en Mésopotamie

Le patrisme prend de l’ampleur dans le sud de la Mésopotamie (Nippur et Kish) avec une forte stratification sociale à partir de 3500 av. J.-C. Entre 3200 et 3000 av. J.-C., se développent les arts, les techniques, l’écriture, etc. Premiers hiéroglyphes et écriture cunéiforme. En 3000 av. J.-C., de nouvelles invasions accélèrent la transition vers le patrisme.

Les premiers chapitres du livre de Riane Eisler portent donc sur le modèle matriste de la civilisation néolithique, le troisième et quatrième chapitres sont consacrés à la Crète (civilisation minoenne : 2700 à 1200 av. J.-C.), dernier bastion du modèle de cette société peu hiérarchisée de la vieille Europe. La société minoenne devient plus centralisée vers 2000 av. J.-C. sans pour autant devenir hiérarchique. La nature y prenait toujours beaucoup de place et les villes intégraient des jardins.

Les chapitres suivants portent sur la chute de cette société et les réminiscences au cours des âges. L’une de ces réminiscences se trouve dans le message de Jésus. Les derniers chapitres sont une analyse des tendances de la situation actuelle et de la possibilité d’une ré-émergence imminente et à grande échelle du système gylanique, coïncidant avec une nouvelle vision scientifique de la réalité.

De nouvelles catastrophes dramatiques durant l’Âge de Bronze

Il y a eu quatre épisodes de destruction durant l’Âge de Bronze, les plus importants furent en 2,300, 1650 et 1200 av. J.-C. Les comètes sont aussi la cause de la fin de la dynastie Shang. Les villes étaient abandonnée, la population réduite, souffrant de famine… instabilité sociale importante. On peut dire que les désastres « purifient à la fois le meilleur et le pire de l’humanité », donnant lieu à des groupes solidaires et créatifs et des chefs autoritaires. (Source : L’histoire secrète du monde II)

Les invasions indo-aryennes en Grèce

La Crète chuta sous l’influence de catastrophes naturelles ayant propulsé des peuples guerriers et dominateurs vers le sud (début des Siècles Obscurs de la Grèce, dès le 13ème siècle av. J.-C.). Ces flux migratoires avaient déjà commencé vers 1900 av. J.-C. avec l’invasion des Achéens, supplantant les Pélasges. Les Achéens sont l’un des premiers peuples Indo-européens à avoir envahi la Grèce. Ils s’installèrent d’abord en Épire, puis descendirent en Thessalie. Ils chassèrent les premiers habitants, les Pélasges grâce à leur suprématie militaire (usage de l’épée au lieu du poignard, usage du bronze). Il semble que les Achéens aient pu, suite aux catastrophes de 1550 av. J.-C. (éruption volcanique à Théra, séismes), prendre possession de la Crète. La résistance crétoise n’existait plus après 1100 av. J.-C. Cette période de 1500 av. J.-C. à 1100 av. J.-C. a été une période charnière mettant fin au matrisme, suite à un chaos culturel. On y retrouve aussi l’influence des Peuples de la Mer.

Les 2 polarités patristes

Pour Riane Eisler, la société matriste européenne a été transformée par la mentalité des envahisseurs (vagues d’invasions Kourganes). Ces envahisseurs furent selon elle les Aryens en Inde (Brahmanes), les Hittites et lesMittani dans le croissant fertile, les Louvites en Anatolie (liés aux Lévites ?), les Kourganes en Europe orientale, les Achéens puis Doriens en Grèce. Ce seraient aussi les Hébreux qui auraient eu une influence en Egypte lors du règne d’Akhenaton. Mais ce que ne prend pas en compte Riane Eisler, c’est qu’il semble y avoir eu deux polarités parmi ces envahisseurs. Comme le dit Laura Knight-Jadczyk :

« On connaît aussi les langues parlées par beaucoup de tribus des steppes Eurasiennes, y compris les langues Turques des Khazars, comme l’Altaïque. Comme une famille de langue, c’est toujours un peu litigieux. Le Turque, des familles mongoles et le Tungusique ont vraiment des ressemblances fortes de beaucoup de façons, mais quelques linguistes suggèrent que celles-ci le soient en raison de l’emprunt intensif au long contact. Dans une certaine mesure, les langues Altaïques-Turques ressemblent aussi aux langues Uraliques déjà discutées, comme le finlandais et le hongrois. En conséquence, une superfamille d’Oural-Altaïque a été suggérée : l’Eurasiatique, dans lequel des langues indo-européennes seraient aussi incluses comme langues « sœurs ».

Cette super-famille a aussi un parent qui fait une connexion aux langues des Indiens d’Amérique, (!) mais nous n’y entrerons pas en ce moment. En résumé, nous ne pouvons pas compter sur la langue pour dénoter une affinité génétique ou ethnique au cours des longues périodes de temps, quoique cela puisse, parfois, être un indice.

Retour aux Chattes : évidemment, il y avait deux types d’Aryens comme j’ai expliqué dans mon livre, la Science Antique où j’ai écrit :

Lorsque l’ on parcourt toutes les “anciennes matières”, étudie les différents groupes en tentant de les suivre dans leurs déplacements, et analyse la morphologie génétique afin de pouvoir dire qui est qui sans se tromper de piste, l’ on arrive à la conclusion surprenante qu’ il y a eu des polarités significatives. Je me suis efforcée d’ identifier ces polarités en faisant une classification en deux groupes: le groupe des triangles et le groupe des cercles. Globalement, la majorité des peuples de “triangles” se trouvent dans l’ hémisphère sud, où se trouvent les cultures ayant bâti des pyramides et objets manufacturés se rapportant à ces cultures. Chez la plupart, leur art est primitif et stylistiquement rigide. Dans l’ hémisphère nord, nous voyons des peuples qui dessinent des cercles, des spirales, ébauchent des mégalithes, produisent les oeuvres d’ art de Chauvet et de nombreuses autres cavernes. Il y a une différence manifeste entre les perceptions et les réponses à l’environnement entre les deux tendances et groupes. Bien sûr, il y a des zones où il y a manifestement eu un mélange des deux cultures et des styles, et clairement des constructions idéologiques communes. Mais globalement, il y a une nette différence.

Même avec ces « polarités », à maintes reprises nous trouvons ces types « grands, blonds » qui surgissent. Cependant, ce n’est pas exactement aussi simple. Comme la recherche a continué, j’ai formé des hypothèses, les ai testées et j’y ai renoncées quantité de fois. Pour le moment, l’hypothèse actuelle fonctionne comme suit :

« Après 4000-3500 avant notre ère, des transformations sociales radicales sont apparentes dans les ruines des colonisations matristes, anciennement paisibles le long des rivières dans les vallées de l’Asie Centrale, en Mésopotamie et en Afrique du Nord. » (source: James DeMeo)

Divinité intérieure contre divinité extérieure

La question ne semble pas être une question de couleur de peau ou de « race », (qui est un terme ridicule tel qu’il est actuellement utilisé). C’est plus une question de différence entre les gens qui ont « quelque chose » à l’intérieur par opposition à ceux qui n’ont pas ce « quelque chose ».

Quand ce « quelque chose » est analysé, cela révèle une différence fondamentale dans « être » qui est plus facilement exprimé comme ceux qui adorent quelque chose à l’extérieur d’eux-mêmes, contre ceux qui n’adorent pas de Dieu ou une chose à l’extérieur d’eux-mêmes parce qu’ils ne peuvent pas adorer à l’extérieur ce qui est à l’intérieur.

Les mitochondries du pouvoir

Il y a des indices comportementaux aux natures différentes des deux polarités et il semble que la raison réelle que ceux qui ont des lignées aryennes prétendues, « montent au sommet » souvent dans beaucoup de cultures pour la raison simple qu’ils ont des « cellules de pouvoir » plus puissantes – mitochondries – qui stimulent leurs fonctions physiques, produisant une « chaleur » et une activité plus grandes. Cette « montée au sommet » peut être positive, ou elle peut être négative.

NDLR : les mitochondries sont transmises par lignée maternelle

Les nazi d’autrefois ?

C’est pourquoi il faut être prudent avec l’hypothèse de Riane Eisler sur les envahisseurs Kourganes comme étant les « Nazi d’autrefois », imposant un ordre patriste dans une Europe du néolithique sous le choc des cataclysmes. Ces envahisseurs auraient ramené une culture de guerre, une nouvelle aristocratie, et les chars tirés par des chevaux. Les idées religieuses de ces Aryens se retrouveraient dans celles des Hébreux et des Hindous (divinité masculine sur une montagne, voir également l’histoire d’Afrasiab). Mais d’où venaient-elles à l’origine ? Les influences propres aux tribus hébraïques venaient-elles en réalité du nord, ou bien du sud ?

La religion juive, de l’Amérique du Sud vers le Moyen-Orient

Laura Knight-Jadzcyk écrit :

« Contentons-nous donc de dire qu’il existe des preuve que la religion juive a voyagé d’Amérique du Sud vers le Moyen-Orient en passant par l’Inde, apportant avec elle son dieu assoiffé de sang, de chair et de mutilations génitales. Depuis l’Inde elle s’est dirigée vers le nord pour arriver en Mésopotamie. De la Mésopotamie elle s’est étendue encore vers le nord, y corrompant ce qui restait de la religion chamanique de la Déesse-Mère. » (…)

« Partout, dans les études d’anciennes religions, il est noté que site après site, la déesse a dû céder la place à une divinité mâle, à un culte rendu à un jeune dieu guerrier et à un père suprême. Il a été supposé que cela était dû à l’invasion indo-européenne venue du nord. Mais quand on examine les liens culturels, on voit clairement que les premières invasions sont venues du sud. Peut-être devrions-nous parler d’une invasion “indo-incaïque”, puisque nous avons déjà fait la jonction avec les cultures sud-américaines. L’archéologie révèle qu’après ces invasions, le culte de la Déesse Mère a fluctué de cité en cité. A mesure que les envahisseurs gagnaient du terrain au cours des deux millénaires suivants, le mâle est graduellement apparu sous les traits de l’époux dominateur ou même du meurtrier de la Déesse. La transition a été accompagnée de massacres violents et la conquête de territoires dans tout le Proche- et le Moyen-Orient Cela est vrai aussi en ce qui concerne la conversion du monde occidental au christianisme. Il y a vraiment quelque chose de bizarre dans le tableau. Cette corruption a dérivé vers le nord, comme l’a noté Eliade, changeant les cultures chamaniques d’adoration de la déesse en sociétés dominées par les mâles.«   (…)

« L’affaire a été masquée en partie en  attribuant la responsabilité de cette  corruption aux “envahisseurs du nord”, c’est-à-dire les Indo-Européens aryens. Les invasions par les Aryens se sont produites par vagues, sur une période de trois mille ans, selon l’archéologie standard. Les invasions qui ont eu lieu à la période historique sont attestées par des documents écrits et des objets manufacturés, et sont reconnues par les historiens. Celles des temps préhistoriques apparaissent en filigrane, par la spéculation sur des connexions étymologiques. Et moi je dirais qu’elles sont venues du sud, et que voilà la corruption qui s’est répandue comme une épidémie sur le globe tout entier, et qui au nord a atteint même ceux qui vénéraient la Lune et la Déesse. Ce qui apparaît très clairement dans les écrits historiques postérieurs, c’est que ces envahisseurs venus du nord se regardaient comme des êtres très supérieurs. Ils étaient agressifs et perpétuellement en conflit, non seulement avec les peuples conquis, mais également les uns avec les autres. Leur arrivée a révolutionné l’art de la guerre. Ils ont introduit le char tiré par des chevaux, et les auriges ont formé une nouvelle aristocratie.  Nombreux sont les « experts » qui  prétendent que ce sont ces peuples du nord qui nous ont apporté le concept selon lequel la lumière est le bien et les ténèbres le mal, ainsi qu’une divinité suprême masculine. Cependant, les découvertes archéologiques suggèrent le  contraire. Si en effet, par la suite, ils ont fait entrer la divinité suprême masculine dans leur panthéon, il est clair cependant que ces idées ont surgi du mélange des cultures en Mésopotamie.  L’entrecroisement de deux théologies apparaît dans les mythologies des  cultures de la région, et pendant trop longtemps, le blâme a été jeté du mauvais côté. Mais la plupart de ces idées sont apparues avant que l’on ait connaissance des cultures du sud de l’Amérique. » (…)

Et nous trouvons donc ce groupe Viracocha qui après leur traversée du Pacifique sont en route vers la péninsule indienne, et rencontrent un groupe de grands bergers nomades des monts Altai, probablement en Mésopotamie. C’est ainsi que la divinité masculine du sud a été adoptée par les Aryens des monts Altaï, mélangés aux méridionaux qui ont envahi l’Inde en venant de l’Océan.

Un renversement des valeurs et une réécriture des mythes

Quoiqu’il en soit, il y a bien eu une transition durant l’Âge de Bronze de sociétés patristes à des sociétés matristes.

Preuve de ce changement de système, on remarque un renversement des valeurs et une réécriture des mythes. Comme dans le roman1984 de George Orwell, les prêtres d’un clergé masculin autoritaire ont réécrit les mythes et les lois sacrées. Les prêtres hébreux ont également réécrit l’Ancient Testament, en s’appuyant sur les mythes mésopotamiens et cananéens. La société tribale hébraïque était extrêmement hiérarchisée, avec une élite de Lévites dirigée par les prêtres Cohen. Leur morale patriste se retrouve dans l’Ancien Testament, qui considère les femmes libres comme des menaces pour toute la structure sociale et économique rigide, dominée par les hommes.

Réminiscences de la civilisation de la Déesse

On retrouve parmi les cultes à Mystère et les philosophes de la Grèce des traces du système matriste. Riane Eisler indique que Pythagore a reçu l’enseignement de Thémistocléa, une prêtresse de Delphes, et que Diotime, une prêtresse de Mantinée, enseigna à Socrate. Delphes était alors un centre important, comme Délos, probablement lié à la tradition apollinienne venue du nord. Cette tradition perdura également dans l’Orphisme. Riane Eisler mentionne plus loin Arété de Cyrène, fille d’Aristippe de Cyrène, disciple de Socrate, qui aurait succédé à son père à la tête de l’école cyrénaïque. Il semble y avoir eu en Grèce l’équivalent d’un « mouvement féministe » et d’un « activisme anti-guerre », s’enracinant dans la tradition gylanique. Ce mouvement a été fortement critiqué par Aristote pour qui, dans son soi-disant « ordre naturel », les femmes sont inférieures et doivent être gouvernées. De la même manière, les « Pères de l’Eglise » ont corrompu le message du Christ, qui s’était opposé aux autorités romaines et hébraïques. Riane Eisler mentionne également la philosophe Hypatie, lapidée par des moines chrétiens en mars 415, à 45 ans, sur ordre de saint Cyrille, évêque d’Alexandrie.

De nouvelles théories scientifiques

Riane Eisler incorpore la « nouvelle physique » dans l’étude de l’évolution des sociétés. Elle a recours à la « théorie du chaos » et à la « théorie de l’auto-organisation » pour expliquer comment des éléments extérieurs à un système (des « attracteurs ») peuvent entraîner un déséquilibre menant à un « point de bifurcation » qui transforme tout le système. Le système peut évoluer dans le sens d’un modèle de société de « partenariat » ou d’un modèle de société de « domination».

Des cycles dans l’évolution des sociétés

Pour Riane Eisler, il y a des cycles dans l’évolution des sociétés, cycles peu étudiés jusqu’à présent. Elle mentionne la théorie de Gould et Eldredge, l’équilibre ponctué, qui postule que l’évolution comprend de longues périodes d’équilibre, ou quasi-équilibre, ponctuées de brèves périodes de changements importants comme la spéciation ou les extinctions. Les cycles historiques avaient déjà été observés par Arnold Toynbee, Oswald Spengler, Arthur Schlesinger, puis décrits par Andrew Lobaczewski sous forme de  »cycles hystéroïdes ». Riane Eisler explore aussi les travaux d’Henry Adams, de G. Rattray Taylor, de David Winter, de Kate Millet et Theodore Roszak.

Statut des femmes & pacifisme

L’auteure féministe insiste finalement sur la corrélation entre le statut de la femme et le caractère pacifique d’une société. La réaffirmation de la domination masculine et la répression de la femme sont le signe avant-coureur de guerres prochaines. « L’androcratie » a en effet besoin de réprimer la femme pour maintenir son pouvoir. Mais aujourd’hui, avec les nouveaux médias, cette domination patriste basée sur des dogmes religieux ou scientifiques matérialistes peut être défiée et les catastrophes naturelles peuvent ouvrir une fenêtre à la manière d’un « point de bifurcation ». Nous pouvons choisir entre le règne de la terreur dans une société technologiquement avancée et hyper-contrôlée (cf. Lewis Mumford), ou bien de retrouver le sens du partage des sociétés préhistoriques.

Après avoir vécu cinq mille ans dans une société dominatrice, il est difficile d’imaginer un autre monde. (…) Comme nous l’avons vu, le problème n’est pas l’homme en tant que sexe, mais les hommes et les femmes tels que socialisés dans un système dominateur. (…) Les hommes et les femmes ont clairement le potentiel biologique pour différentes sortes de comportements. Mais telle l’armure ou la carapace extérieure qui enferme les insectes et autres arthropodes, l’organisation sociale androcratique enferme les deux moitiés de l’humanité dans des rôles rigides et hiérarchiques qui freinent leur développement. (chap.13)

Une nouvelle science de la raison et de l’intuition

Selon Eisler, nous avons besoin d’une nouvelle science incluant la spiritualité, faisant le lien entre la raison et l’intuition. Cette nouvelle science étudierait le secret de la transformation exprimée par le symbole du calice, représentant la conscience de notre unité et des liens qui nous relient et qui relient tous les êtres dans l’univers.

Des institutions hétérarchiques

Dans un monde où les femmes et les hommes vivent dans un plein partenariat, il y aura encore, bien sûr, des familles, écoles, gouvernements, et d’autres institutions sociales. (…) Mais les structures sociales du futur se fonderont sur le lien plutôt que sur le rang. Au lieu de forcer les individus à entrer dans des hiérarchies pyramidales, ces institutions seront hétérarchiques, permettant à la fois la diversité et la flexibilité dans les prises de décision et l’action. En conséquence, les rôles des femmes comme des hommes seront bien moins rigides, permettant à toute l’humanité une flexibilité de développement maximale. (…)

Dans ce monde, où la réalisation de nos potentiels évolutifs supérieurs – notre liberté fondamentale qu’octroie la sagesse et la connaissance – guideront la politique sociale, les recherches porteront en particulier sur la prévention des maladies du corps comme de l’esprit, personnelles autant que sociales. Et ce monde irait au-delà en étudiant et cultivant les pouvoirs de l’esprit, qu’on reconnait de plus en plus mais qu’on n’utilise pas. (…) Ce monde serait animé et guidé par la conscience de notre interdépendance.

Pour aller plus loin : quelques références citées par Riane Eisler

Judy Chicago, citée par Eisler. Voir aussi « Driving the World to Destruction »

– Les archéologues Marija Gimbutas et Nicolas Platon,
– Les sociologues Hilary Rose, Jessie Bernard et Joan Rockwell,
– Le psychiatre Jean Baker Miller,
– La psychologue Carol Gilligan,
– Les historiennes Elinor Gadon et Merlin Stone,
– La critique littéraire Gloria Orenstein,
– Les biologistes Vilmos CsanyiHumberto Maturana, etFrancisco Varela,
– Les théoriciens du « chaos » et des « systèmes auto-organisateurs » Ervin Laszlo et Ralph Abraham,
– Les physiciens Fritjof CapraRobert Shaw, et Mitchell Feigenbaum,
– Le prix nobel Ilya Prigogine,
– Les futuristes Hazel Henderson et Robert Jungk,
– Le théologien Carol Christ,
– Les chimistes James Lovelock et Isabel Stengers,
– Le microbiologiste Lynn Margulis (hypothèse Gaïa).+

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